Le chemin de fer Tanzanie-Zambie, un monument perpétuel

Wang Qinmei

Trente ans se sont écoulés depuis la mise en service du chemin de fer Tanzanie-Zambie en juillet 1976. Cette ligne ferroviaire, jadis connue sous le nom de « chemin de la liberté » a aujourd’hui une nouvelle signification : réciprocité et développement commun.

Mission historique

Après la proclamation de l’indépendance de la Tanzanie en 1963 et de la Zambie en 1964, les pouvoirs racistes d’Afrique du Sud et de Rhodésie ont exercé le blocus sur la voie traditionnelle d’exportation du cuivre de Zambie, portant ainsi de rudes coups à l’économie tanzanienne et zambienne. Pour consolider l’indépendance nationale, développer l’économie, soutenir la lutte des peuples d’Afrique méridionale pour la libération et briser le blocus imposé par les deux pouvoirs racistes, la Tanzanie et la Zambie ont pensé à construire un chemin de fer.

Les gouvernements chinois, tanzanien et zambien célébraient en 2001 le 25e anniversaire de la mise en service du chemin de fer TANZAM. Zhang Dacheng

Vu les difficultés de finance, technique et équipement, les présidents tanzanien et zambien ont demandé deux fois des prêts à la Banque mondiale, puis aux États-Unis, à la Grande-Bretagne, à la France, à l’Allemagne (de l’Ouest) et à l’ex-Union soviétique, mais toutes ont été rejetées. C’est ainsi que le président de Tanzanie d’alors, Nyerere, a compris que si un pays nouvellement indépendant ne sort pas de son économie colonisée, il ne pourra jamais se renforcer comme une clepsydre qui n’arrive jamais à se remplir. De plus, supplier les grandes puissances est aussi un moyen inutile.

Le 29 décembre 1964, le deuxième vice-président de Tanzanie a rencontré l’ambassadeur de Chine, He Ying, à qui il a dit que le président Nyerere souhaitait effectuer une visite d’État en Chine au plus tôt. He Ying a transmis au premier ministre Zhou Enlai ce souhait et le désir de la Tanzanie de construire un chemin de fer. Le département d’assistance à l’étranger a dit à Zhou : « Il faudrait au moins un milliard de yuans pour construire le même chemin de fer en Chine. Donc la Chine, qui vient de sortir de ses difficultés économiques, ne peut donner une telle somme. »

Réflexion faite, le premier ministre chinois a trouvé un moyen. « Il nous est vraiment très difficile de donner d’un seul coup des centaines de millions de yuans d’assistance. Mais serait-il possible que nous étalions la somme sur sept à dix ans ? », demanda-t-il. Finalement, on estima possible la construction du chemin de fer.

Le 17 février 1965, le président Nyerere descendait à Beijing. Le 19, il a rencontré le président Mao Zedong. Lorsqu’il a parlé du chemin de fer, le Mao a répondu d’un ton ferme et sincère : « Vous avez des difficultés, et nous en avons aussi. Mais les vôtres sont différentes. Nous préférons construire votre chemin de fer plutôt que le nôtre. » Connaissant la situation de la Chine sur les plans national et international, Nyerere était profondément touché. La Chine était encore assez pauvre, et quatorze pays d’Afrique, y compris la Zambie, avaient un revenu par habitant supérieur à celui de la Chine.

En septembre, les gouvernements tanzanien, zambien et chinois ont signé un accord sur la construction du chemin de fer Tanzanie-Zambie (TANZAM).

Ils ont construit la Grande Muraille

Le TANZAM traverse de hautes montagnes, des vallées profondes, des rivières torrentueuses, des forêts touffues, des zones sismiques, des zones d’argile noire. Certaines fondations sont bâties dans le sol vaseux et fluide dont le niveau d’eau souterraine est très élevé.

Le chemin de fer Tanzanie-Zambie porte l'inscription "fabriqué par la République populaire de Chine". Yi Gaochao

En mai 1968, la Chine a envoyé une troupe de prospection et conception de 680 personnes explorer à fond la zone. Le 26 octobre 1970, une dizaine de milliers d’ouvriers chinois ont démarré les travaux en Tanzanie et en Zambie avec les autochtones. Les pays qui avaient refusé leur aide ont commencé à douter de la possibilité de réussir, mais les faits constituaient la meilleure réponse : d’octobre 1970 à juillet 1975, le gouvernement chinois a fourni 988 millions de yuans de prêts sans intérêt pour la construction de la ligne ferroviaire, laquelle est entrée en service à titre d’essai un an avant la date prévue.

