Une amitié de deux générations

L’amitié sino-africaine se transmet de génération en génération.

Ni Yanshuo

« L’Afrique est un continent auquel je tiens beaucoup », affirme Chen Haosu, président de l’Association du peuple chinois pour l’amitié avec l’étranger. L’APCAE est une association populaire dont l’essentiel du travail consiste en un accroissement des échanges avec l’étranger. Pour le moment, l’APCAE a établi des relations amicales et coopératives avec 550 groupes populaires dans 130 pays du monde.

Chen Haosu
WEI YAO

« Je suis allé dans onze pays d’Afrique, en commençant par l’Algérie », raconte Chen au journaliste de CHINAFRIQUE. Du 4 au 7 novembre 2006, il s’est de nouveau rendu en Algérie à la tête d’une délégation de dix personnes. « Je peux témoigner que le peuple chinois éprouve une sincère affection pour l’Afrique. C’est parce que les deux parties traversent un destin commun dans l’Histoire. »

Chen Haosu est le fils du maréchal Chen Yi qui était vice-premier ministre des affaires d’État et ministre des Affaires étrangères de Chine. Le 13 décembre 1963, Chen Yi a participé à la célébration de l’indépendance du Kenya et à l’établissement de relations diplomatiques avec le pays. Il a ensuite accompagné l’ancien premier ministre Zhou Enlai lors d’une tournée dans dix pays d’Afrique (Égypte, Algérie, Maroc, Tunisie, Ghana, Mali, Guinée, Soudan, Éthiopie et Somalie), la plus longue visite jamais effectuée par un dirigeant chinois sur le continent africain. Malgré la distance géographique qui sépare la Chine de l’Afrique, les deux peuples partagent un même langage, une même aspiration. Chen Haosu se souvient : « J’ai souvent entendu mon père dire combien le peuple africain était ami avec nous. »

Aussi lorsqu’en 1987, Chen, qui travaillait alors à l’Administration d’État de la radio-diffusion, du cinéma et de la télévision, a pu effectuer sa première visite à l’étranger, sa destination fut bien entendu l’Algérie, où l’on organisait une Semaine du film chinois. Il en a profité pour visiter spécialement l’hôtel où Zhou Enlai s’était installé en 1963.

Après avoir pris ses fonctions à la tête de l’APCAE, il a eu davantage d’occasions de se rendre en Afrique et a visité successivement l’Égypte, l’Éthiopie, le Soudan, la Libye, la Tunisie, le Maroc, l’Afrique du Sud, le Nigeria, les Seychelles et l’Ile Maurice. « Ces visites m’ont donné l’impression que la politique d’amitié de la Chine à l’égard de l’Afrique n’a pas changé. »

La voie de l’amitié

En 2004, pour commémorer le 40e anniversaire de la visite en Afrique du premier ministre Zhou Enlai, l’APCAE et le BTV (station de télévision de Beijing) ont réalisé ensemble un téléfilm documentaire intitulé « La voie de l’amitié ». Selon les plans originaux, l’équipe projetait de redécouvrir les dix pays que le premier ministre Zhou Enlai avait visités. Mais une situation instable en Somalie l’a obligée à n’en parcourir que neuf. Chen Haosu a pris part au travail de l’équipe en Égypte, en Éthiopie et au Soudan. Le 18 mars 2004, l’équipe est partie pour l’Afrique tout en suivant la voie que la délégation chinoise avait parcourue il y a 40 ans. En l’espace de 32 jours, elle a effectué un voyage de 40 000 km et interviewé plus de 40 personnes qui ont témoigné de l’amitié sino-africaine. En Égypte, elle a interviewé Sohair Abdel-Kader, qui à l’époque avait offert des fleurs à Zhou. Elle est aujourd’hui présidente du Festival international du film du Caire et se consacre aux échanges culturels entre la Chine et l’Afrique. Lors du Festival, elle a demandé à son petit fils d’offrir des fleurs aux réalisateurs chinois. « Je suis fière de la Chine », a-t-elle ajouté avec émotion.

Le téléfilm est lui-même le fruit de la coopération importante entre la Chine et l’Afrique ; dans chacun des neuf pays, on a rendu visite à des départements gouvernementaux comme le ministère des Affaires étrangères. Selon Chen, la réalisation de ce téléfilm est née d’un partenariat amical entre la Chine et l’Afrique et constitue un résultat important dans la diplomatie populaire chinoise en 2004.

