|
Une passerelle prometteuse
L’Afrique fournit un marché d’importance
aux produits pharmaceutiques chinois désireux de s’internationaliser.
Ni Yanshuo
Après le Sommet de Beijing du Forum sur la coopération
Chine-Afrique, le continent africain attire encore une fois l’attention
des investisseurs chinois. En marge de l’inauguration du Sommet,
le président Hu Jintao s’est engagé, d’ici à
trois ans, à bâtir trente hôpitaux en Afrique et à
accorder une aide économique gratuite de 300 millions de yuans
destinés spécialement à fournir de l’artémisinine
et à créer une trentaine de centres de lutte contre le paludisme.
 |
Wen Jiabao, premier ministre de la Chine, offre du
Cotexin à un hôpital lors d'une visite en République
populaire du Congo, en juin 2006. XINHUA
|
Selon les modalités du projet, la Chine devrait créer
dix centres en 2007 puis vingt au cours des deux années suivantes,
afin de mettre en place un centre dans chacune des régions touchées
par la malaria. Il s’agit d’un projet de coopération
intergouvernementale et les entreprises chinoises intéressées
se chargent de fournir médicaments et formation. C’est par
exemple le cas du laboratoire pharmaceutique de Beijing Holley-Cotec,
spécialisé dans l’exploitation de l’artémisinine
Cotexin. Elle trouve ici une nouvelle opportunité de coopération.
L’artémisinine et ses dérivés sont
issus de la recherche chinoise et ont été reconnus par la
communauté internationale comme un remède efficace contre
le paludisme. Aux premières heures de la Chine nouvelle, la recherche
d’artémisinine était même considérée
comme un projet scientifique aussi important que la bombe à hydrogène.
Depuis l’entrée sur le marché africain, ce remède
est vendu dans près de trente pays et a sauvé la vie de
plusieurs millions de personnes. Ces dernières années, le
Cotexin a été offert à plusieurs reprises au peuple
africain par des dirigeants chinois en visite en Afrique.
Un démarrage difficile
Aujourd’hui, le Cotexin est largement reconnu, parmi
les produits pharmaceutiques chinois, par les milieux médicaux
africains et même mondiaux. Pourtant, sa réussite sur le
marché africain était loin d’être acquise.
« La plus grande difficulté que nous avons rencontrée
au début de l’exploitation sur le marché africain
fut l’acceptation du Cotexin, raconte Lu Chunming, directeur général
de Holley-Cotec. À ce moment-là, les locaux n’avaient
pas du tout confiance en un médicament chinois, puisqu’ils
avaient continuellement dépendu du système médical
et pharmaceutique de la période coloniale et des produits pharmaceutiques
européens. »
L’ouverture du marché africain du Cotexin s’est
ainsi faite en trois étapes. De 1993 à 1999, Holley-Cotec
se concentrait uniquement sur le Kenya, où Lu est arrivé
en 1993. Comme personne ne connaissait son produit, lui et ses collègues
ont rendu visite, pendant huit mois, à plus de 2 000 médecins
locaux, soit 80 % des effectifs nationaux ! Aujourd’hui, le Cotexin
est largement répandu, y compris auprès des petites gens,
chauffeurs et maraîchers. Mais le fonctionnement de la compagnie
restait du ressort de la « vente simple ». Dans un second
temps, cette dernière a accru ses efforts de vente, pour les élever
à plusieurs millions de yuans.
Enfin, depuis 2003, Holley-Cotec s’est appuyée
sur un système d’agents. La maison mère a par exemple
ouvert en 2004 des succursales au Kenya et en Tanzanie et recruté
directement des représentants médicaux locaux. Quelques
années auparavant, de nombreuses entreprises pharmaceutiques européennes
et américaines avaient fermé leurs succursales en raison
de la baisse des profits et dans le but de réduire les dépenses,
ne laissant sur place que quelques agents de vente. Il s’est donc
trouvé un grand nombre de représentants médicaux
de haut niveau sur le marché pharmaceutique africain. Utilisant
pleinement cette ressource avantageuse, Holley-Cotec en a engagé
vingt. « Ces représentants médicaux locaux jouent
un rôle crucial dans le développement de la compagnie, explique
Lu. Holley-Cotec est la seule parmi les entreprises pharmaceutiques chinoises
à adopter ce mode d’exploitation en Afrique. »
Les médicaments contre le paludisme de marque Cotexin
ont été enregistrés et vendus dans quelque trente
pays d’Afrique, ce qui les classe au premier rang en Afrique de
l’Est, et au deuxième rang en Afrique de l’Ouest.
