Quand l’Afrique nous rend visite

Francisco Little

Beijing a ajusté ses jupes, brossé ses chaussures et s’est remaquillée pour le Forum sur la coopération Chine-Afrique qui a eu lieu au début de novembre. On aurait pu penser que Noël était arrivé plus tôt que prévu.

Lors d’une promenade dans la ville grise de pré-hiver, j’ai observé les ouvrières qui repeignaient soigneusement les rampes des ponts pour piétons au-dessus des rues, en priant pour que cette couleur grise ne soit qu’une couche de fond, tandis que d’autres suspendaient des lanternes rouges sous les ponts. Dans la tradition de jardin instantané qui semble caractéristique en Chine, des centaines de rangs de fleurs rouges et jaunes en pot étaient minutieusement disposés à chaque endroit vide le long des rues de la ville. Sur l’avenue Chang’An, le plus grand boulevard du pays, des lanternes et d’énormes nœuds chinois écarlates avaient été suspendus sur plusieurs kilomètres étincelant de rouge et d’or.

Les drapeaux des pays d’Afrique flottaient dans l’air de Beijing. Même les abris d’autobus rappelaient aux résidants qu’un important forum se déroulait dans la ville.

Et au royaume des immenses enseignes, quelqu’un avait aussi travaillé fort pour placer les énormes panneaux dans les endroits les plus difficilement accessibles partout en ville. Le plus étonnant est qu’ils étaient apparus comme par magie du jour au lendemain, pour souhaiter la bienvenue aux délégués d’Afrique en anglais et en français.

Dans le centre commercial de la ville, le CBD, un panneau représente un énorme éléphant avec l’inscription « L’Afrique, terre mythique et miraculeuse ». Le mythe, ou peut-être le mystère, je veux bien mais le miracle, c’est un peu tiré par les cheveux pour quelqu’un qui vient d’Afrique. Peut-être voulait-on dire « Afrique, terre de mystère et de merveilles » ? L’éléphant dans le chaos de la circulation du centre-ville paraissait un peu dépaysé, toutefois.

Même le légendaire Marché de la soie a fait sa part en remplaçant sa propre publicité par une gigantesque carte de la Chine et de l’Afrique portant un message de paix.

Un des aspects les plus intéressants de la tenue du Forum a été la décision d’interdire la circulation de la moitié des voitures gouvernementales à Beijing pendant cette période dans le but de permettre aux dirigeants africains, dispersés dans divers hôtels de la capitale, de se déplacer sans vivre l’inconfort des embouteillages de Beijing. Car l’heure de pointe dans la capitale s’étend maintenant sur la journée entière et est devenue un élément intrinsèque de la vie. C’est un fait.

Pendant le premier semestre de l’année, 155 969 nouveaux véhicules ont été enregistrés dans la capitale (un millier par jour), 7 % du total national selon les statistiques du Bureau municipal de la circulation. Le total est maintenant de 2,7 millions de voitures, une étouffante masse de métal qui ne va nulle part et qui a fait des rues de la ville le plus grand parc de stationnement du monde.

Comme une voiture sur trois ou quatre à Beijing appartient aux divers organismes de l’État, du gouvernement municipal, du Parti ou de l’Armée, la diminution de la congestion était parfaitement visible pendant l’interdiction de circuler.

On demandait aux voitures privées et de compagnies d’éviter les grandes artères pendant le forum, y compris l’avenue Chang’An, l’est et l’ouest du Deuxième périphérique et l’autoroute de l’aéroport.

Dans plusieurs pays, une telle interdiction aurait soulevé des protestations immédiates mais ici, puisqu’il s’agissait de mieux servir les visiteurs de haut rang, on s’y est soumis avec grâce. Enfin, si l’on a grommelé, ce ne fut pas à haute voix. J’ai moi-même apprécié les rues plus tranquilles, sans voitures noires agressives, et je pense que la plupart des piétons et cyclistes en ont fait autant. Venant d’Afrique, j’ai aimé voir mon continent mis en vedette et mon drapeau national flotter avec les autres dans les rues.

Une idée qui m’est venue : si l’on a déployé autant de raffinement autour d’un forum de pays en développement, à quoi peut-on s’attendre pour les Jeux olympiques de 2008 ? Je pense qu’on n’a encore rien vu !

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L’auteur est un Sud-Africain résidant à Beijing.


 
24 Baiwanzhuang, 100037 Beijing République populaire de Chine.