Échanges populaires

« Notre association maintient un lien étroit avec les pays d’Afrique, s’adressant aussi bien aux personnalités de haut rang qu’à des groupes populaires », précise Chen. Grâce à de constantes visites mutuelles, les deux côtés s’efforcent de jumeler des villes et d’établir des projets économiques et commerciaux.

Chen Haosu accompagne le roi de l’Asante au Ghana visiter l’université des Sciences et des Techniques de Beijing. WEI YAO

Du 16 au 25 octobre 2006, sur l’invitation de l’APCAE, Otumfuo Osei Tutu II, ancien roi de l’Asante au Ghana, a ainsi mené une délégation de 30 personnes lors d’une visite amicale en Chine. La délégation s’est rendue à Beijing, Shanghai et Xi’an. À Beijing, Otumfuo Osei Tutu II, étant aussi président de la Kwame Nkrumah University of Science and Technology, a signé un accord avec l’université des Sciences et des Techniques de Beijing pour une coopération dans l’enseignement, la recherche et la formation. Lors de la rencontre avec Otumfuo Osei Tutu II, Chen Haosu a souligné l’importance des échanges culturels. Selon Chen, l’Afrique a sa culture particulière, et cette culture est comme un polyèdre, car chaque pays a sa propre culture. Chen a continué : « Nous respectons la culture originale du Ghana. Le respect mutuel est la principale explication du maintien de bonnes relations entre la Chine et l’Afrique. Les différentes civilisations peuvent tirer mutuellement profit de leur expérience et accomplir des progrès en commun. » Lors du dîner offert, le 17 octobre dernier, à Otumfuo Osei Tutu II, Chen arborait le vêtement national du Ghana, offert par le roi, et a déclamé quelques vers célébrant l’amitié sino-africaine. « C’est un dîner inoubliable pour moi », a-t-il conclu.

Sous l’organisation de l’APCAE, Honest Buti Billy, le maire de Francistown, deuxième ville du Botswana, s’est rendu à Tai’an, au Shandong, à la fin de novembre, pour négocier avec le maire un projet de jumelage des deux villes ; il a également signé plusieurs accords de coopération. « C’est ma première visite en Chine, a-t-il révélé au journaliste de CHINAFRIQUE. L’APCAE nous a beaucoup aidés, y compris dans l’organisation du voyage et des négociations. Elle a joué un rôle de lien dans les échanges entre l’Afrique et la Chine. »

Encore du travail

L’année 2006 marque le 50e anniversaire de l’inauguration des relations diplomatiques sino-africaines, avec l’établissement des relations sino-égyptiennes en 1956. « Il y a des centaines années, explique Chen, que la Chine et l’Afrique ont établi des relations. Le navigateur chinois Zheng He avait atteint les côtes d’Afrique de l’Est. » Aujourd’hui, beaucoup de Chinois vivent en Afrique depuis plusieurs générations.

Pour accueillir le 3e sommet ministériel du Forum sur la coopération Chine-Afrique (FOCCA) tenu à Beijing en novembre dernier, l’APCAE a organisé une série d’activités. Elle a notamment ouvert une rubrique spéciale dans le Renmin Ribao (Quotidien du Peuple) et publié, entre août et octobre, une trentaine d’articles sur l’amitié sino-africaine qui ont été rassemblés en un livre. Par ailleurs, on a invité le personnel de divers milieux chinois à rédiger un livre au sujet de la coopération sino-africaine, détaillant les résultats de la coopération dans les domaines politique, économique et culturel. « Ces deux livres feront date dans l’histoire de l’amitié sino-africaine », s’exclame Chen. Selon lui, la Chine doit privilégier les relations d’amitié dans sa politique extérieure avec les pays en développement : « Sans leur amitié, la diplomatie chinoise ne serait pas stable. » Avec l’Union africaine, l’APCAE a également organisé quelques grands projets de coopération, comme des échanges économiques et culturels.

Chen Haosu évoque aussi les difficultés liées aux échanges avec l’Afrique. Il y a par exemple très peu de vols réguliers avec la Chine et tout voyage vers Afrique est difficile. Il faut souvent faire une escale en Europe ou en Inde. Les vols réguliers entre pays d’Afrique sont eux-mêmes assez peu nombreux ; parfois, pour se rendre dans un pays voisin, on est obligé de faire un détour par l’Europe ! Pour des raisons évidentes, les contacts entre les peuples ne sont pas encore constants. « Nous avons beaucoup à faire dans le renforcement de l’amitié sino-africaine, et le travail sera ardu, conclut Chen. Mais l’amitié sino-africaine continuera à progresser dans les cinquante prochaines années. »


 
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