D’une longueur totale de 1 860,5 km, le chemin de fer comprend 22 tunnels, 320 ponts et 93 gares. Le terrassement requis s’élevait à quelque 88 millions de m3, permettant de construire une digue large et haute d’un mètre qui pourrait encercler deux fois la Terre à l’équateur. Des millions de tonnes de matériaux et d’équipement ont été transportés sur place depuis la Chine. Au plus fort des travaux, 16 000 constructeurs chinois travaillaient en même temps au chantier. Les travaux achevés, un petit nombre de techniciens chinois sont restés sur place pour fournir de l’aide technique aux gouvernements des deux pays.

Le 14 juillet 1976 a eu lieu la remise de la ligne complète. Un ingénieur occidental a soupiré : « Seuls les gens qui ont construit la Grande Muraille peuvent construire un chemin de fer de haute qualité ».

Le 5 juin 2006, l’ex-président zambien Kaunda a hautement apprécié l’amitié sino-africaine qui remonte très loin dans l’histoire et l’assistance désintéressée de la Chine à l’Afrique. Dans son journal publié, il a rappelé ses rencontres avec les dirigeants chinois de la vieille génération comme Mao Zedong et Zhou Enlai, disant que ces rencontres de portée historique ont jeté une bonne base à la coopération sino-zambienne et sino-africaine. Selon Kaunda, lorsque les pays occidentaux ont refusé de fournir de l’assistance à la Zambie, la Chine n’a guère hésité à briser le blocus économique exercé par les racistes, à construire des infrastructures et le TANZAM. Cette assistance n’était assortie d’aucune condition politique ou économique. « Nous devons maintenir notre amitié avec la Chine qui est franche, puissante et ouverte », a-t-il ajouté.

Une voie d’enrichissement

Considéré par nos amis africains comme une « voie de liberté », le chemin de fer a non seulement rempli sa glorieuse mission historique d’aider les pays de l’Afrique méridionale à lutter pour la libération nationale, mais aussi apporté une contribution au développement de l’économie tanzanienne, zambienne voire même africaine depuis trente ans.

Cette ligne ferroviaire a transporté jusqu’ici plus de 40 millions de voyageurs et 30 millions de tonnes de marchandises de diverses catégories. Tout en faisant parvenir les articles industriels d’usage courant dans diverses grandes villes et des villages lointains, elle a aussi acheminé des produits agricoles et minéraux vers les villes et à l’étranger, améliorant ainsi la vie des peuples, intensifiant les échanges commerciaux entre les villes et les régions rurales, et développant l’économie nationale.

Actuellement, plusieurs nouvelles villes sont apparues le long de la ligne ferrée, devenant des centres politiques, économiques de la région. Situé dans le sud-est de la Tanzanie, Mbeya est devenu aujourd’hui une ville industrielle. La province du Nord de Zambie est devenue la principale zone productrice de maïs et de riz.

Le TANZAM profite non seulement à la Tanzanie et à la Zambie, mais aussi à divers pays de l’Afrique du sud-est, et constitue une voie d’import-export pour le Malawi, le Congo(Kinshasa), le Zimbabwe, etc. Son influence s’amplifie vers le Burundi et le Rwanda. Artère de transport qui relie les parties orientale, centrale et méridionale de l’Afrique, il stimule le développement économique et social de ces régions.

Le TANZAM favorise aussi la complémentarité, les échanges et le développement économique et commercial entre la Chine et l’Afrique. Depuis longtemps, les produits d’industrie légère et les articles d’usage courant de Chine sont transportés à Dar Es-Salaam en Tanzanie, à Lusaka en Zambie et à d’autres petits marchés, et de là vers les zones isolées pour répondre aux besoins de habitants et améliorer leur niveau de vie. Parallèlement, la Tanzanie et la Zambie peuvent exporter le cuivre, le cobalt, et des produis minéraux vers la Chine et des pays d’Asie de manière à promouvoir la réciprocité et la victoire commune du commerce sino-africain.

Après trente ans d’utilisation, l’équipement du chemin de fer tombe en désuétude étant donné l’insuffisance des moyens financiers et de la gestion retardataire de la Tanzanie. Actuellement, les gouvernements tanzanien et zambien cherchent à implanter la réforme et renforcer la gestion tout en négociant avec des départements intéressés un soutien nécessaire. Ces difficultés provisoires seront vaincues dans un proche avenir.

· L’auteur est spécialiste de longue ancienneté en questions africaines.


 
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