Le projet « 2049 »

Le projet « 2049 » est un projet stratégique à long terme visant à élever la qualité scientifique des Chinois adultes. Mais sa faisabilité a été mise en doute récemment.

Feng Jianhua

Avec son objectif d' « édifier un pays novateur en 2020 », le gouvernement chinois a élaboré récemment un plan d’action visant à élever la qualité scientifique de la population entière, le premier du genre depuis la fondation de la Chine nouvelle en 1949.

Le docteur Zhu Xiaomin, pessimiste face au projet 2049. Photo: Feng Jianhua

Ce plan d’action est considéré comme le document détaillé et applicable du projet «2049» dont le but est d’armer les Chinois adultes de connaissances scientifiques fondamentales en 2049, soit le 100e anniversaire de la nation.

Le projet « 2049 » a été initié en 1999, par l’Association chinoise pour les sciences et les techniques, puis approuvé par le Conseil des affaires d’État en avril 2002, et a officiellement démarré en octobre 2003.

Dans la dernière décade de mars 2006, le premier plan d’action dans le cadre du projet « 2049 » a vu le jour, qui formule l’objectif, les tâches et les mesures pour les quinze ans à venir.

Pourquoi ce projet stratégique à long terme? Selon Deng Nan, haut fonctionnaire de ladite Association, au lieu de progresser avec le développement rapide et durable de l’économie nationale, la qualité scientifique des citoyens est pourtant devenue l'étranglement qui entrave le progrès économique et social.

« La Chine a été certainement inspirée par le projet 2061 des États-Unis », a expliqué le Dr Zhu Xiaomin de l’Institut de recherche sur les sciences de gestion et les politiques scientifiques et techniques de l’Académie des sciences de Chine.

Depuis les années 1980, les projets nationaux et internationaux visant à élever la qualité scientifique du public sont bien à la mode dans le monde entier, d’où est né le projet 2061 initié par AAAS (American Association for the Advancement of Science) en 1985, qui avait comme objectif d’armer tous les Étatsuniens de connaissances scientifiques.

Contenu du plan d’action

Le plan d’action a d’abord établi deux objectifs périodiques : en 2010, la qualité scientifique de la population chinoise atteindra le niveau des principaux pays développés de la fin des années 1980 ; en 2020, celui du début du XXIe siècle.

Le musée des Sciences et Techniques de Hefei. Photo: Li Jian

Ensuite, le plan divise la population en quatre catégories, soit enfants et adolescents, fermiers, population active des villes et bourgs, et fonctionnaires et cadres.

D’après les experts, les enfants et adolescents constituent l’avenir de la nation et la clé de l’amélioration de la qualité scientifique de la population. Les fermiers et la population active des villes et bourgs ont généralement une faible qualité scientifique, ce qui entrave la modernisation du pays. Les fonctionnaires et cadres doivent donner l’exemple aux autres. Leur qualité scientifique influe sur le sens du développement du pays.

Enfin, quatre programmes ont été formulés pour réaliser les objectifs prévus : programme d’éducation scientifique et de formation ; programme d’exploitation et de partage des ressources de la généralisation scientifique ; programme de renforcement des moyens de propagation scientifique des médias ; et programme de construction des infrastructures concernées.

Par personne comme par proportion dans le PIB, les crédits pour la généralisation des sciences sont insuffisants en Chine. Dans un tiers des régions, ces crédits annuels par personne n’atteignent même pas 0,2 yuans. Par ailleurs, on manque d’installations et de lieux nécessaires pour vulgariser les sciences. Selon des documents, les Étatsuniens disposent d’un musée de sciences et techniques par 410 000 citoyens, et ce chiffre est de 380 000 au Japon. Mais en Chine, 5,4 millions de personnes partagent un tel musée.

Vu la situation, le plan d’action appelle à doter les municipalités relevant directement de l’autorité centrale et les chefs-lieux des provinces et régions autonomes d’au moins un musée de sciences et techniques de moyenne ou grande envergure d’ici cinq ans. Pendant la même période, les grandes villes dont la population dépasse un million auront au moins un musée ; le nombre de bases de généralisation des sciences et de l’éducation scientifique pour les adolescents au niveau national augmentera à 500, de 300 qu’il est actuellement ; et au niveau provincial, de 1 000 à 2 000. Toutes ces bases ouvriront régulièrement et gratuitement leurs portes au public.

Une enquête menée en 2003 montre qu’au moins 90 % des Chinois accèdent aux informations scientifiques et techniques par le biais de la télévision. La réalité est que les médias ne peuvent satisfaire les besoins dans l’acquisition des connaissances scientifiques.

« À la CCTV, les émissions de vulgarisation des sciences ne représentent que 9 %, avec un taux de réception de moins de 1 %. Certains endroits ne peuvent les recevoir. Au Japon, ce genre d’émission représente plus de 15 %, et aux États-Unis, plus de 20 % », a indiqué Wang Yusheng, directeur du musée national des Sciences et Technologies.

Ainsi le plan propose-t-il de former une chaîne de propagation des sciences qui enfile tous les médias dont télévision, journaux et revues, livres, réseau internet et produits audiovisuels, en améliorant la qualité de leur contenu et renforçant leur réputation et leur influence.

