La Chine m’a enrichi

Wu Ruixin

Portée par son développement économique rapide, la Chine, véritable aimant, attire de plus en plus d’Africains.

Forcer la chance

« Je suis dans les affaires depuis plusieurs années en Afrique du Sud ; mais c’est la Chine qui m’aura fourni les meilleures opportunités, je remercie la Chine ! » Ce cri du cœur est poussé par Asheraf Jamalur, commerçant sud-africain tout à fait ordinaire, qui a commencé, voilà deux ans, à travailler avec la Chine. Âgé de 40 ans, il possède une société de matériel informatique à Johannesburg, pour laquelle il importe, principalement de Shenzhen dans le sud de la Chine, des produits électroniques : ordinateurs, cartes-mémoire pour vidéo digitale, webcam et MP3…

Le marché des produits de sécurité est, lui, très étendu en Afrique du Sud : dans la seule Johannesburg, on compte une dizaine de milliers de sociétés proposant des produits similaires. Auparavant, Asheraf Jamalur dégageait un faible profit à cause de prix de revient élevés. Puis, début 2005, lorsqu’il a appris que la plupart des produits électroniques étaient fabriqués à Shenzhen, il s’est immédiatement rendu dans le Guangdong, afin de mener une enquête de terrain. À Shenzhen, il a su bâtir son réseau : non seulement des fabricants qui répondent à ses exigences, mais aussi un agent commercial de qualité. « Désormais, j’expédie seulement en Chine un mandat-poste et je reçois les marchandises directement en Afrique du Sud. Gagner du temps, réduire les dépenses et augmenter l’efficacité », s’exclame joyeusement Asheraf Jamalur.

D’après lui, les produits de fabrication chinoise sont à la fois bon marché et de qualité. Celle-ci s’est notablement améliorée ces dernières années ; la performance des cartes numériques, par exemple, est fiable. D’un point de vue technologique, les produits chinois n’ont rien à envier aux européens ; mais leur prix reste bien plus avantageux ! Ils sont donc beaucoup plus compétitifs et, par conséquent, bien accueillis en Afrique du Sud.

De plus, Asheraf Jamalur s’est lié, durant ses tournées commerciales en Chine, avec certains de ses fournisseurs, et il les croit amicaux et honnêtes. C’est pour cela qu’il apprécie tant les produits fabriqués en Chine et qu’il a une telle confiance dans ses partenaires. Depuis deux ans qu’il fait commerce avec la Chine, l’activité de son entreprise a décuplé. Asheraf Jamalur projette désormais d’élargir son marché et de distribuer les produits chinois dans d’autres villes du pays, à Cape Town, Durban ou Port Elizabeth, et même dans d’autres pays d’Afrique.

Savoir saisir les occasions

Tous les matins, une trentaine de personnes viennent faire la queue devant la porte encore close du service des visas, à l’ambassade de Chine au Ghana. Avant 2003, entre 2 000 et 3 000 Ghanéens seulement se rendaient en Chine chaque année ; mais sur les dix premiers mois de 2006, ils sont déjà plus de 7 000 Ghanéens à avoir obtenu un visa. Et la plupart d’entre eux n’ont qu’un même but : faire du commerce.

Des commerçants maliens à la Foire aux articles d'import-export de Guangzhou. CHEN XUESI

De même, sur un vol régulier de Conakry, capitale de la Guinée, à Accra au Ghana, deux Guinéens affirment qu’ils doivent, après quelques étapes, se rendre à Guangzhou pour importer des marchandises. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’ils vont en Chine.

Autre exemple : un commerçant ghanéen, actif dans la porcelaine et qui fait souvent la navette entre Yiwu, au Zhejiang, et le Ghana, soutient que de nombreux commerçants africains sont installés à Yiwu : c’est le plus grand centre de distribution de petites marchandises dans le monde, et ils veulent savoir à tout moment quel est le cours de quelle marchandise.

Pour satisfaire les besoins de ces nouveaux clients, de plus en plus de compagnies aériennes asiatiques et africaines ouvrent des lignes directes reliant la Chine à l’Afrique. Ces compagnies adoptent de plus, par rapport aux lignes traditionnelles qui font un détour par l’Europe, une réglementation sur le poids des bagages relativement indulgente, ce qui facilite grandement les affaires des commerçants africains qui n’ont pas les moyens d’envoyer leurs marchandises en conteneur.

Entamer une nouvelle vie

« Je me suis complètement fondu dans la vie chinoise », sourit Anase, 42 ans, originaire du Rwanda. Il ignore la connotation exacte de la fête de mi-automne, ce qui n’empêche pas sa famille de dévorer avec plaisir de larges gâteaux de lune.

Anase a obtenu en 1998 une maîtrise à l’Institut de recherche sur l’alimentation, qui relève de l’université d’Industrie légère de Wuxi - laquelle a depuis changé son nom en université Jiangnan. Ensuite, après avoir obtenu un doctorat en Sciences alimentaires en juillet 2005, il s’est rendu au village de Xiwang, du bourg de Handian dans la province du Shandong ; là-bas, il dirige le Centre de recherche et de développement technologique du groupe Xiwang.

Se consacrant spécifiquement à l’étude de la transformation de l’amidon, Anase a trouvé avec le groupe Xiwang, acteur majeur de l’industrie de transformation du maïs, un milieu propice ; il touche un salaire très correct et loge dans un appartement de luxe que l’entreprise lui fournit. « Tout se passe bien ! Mon travail, ma famille. Je suis satisfait de ma vie actuelle. » Anase est arrivé en Chine il y a huit ans ; sa femme et ses deux filles l’ont rejoint en voilà six. Ils sont désormais de véritables villageois de Xiwang. Ils bavardent quotidiennement en mandarin et cuisinent essentiellement des plats chinois.

Ses deux filles étudient à l’école centrale du bourg de Handian. L’aînée, en sixième année d’école primaire, explique : « Au début, mes camarades étaient très intrigués et s’intéressaient à ma peau et à mes tresses. Aujourd’hui, je ne me sens plus à part, nous sommes tous semblables. » Passionnée de erhu, le violon chinois à deux cordes, elle s’investit dans l’orchestre folklorique de l’école et rêve de devenir joueuse professionnelle. Sa petite sœur, en troisième année d’école primaire, se montre vive et optimiste. Sa camarade de classe, Li Xue, conclut : « Elle est très gentille et elle nous aide souvent. Nous sommes tous devenus ses bons amis ».


 
24 Baiwanzhuang, 100037 Beijing République populaire de Chine.