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L’amour du beau jeu
Tang Yuankai
Les amateurs de football aiment le jeu malgré l’absence
de la Chine da la Coupe du monde.
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Un amateur de football de Beijing admire le trophée
de la Coupe du monde de la FIFA. Depuis 1950 que la Chine y aspire
mais elle n'a jamais été près de l'obtenir.
Photo: Chen Jianli
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Si son employeur n’avait pas été un passionné
de football, Liu Chenguang, 28 ans, aurait pu être obligé
de quitter son poste pour suivre les joutes télévisées.
Liu travaille pour une entreprise privée de Beijing.
« Il est irréaliste de demander un mois de congé à
mon patron pour suivre le football à la maison. Démissionner
semblait un choix plus pratique », dit-il. Mais il n’a pas
eu à faire ce choix ; son employeur a appliqué un horaire
flexible pendant la durée de la Coupe du monde.
Vu le décalage horaire entre l’Allemagne et la
Chine, la plupart des matchs sont présentés après
21 h et durent parfois jusqu’à 3 h. Les matchs des huit équipes
finalistes ne commencent pas avant 23 h., tandis que les semi-finales
sont présentées à 3 h. Liu tient à voir le
jeu en direct plutôt que la reprise le lendemain.
Des fanatiques comme Liu passionnés au point de quitter
leur emploi et comme son patron prêt à changer l’horaire
de travail forment peut-être une minorité en Chine. Mais
la plupart des Chinois ne sont pas différents des amateurs d’autres
pays. Chacun a son équipe préférée et garde
en mémoire les grands moments du football et des séries
de statistiques.
La Coupe du monde influence l’efficacité du travail
non seulement à cause des heures de sommeil perdues mais aussi
par les résultats des parties. « Une façon de transformer
le syndrome de la Coupe du monde en notre faveur est de motiver les employés
à hausser la solidarité de la compagnie, dit fièrement
Lin. Nous avons fait du bon travail à cet égard. »
Des adorateurs
Lin, 44 ans, se souvient du moment où il est «
tombé en amour » avec le championnat mondial de football
et semble comprendre les autres fanatiques. « Je pense que le 26
juin 1978 restera un jour mémorable pour bien des Chinois »,
ajoute-t-il. C’était la première fois qu’on
télédiffusait la Coupe du monde en Chine, bien qu’on
n’ait alors présenté que le match final Argentine-Pays-Bas.
« Ce soir-là, mon père m’a amené à
l’Université de Beijing dans une classe remplie de gens massés
devant un petit écran noir et blanc », se souvient-il.
Lin était surtout impressionné par la maîtrise
du ballon. C’était aussi la première fois qu’il
voyait un homme - le no 10 de l’équipe argentine - aux cheveux
longs.
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Dans un hôtel de Zhengzhou, des fanatiques crient
de joie pour leur équipe favorite. Photo: Wang Song
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Les amateurs chinois de football doivent de la reconnaissance
à Deng Xiaoping, qui aimait lui-même le football et a été
le promoteur de la télédiffusion de la Coupe du monde en
Chine cette année-là.
C’était aussi l’année du début
de la réforme et de l’ouverture. Auparavant, comme dans tous
les domaines, la communauté chinoise du football était isolée
du monde et même la Coupe du monde était vue comme «
un vice bourgeois ». En 1974, quand la Chine avait entrouvert sa
porte au football, le stigmate était encore collé à
l’événement. L’équipe chinoise, entraînée
par Nian Weisi, jouait en Yougoslavie au moment de la Coupe du monde.
Nian, qui n’avait jamais vu une partie de la Coupe du monde de toute
sa carrière, avait hâte de voir sa propre équipe à
l’écran. Mais son espoir fut déçu car le département
international du Comité national des sports expédia un télégramme
ordonnant à l’équipe chinoise de « ne pas appuyer
la FIFA ».
En 1957, Nian, lui-même joueur de l’équipe
nationale chinoise, avait tenté d’accéder à
la Coupe du monde avec ses confrères dont la plupart revenaient
d’un entrainement de deux ans en Hongrie. L’événement
a largement répandu le football mondial parmi les amateurs chinois.
Toutefois, au cours des vingt années suivantes, la Chine s’est
fermée au monde du football international.
Ce n’est qu’en 1981 que la Chine devait retourner
à la Coupe du monde lors des compétitions préliminaires.
L’équipe chinoise, active et habile, jouait bien. Elle remporta
une victoire contre l’Arabie saoudite, 4 : 2, après un déficit
de deux buts. Dans leur grande excitation, des étudiants d’université
chinois mirent le feu à leurs couvertures qu’ils jetèrent
par les fenêtres. Plusieurs étudiants du secondaire choisirent
le même sujet de composition à l’examen final : «
De 0 : 2 à 4 : 2 ». L’équipe chinoise s’est
presque qualifiée pour les finales, à l’euphorie de
ses supporters, et de là, se qualifier pour les finales devint
une obsession nationale.
« L’amour des Chinois pour le football est né
quand il n’y avait à peu près pas d’autres divertissements
en Chine, quand les joueurs de football chinois recevaient un salaire
fixe et des avantages égaux, et quand le peuple chinois n’avait
pas autant de désirs qu’aujourd’hui », écrit
l’amateur de football Hong Feng.
La Coupe du monde a changé des vies
La CCTV a commencé à présenter les finales
de la Coupe du monde en 1982. « J’ai entendu dire qu’un
supporter de l’équipe brésilienne a détruit
son téléviseur quand le Brésil a perdu en 1982, se
rappelle Lin Xi, 36 ans. Je ne pouvais le croire car à ce moment-là,
nos voisins et nous n’avions même pas de téléviseur.