Lier la Chine à l’Afrique
D’après Lu, la raison principale du succès
de Holley-Cotec en Afrique est sa localisation. Actuellement, la compagnie
possède quatre succursales et y emploie plus d’une centaine
de locaux. « Il est primordial que notre personnel chinois apprenne
à mieux comprendre et respecter la culture africaine », insiste
Lu.
 |
Holley-Cotec accorde une bourse d'études à
l'université de Nairobi en septembre 2006.
Holley-Cotec fait don de Cotexin au gouvernement de la Namibie
en mai 2006.
|
Lorsque, en 2004, Holley-Cotec a établi ses succursales
africaines, Lu a pris une autre mesure innovante : engager un Français,
Claude Faurant, comme directeur général adjoint de sa compagnie.
Expert en maladies tropicales, Faurant avait travaillé pour de
nombreuses multinationales avant d’être embauché par
Holley-Cotec. Il a considérablement contribué à la
coordination et à la coopération fonctionnelles entre les
différents départements de la compagnie en raison de ses
expériences de gestion des multinationales, y compris en Afrique.
Beaucoup de ses étudiants et collègues travaillent par ailleurs
à l’Organisation mondiale de la santé ou au Fonds
des Nations unies pour l’enfance, ce qui peut favoriser le développement
de Cotexin. En 2005, Holley-Cotec a envoyé Faurant à deux
reprises en Afrique pour y former les employés. Ils étaient
alors peu nombreux à croire qu’une compagnie chinoise pouvait
engager un cadre français de haut niveau. « En réalité,
admet Lu, l’adhésion de Claude à la compagnie nous
a aidés à rehausser notre image en Afrique. »
D’après Lu, les gestionnaires sur le marché
africain devraient pouvoir comprendre la culture autochtone et respecter
la manière de pensée africaine. « L’année
prochaine, nous placerons des employés locaux aux postes de direction
sur le marché africain », promet-il. Grâce à
ses efforts, Lu a été élu, par l’Association
du peuple chinois pour l’amitié avec les peuples africains,
parmi les dix Chinois qui ont le plus impressionné les Africains
en 2006.
« Construire une route pour beaucoup de voitures »
« Actuellement, nous devons encore atteindre un développement
équilibré sur le marché africain, tempère
Lu. Pour ne plus dépendre seulement de l’artémisinine,
nous espérons apporter d’autres médicaments chinois
au marché africain. » Ainsi, les autres produits entrent
progressivement sur le marché africain, occupant de 30 à
40 % du total des ventes du laboratoire. La société débute
sur un marché international dominé par les entreprises européennes
et américaines ; Lu considère donc l’Afrique comme
un marché important dans le processus de mondialisation de Holley-Cotec.
Il a comparé sa stratégie en Afrique à la «
construction d’une route pour beaucoup de voitures. » Il entend
par là qu’il considère l’artémisinine
comme une sorte d’autoroute sur laquelle les autres produits pourront
rouler.
Grâce à sa qualité, le Cotexin est reconnu
par l’OMS comme un efficace remède contre le paludisme. Par
ailleurs, les pays d’Afrique accordent une grande attention à
la lutte contre la malaria et y consacrent 40 % de leurs dépenses
de santé publique. La réussite de Holley-Cotec profite aussi
de ce bon environnement politique.
Lu estime que les fabricants chinois se sont appropriés
le marché pharmaceutique africain ces dernières années,
grâce à l’augmentation constante de la demande. En
2004, le marché valait ainsi six milliards de dollars. «
Ce n’est pas beaucoup pour les multinationales européennes
et américaines. Mais pour nous, conclut Lu, c’est déjà
énorme. »
|