Ces Africains qui souhaitent apprendre le chinois

La langue est devenue la principale barrière dans les échanges sino-africains

Xin Hua

Aux yeux de la Chine, le marché africain recèle un immense potentiel. L’un des pays les plus visités aujourd’hui est le Kenya ; mais l’afflux de touristes et investisseurs chinois y a généré un besoin nouveau, et une compétence bien spécifique : on a besoin de Kenyans sachant parler chinois !

« Je crois que nous entretenons d’excellentes relations », se félicite, dans une interview accordée à l’agence Xinhua, le ministre des Affaires étrangères du Kenya, Raphael Tuju. Mais il s’écarte bien vite du sujet de l’entretien - les relations globales entre les deux pays - pour reconnaître que la barrière de la langue continue à gêner le développement des échanges bilatéraux. « Je pense qu’un travail urgent est de prendre des mesures pour inciter les jeunes à aller étudier en Chine, et augmenter également le nombre de Kenyans pouvant parler, puis enseigner, le chinois dans notre pays. »

Beaucoup de jeunes Kenyans partagent ce sentiment. Ainsi Jacob Lukaka, diplômé de l’université de Nairobi, est convaincu de pouvoir saisir des occasions uniques avec la Chine et d’en tirer profit ; mais pour cela, affirme-t-il, « vous devez d’abord apprendre le mandarin. » Lukaka fait déjà partie des heureux élus : il possède un certificat d’aptitude à la langue chinoise que lui a délivré l’institut Confucius de l’université de Nairobi. Grâce à ce sésame, il pourra accompagner et guider les voyageurs chinois visitant le Kenya.

Des instituts pour la langue chinoise

Organisme à but non lucratif spécialisé dans l’enseignement du chinois et dans la communication culturelle, l’institut Confucius de l’université de Nairobi - premier du genre en Afrique - a été inauguré le 10 décembre 2005. Mais en raison du manque de professeurs, l’université se voit contrainte de limiter les places, explique Isaac Mbeche, le directeur de l’institut Confucius qui est aussi doyen de l’Institut des sciences humaines et sociales de l’université. Il promet toutefois que son associé chinois et lui-même feront de leur mieux pour renforcer le corps professoral et offrir ainsi à davantage de Kenyans la possibilité de découvrir la langue et la culture chinoises.

Car l’enseignement du chinois fait fureur, au Kenya mais aussi dans d’autres pays d’Afrique. Le Centre culturel chinois du Caire, la capitale égyptienne, organise ainsi depuis 2003 des stages de formation au chinois de base sur une durée de trois mois. Xu Zhiguo, conseiller culturel à l’ambassade de Chine en Egypte, révèle que le nombre d’Égyptiens postulant pour des cours de chinois était passé de 20 à 80 en un an. Certains cependant devaient patienter jusqu’au début de la session suivante, par manque de professeurs ici encore. Indépendamment du Centre culturel, quelques universités égyptiennes ont aussi constitué un département de chinois : plus de 700 étudiants apprennent aujourd’hui le mandarin dans les universités du Caire, d’Al-Azhar et d’Ain Shams. Finalement, en septembre 2006, le conseil international du Bureau de la langue chinoise a signé une lettre d’intention afin de mettre en place un institut Confucius avec l’université du Caire.

En Afrique du Sud, l’institut Confucius de l’université de Stellenbosch a organisé il y a peu son « Mois de la Chine », avec une série d’activités autour de la culture chinoise. A ce jour, deux universités et vingt établissements en Afrique du Sud proposent des cours de mandarin. Des instituts Confucius ont également ouvert au Rwanda et au Zimbabwe, alors que d’autres pays d’Afrique manifestent leur désir de travailler avec le conseil international du Bureau de la langue chinoise. Les statistiques du ministère de l’Éducation montrent que 8 000 Africains apprennent le chinois. Au 1er juillet 2005, 120 écoles dans 16 pays d’Afrique avaient ouvert des cours de chinois, pour lesquels la Chine avait dépêché environ 200 professeurs. Le ministère a indiqué en outre avoir aidé le Cameroun, l’Egypte ou l’Ile Maurice à s’équiper en classes favorisant l’enseignement du chinois, notamment en les fournissant en œuvres de littérature chinoise.

Ces statistiques nous enseignent que la vogue du chinois est arrivée en Afrique comme dans le reste du monde. Song Lixian, professeure chinoise et doyenne adjointe de l’institut Confucius à l’université de Nairobi, affirme ainsi que « la popularité croissante du mandarin est évidente en Afrique ; le défi auquel la Chine doit faire face est sa capacité à satisfaire une telle demande. » Raphael Tuju conclut : « Nous espérons pouvoir offrir des cours de chinois dans davantage d’écoles. Tant que je serai au ministère, je poursuivrai mes efforts dans ce sens, inlassablement. »


 
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