»
Le père de Lin décida d’acheter un appareil
pour la prochaine Coupe du monde quatre ans plus tard. « J’avais
12 ans, et j’ai vu un nouveau monde complet à travers la
Coupe du monde, pas seulement des parties de ballon », dit Lin.
Selon lui, si ses contemporains sont si passionnés
par le football, c’est qu’ils ont grandi avec lui. «
Nous avons subi son influence. C’est un des plus importants événements
auxquels nous ayons pris part et une merveilleuse expérience dans
notre vie. »
Tous les autres amateurs que Beijing Information
a interviewés apprécient le rôle de la Coupe du monde
dans leur vie, et plusieurs ont souligné qu’elle leur avait
insufflé du courage et de la force et fait découvrir des
révélations significatives.
« La Coupe du monde nous remplit de passion et d’estime
de nous-mêmes et nous rappelle de ne pas abandonner », dit
Wang Min, un diplômé d’université à la
recherche d’emploi à Beijing. Il croit que c’est une
des raisons fondamentales du peuple d’aimer la Coupe du monde dans
l’ambiance quotidienne de pression de la vie moderne.
Durant la saison actuelle de la Coupe du monde, Yang Wang,
rédacteur sportif au Titan Sports, est extrêmement occupé.
Malgré l’horaire épuisant, il semble aimer son travail.
« La Coupe du monde exerce de plus en plus d’influence sur
moi à mesure que j’y prends intérêt, et elle
m’a aidé à traverser les plus grandes frustration
de ma vie. » Lorsque Yang a échoué à l’examen
d’entrée à l’université en 1984, il a
demandé un ballon de football à ses parents, pour alléger
sa tristesse. L’année suivante, il a réussi. En devenant
journaliste sportif, il a réalisé son rêve d’enfance
: « Vivre avec le football toute le journée, chaque jour
».
Wan Bei, ingénieur en semi-conducteurs, a commencé
à regarder les matchs en 1998. Ce n’était qu’une
« mode » au début, mais Wan a fini par développer
un « lien spécial » avec le tournoi. Selon lui, la
Coupe du monde, suivie par des peuples de diverses cultures, unit le monde
entier. « En regardant les matchs, j’ai le sentiment d’être
un citoyen du monde, et l’impression que mon horizon s’élargit
imperceptiblement. »
« Comme la société actuelle n’est
pas croyante, je suis content que la Coupe du monde m’offre un support
spirituel », dit Zhu Guanlin, gérant de la réception
d’un grand hôtel de Beijing. « La Coupe joue sur notre
caractère. Dans une équipe, certains admirent l’héroïsme
tandis que d’autres mettent l’accent sur l’esprit d’équipe
et la collaboration. Le football est comme un petit monde où chaque
joueur a un rôle différent. Nous pouvons tous y trouver une
place et par conséquent aimer le jeu encore davantage. »
Peu importe le sexe
« Les femmes n’aiment pas le football »
est la pire déclaration faite par des fans et des joueurs masculins,
écrit Zhao Xi sur un site web. Elle trouve incroyable que des joueurs
n’aient pas de frénétiques admiratrices. De plus,
elle pense que les féministes saisissent vraisemblablement cette
occasion pour montrer qu’elles sont égales aux hommes. Plusieurs
jeunes filles commencent à s’intéresser au football
en voyant l’impressionnante équipe de joueurs à la
télé ; ensuite elles apprennent les règles du jeu
et finalement deviennent des passionnées du sport. A leurs yeux,
romance, passion, aventure, mode et attrait sexuel sont les éléments
qui dominent le monde idéal du football.
Fei Lengcui, une fanatique bien connue, s’est présentée
elle-même comme une « folle du football ». Née
en juillet 1982, elle a passé les examens d’admission à
l’université durant la Coupe du monde en 1998. Malgré
son programme scolaire chargé avant les examens, elle a réussi
à voir les matchs. « Une de mes amies, aussi passionnée
de football, m’a dit que la Coupe du monde avait lieu tous les quatre
ans mais les examens chaque année, et que par conséquent
la Coupe venait en premier lieu. Alors nous nous sommes retrouvées
toutes les deux parmi des garçons en sueur, les yeux rivés
à l’écran », raconte-t-elle.
Fei, qui dirigeait un forum en ligne intitulé «
Jolies filles qui suivent le football » il y a quelques années,
est une fanatique de l’Argentine. « Avec la littérature,
la musique et la peinture, le football m’est aussi indispensable
que le sel et l’eau, dit-elle. Tous m’offrent une occasion
d’apprécier la beauté de l’art. Je suis impressionnée
par la coopération parfaite et le rapport incroyable entre les
membres de l’équipe. Je pense que c’est là le
charme du football. »
« Contrairement au passé, les femmes qui aiment
le football ne sont plus une rareté en Chine. On les trouve parmi
les filles élégantes plutôt que chez les garçons
manqués », selon Fei.
Hu Mei, une réalisatrice de films, croit que le sexe
des amateurs n’a rien à voir avec le football. Bien que consciente
de son rôle de femme dans la vie quotidienne, elle ne peut s’empêcher
de crier et de s’exclamer comme les hommes en regardant les matchs.
« Quand je regarde un match, je sens le monde devenir
plus égal et démocratique », écrit Xu Kun.
Elle prétend que les hommes et les femmes s’intéressent
au football pour la même raison - le plaisir. Toutefois, elle croit
que les femmes portent davantage d’attention à l’attrait
physique de leurs idoles plutôt qu’à leur performance
de joueurs.
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