La généralisation ne peut remplacer l’enseignement régulier

Fondée en 1958, l’Association chinoise pour les sciences et les techniques a comme fonction principale de vulgariser les connaissances scientifiques. Elle est à la fois l’initiatrice, l’organisatrice et coordinatrice dudit plan d’action.

L'Association pour les sciences et techniques de la province du Shandong tient une exposition scientifique à Wudi. Photo Xinhua

Cependant, ce que l’Association généralisait pendant longtemps, c’était plutôt des techniques servant à la production. « Cela correspondait aux conjonctures nationales de l’époque où l’on ne pouvait manger à sa faim ni se vêtir chaudement. Comment l’Association pouvait-t-elle détourner l’intérêt du peuple vers le mouvement de la Terre ? interroge Zhu Xiaomin. C’est au moment où les ministères de l’Agriculture, des Sciences et Techniques et des Forêts se sont ingérés dans la généralisation des techniques de production que l’Association a commencé à réfléchir à une nouvelle action ». Zhu Xiaomin, un des concepteurs du « Plan d’action national pour le développement scientifique et technique à long terme », plan dirigé par le premier ministre Wen Jiabao, s’intéresse beaucoup au projet 2049 et a publié plusieurs articles sur ce sujet.

Selon lui, l’Association a compté sur la vulgarisation des connaissances scientifiques qui ne peut guère favoriser l’amélioration de la qualité scientifique de la population, et surtout de ceux qui ont un niveau de scolarité primaire.

Heureusement, dans le plan d’action précis, on a mis en priorité l’enseignement des sciences.

L’expérience témoigne d’un rapport important entre le niveau de qualité scientifique de la population et la durée des études. Donc, le principal moyen d’améliorer la qualité scientifique des Chinois réside dans l’enseignement régulier.

En comparaison avec la généralisation, l’instruction est plus coercitive et plus applicable, et dispose de critères d’examen rigoureux.

Le projet 2049 vise la population de 18 à 69 ans, divisée en quatre groupes indiqués précédemment.

« À mon avis, en divisant la population on rend l’application plus difficile. Quatre groupes-cibles, c’est comme s’il n’y avait pas de groupe-cible », dit Zhu.

Cette façon de diviser est compréhensible de toute façon puisque la plupart des gens d’un bas niveau d’instruction sont des fermiers ou des ouvriers. Si on met trop d’accent sur la formation de ces gens sans abaisser le taux de non-couverture de l’éducation obligatoire, ils deviendront de plus en plus nombreux.

Un objectif réalisable ?

Les États-Unis comptent armer leur population de connaissances scientifiques en 76 ans ; la Chine s’accorde seulement 50 ans. Pourra-t-elle réaliser son objectif ?

Dans les années 1990, 6,9 % de la population étatsunienne avait une qualité scientifique fondamentale, contre 0,3 % en Chine ; au début du XXIe siècle, ce chiffre est passé à 17 % aux États-Unis et à 1,98 % seulement en Chine. Et l’écart tend à s’élargir.

En 1999, chaque Étatsunien avait en moyenne 12,7 ans de scolarité. En 2000, les Chinois de 15 ans et plus avaient une moyenne de 7,85 ans de scolarité ; et ceux de plus de 25 ans, de 7,42 ans. Un retard de cent ans par rapport aux États-Unis.

En évoquant l’histoire des États-Unis, pour faire passer la scolarité de huit à neuf ans, il leur a fallu quarante ans. Portant un fardeau historique, la Chine n’a pas encore réussi à généraliser l’enseignement obligatoire de neuf années. Peut-on alors réaliser l’objectif prévu et par quels moyens ? Ces questions sont inévitables.

En qualité du vice-président de l’Association pour les sciences et techniques de Chine, Xu Shanyan a le même souci. D’après lui, on ne peut rien prévoir dans l’application du projet 2049. Étant donné le grand écart entre les couches de la population, ce sera un processus complexe et à long terme.

Malgré tout, quelque 200 experts chinois n’ont mis que six mois à accomplir la recherche fondamentale sur le projet. Des recherches théoriques à l’élaboration du projet et au programme d’essai, tout avance en même temps. Alors, quel était le cas du projet 2061 des États-Unis ? De 1985 à 1995, ils ont consacré dix ans au lancement de l’initiative (1985), la remise du rapport de faisabilité (3 ans), la formulation de l’objectif et des moyens (4 ans) et la publication finale des « Critères de l’enseignement scientifique national » (1995).

Des experts comme Zhu Xiaomin et Xu Shanyan commencent à se demander si le projet 2049 n’est pas hâtif, immature et sans préparation suffisante.

Par ailleurs, les mesures du plan d’action semblent difficiles à appliquer. Prenons l’exemple du financement. Le plan stipule que les gouvernements à tous les niveaux augmenteront progressivement leur investissement dans l’éducation et la généralisation scientifique selon leurs moyens financiers et la demande réelle de la population locale. Il s’agit évidemment d’une mesure souple et sans contrainte qui se rétrécit sûrement dans l’application et risque de devenir une mesure en l’air.

« Le projet 2049 nécessite la perfection et la précision. Il ne faut pas se contenter de crier des slogans imposants. Sans la faisabilité, la perspective du projet sera sombre », a conclu Zhu.


 
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