La clé des liens sino-africains

Après avoir visité en avril le Maroc, le Nigeria et le Kenya, le président Hu Jintao visite actuellement sept pays d’Afrique soit l’Égypte, le Ghana, la République du Congo, l’Angola, l’Afrique du Sud, la Tanzanie et l’Ouganda. Haile-Kiros Gessesse, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire d’Éthiopie, a partagé avec notre reporter Ni Yanshuo sa vision de l’avenir des relations sino-africaines. Envoyé spécial au Forum de la coopération sino-africaine, il a aussi exprimé ses attentes face au forum qui se tiendra à Beijing en novembre.

Beijing Information : Le premier ministre Wen Jiabao est actuellement en Afrique. Comment voyez-vous le développement des relations sino-africaines ?

"Les relations économiques sont très importantes pour maintenir sains les liens entre la Chine et l'Afrique." Haile-Kiros Gessesse
Jiang Xiaoying

Haile-Kiros Gessesse : Les relations sino-africaines sont multidimensionnelles : politiques, économiques, sociales et de coopération culturelle. Les faits montrent qu’elles deviennent de plus en plus étroites. Le commerce bilatéral atteint maintenant un record de 40 milliards de dollars.

La coopération économique croît rapidement. Le peuple et les entrepreneurs chinois montrent un grand intérêt pour l’Afrique. Les marchandises chinoises sont très demandées en Afrique et les marchandises africaines parviennent aussi en Chine. Par ailleurs, le gouvernement chinois a ouvert son marché aux pays moins développés, et offert le tarif zéro à plusieurs pays d’Afrique dont l’Éthiopie. L’Éthiopie exporte beaucoup de produits agricoles vers la Chine. Donc, non seulement nos relations économiques mais aussi politiques et sociales s’accroissent. Nous travaillons ensemble dans la communauté internationale. Par relations multidimensionnelles j’entends la coopération globale dans les domaines que j’ai mentionnés.

Les relations sino-éthiopiennes aussi se renforcent. Les Éthiopiens admirent la réforme chinoise et les efforts du gouvernement et du peuple de la Chine. Nous voyons le miraculeux développement de la Chine comme un très bon exemple pour sortir de la pauvreté.

Notre premier ministre participera au Forum de la coopération sino-africaine. Il travaille activement pour que le sommet de cette année qui rassemblera les chefs d’État soit un succès.

Les relations entre l’Éthiopie et la Chine progressent économiquement, politiquement et socialement. Des volontaires chinois viennent nous enseigner une culture et une langue différente. L’une d’entre elle est restée pour enseigner le chinois après avoir terminé ses six mois de volontariat. L’école de langue qu’elle a établie s’est avérée très populaire.

Le Forum de la coopération sino-africaine se tiendra en novembre en Chine. Comme co-organisatrice, qu’attend l’Éthiopie du forum?

Haile-Kiros Gessesse, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire d'Éthiopie. Jiang Xiaoying

Le Forum de la coopération sino-africaine a lieu tous les trios ans et l’Éthiopie en est une co-organisatrice. En novembre 2003 à Addis Abeba le forum a été un succès et nous a conduits à faire de celui de cette année un sommet avec la participation des chefs d’État. Les deux leaders chinois Hu Jintao et Wen Jiabao attachent une grande importance aux relations de la Chine avec l’Afrique.

Plusieurs Chinois sont intéressés à investir en Afrique. La relation économique est très importante pour maintenir des liens sains entre la Chine et l’Afrique. Le premier objectif du Forum est de renforcer notre relation économique. En 2003, lors de la deuxième conférence ministérielle, plusieurs entrepreneurs chinois sont allés avec leurs produits à Addis Abeba et ont signé des ententes avec des entrepreneurs africains.

En quoi consiste l’aide économique de la Chine à l’Éthiopie ?

La Chine est aussi un pays en développement et porte l’énorme responsabilité de régler ses propres problèmes économiques pour sa population de 1,3 milliard. Nous devons en tenir compte. Mais la Chine fait de son mieux pour aider les pays d’Afrique. L’importante leçon que nous pouvons tirer de la Chine est comment sortir de la pauvreté, comment nourrir notre peuple et comment subvenir à nos besoins alimentaires. Dans ce domaine, l’aide sera grandement appréciée.

Qu’en est-il de la coopération en matière d’énergie?

Les perspectives sont bonnes. En Éthiopie, aucune ressource naturelle n’est exploitée. Bien sûr, certains investisseurs locaux ont exploité de l’or, mais nous avons des ressources énormes. Savez-vous que nous avons de l’uranium à environ deux mètres sous la surface du sol ? Avant, il n’y avait pas de bonnes occasions d’investir dans les ressources naturelles. Maintenant il y en a.

Nous avons une réserve d’or considérable, des mines de cuivre et d’abondantes réserves de charbon. Nous invitons les Chinois à venir investir dans notre pays. Regardez ces Chinois hors de l’ambassade. Que veulent-ils ? Un visa. Ils vont aller chercher des occasions d’affaires en Éthiopie.

Il y a beaucoup d’occasions d’investissement dans le développement des infrastructures aussi. Dans le secteur des télécommunications, nous avons maintenant cinq réseaux construits par des compagnies chinoises. Nous avons des occasions dans la construction d’aéroports et d’ouvrages de production d’électricité. Nous sommes en train de construire une grande digue, pas si importante que celle des Trois Gorges ; elle a une puissance de 70 000 mégawatts. Il n’est pas bon de vivre d’aide ni de tendre la main. Nous devons exploiter notre potentiel de coopération économique au bénéfice des deux parties.

Comment voyez-vous l’intégration africaine ?

Il faut du temps. Elle viendra avec le développement économique et social et la maturité politique, et aussi le développement commun des infrastructures.

Si vous regardez l’Union européenne, le développement individuel des pays les a amenés à se réunir. Leur infrastructure est déjà bien développée : lignes aériennes, commerce, télécommunications. L’intégration devient donc la prochaine étape logiquement.

En Afrique, le groupement économique sous-régional doit être renforcé ; ensuite nous pourrons penser à l’intégration. Le nord, le sud, le centre, l’est et l’ouest de l’Afrique diffèrent. Seulement quand nous aurons les mêmes politiques économiques et le même fonctionnement pourrons-nous nous réunir.

Comment voyez-vous la situation en Somalie ?

La Somalie n’a pas eu de gouvernement depuis la chute de Mohamed Siad Barre en 1991. Je pense que l’organisation IGAD (Inter-Governmental Authority on Development) travaille dur pour établir un gouvernement central en Somalie. Pour cette raison, tous les autres pays devraient appuyer l’IGAD. Actuellement, il y a un gouvernement de transition. Il faut le soutenir, sinon le pays plongera plus profondément dans l’anarchie et deviendra un terrain pour le terrorisme. Si nous n’appuyons pas l’intention de l’IGAD d’instaurer la démocratie et l’unité dans le pays, il sera très difficile pour elle de le faire.

Il faut une aide économique. Pouvez-vous imaginer que depuis 1991 les écoles sont fermées ? Les enfants nés en 1991 ont 16 ans : toute une génération sans instruction ! Qui va les diriger ? Qui va les gouverner ? La communauté internationale devrait aider davantage la Somalie.

Que pensez-vous de la communauté internationale, de son rôle dans la crise du Darfour ?

Le Darfour aussi a ses propres problèmes. Nous devrions laisser la solution au peuple et au gouvernement du Darfour. Bien sûr, la communauté internationale devrait soutenir le gouvernement.


 
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