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Exploiter le Soleil
Un Australien fait équipe avec une Somalienne pour
vendre des cuisinières solaires « made in China » sur
le marché africain
NI YANSHUO
Le continent africain, dont la majeure partie est située
à l’équateur, jouit de soleil abondant. Cet avantage
est en train de changer les habitudes locales de cuisine en substituant
l’énergie solaire au charbon.
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On utilise l'énergie solaire pour faire la
cuisine en Somalie.
XIN HUA
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« Cuisiner à l’énergie solaire convient
aux Africains. Cela permet d’épargner tout en protégeant
l’environnement », dit James Lindsay, un ancien diplomate
australien qui a ouvert une petite compagnie en Somalie. Il dit que le
peu de rigueur gouvernementale a conduit à la destruction scandaleuse
des arbres pour l’usage quotidien et même pour l’exportation.
Un rapport des Nations unies sur la Somalie fait par l’Unité
d’évaluation de la sécurité alimentaire (FSAU)
au début de 2006 considérait « la tendance à
la dégradation massive et presque irréversible des terres
à bois par la déforestation pour la production de charbon
de bois » comme une des plus grandes crises en Somalie.
Selon le rapport, il ne s’agit pas d’un problème
secondaire de l’environnement mais d’une menace à la
base du développement économique somalien et, malheureusement,
de la destruction avec le temps de l’identité culturelle
du pays.
La partenaire somalienne de Lindsay dans la compagnie de cuisinières
solaires est Fatima Jibrell, fondatrice et ancienne dirigeante de la NGO
« Horn Relief », une organisation africaine humanitaire et
de développement international. En 2002, Jibrell a remporté
le prestigieux Prix Goldman pour l’environnement pour ses efforts
de protection des ressources naturelles de Somalie, particulièrement
des vieux acacias qu’on brulait en vue de produire du charbon de
bois à exporter.
Lindsay, qui a 50 % de sang chinois, a des liens étroits
avec la Chine. Il est né à Yan’an, une ancienne base
révolutionnaire de la province du Shaanxi dans le nord-ouest du
pays, et a quitté la Chine pour l’Australie à l’âge
d’un an. Depuis 1986, il est venu en Chine au moins une fois par
année pour le travail ou pour les vacances.
Il a occupé des fonctions diplomatiques pendant la
plus grande partie de sa carrière, et son dernier poste était
au Haut Commissariat d’Australie au Kenya. Il était aussi
chargé du Programme de l’environnement des Nations unies
dont le siège est au Kenya, et en était le responsable pour
la Somalie, le Soudan du Sud et d’autres pays d’Afrique.
Du Tibet jaillit la lumière
L’ancien diplomate a décidé de faire du
commerce en Afrique après sa retraite. L’idée lui
en était venue lors d’un voyage au Tibet il y a une dizaine
d’années. À Lhassa, capitale de la région autonome
du Tibet, il a vu plusieurs habitants utiliser l’énergie
solaire pour faire la cuisine. Même à l’hôtel
où il était descendu on utilisait la puissance du Soleil
pour faire bouillir l’eau. La curiosité de Lindsay a été
éveillée par « l’objet » en forme de papillon.
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Lindsay aide la population locale à utiliser
l'appareil.
XIN HUA
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Plus tard, il a fait la connaissance de Fatima Jibrell, qui
travaillait à résoudre les problèmes environnementaux
en Somalie. Elle trouvait qu’une des plus grandes causes de dommages
à l’environnement était l’abattage d’arbres
comme combustible et marchandise commerciale. Comme le gouvernement central
n’exerçait pas de contrôle à ce moment-là,
la déforestation était courante. Jibrell s’est efforcée
de convaincre les autorités régionales d’arrêter
la destruction des forêts, mais on lui a répondu qu’il
faudrait alors offrir une alternative à la population locale avant
de prendre quelque mesure que ce soit.
Elle a donc commencé à faire l’expérience
de divers types de cuisinières importées d’Europe
et des États-Unis. Toutefois, aucun d’entre eux n’attirait
les Somaliens car toutes ces cuisinières étaient lentes
et insatisfaisantes et les utilisateurs devaient changer souvent l’orientation
des panneaux solaires pour profiter des rayons du soleil.
« Quand Fatima m’a parlé de ses problèmes,
je lui ai immédiatement dit que j’avais vu des cuisinières
à énergie solaire qui conviendraient au marché africain
», dit Lindsay. Il s’est mis à la recherche du fabricant
des appareils vus au Tibet dans la province du Jiangsu. Lindsay et Jibrell
ont donc établi une modeste entreprise appelée « Sun
Fire Cooking » ou Cuisson au feu du Soleil, et ont commencé
à importer les cuisinières de Chine pour les vendre en Afrique.
En 2003, quatorze de ces « papillons » à
haute efficacité ont été achetés et testés
par des ménages de la ville de Bosaso en Somalie, et les utilisateurs
en étaient satisfaits. Les familles, toutes de huit membres ou
davantage, s’en servaient régulièrement pour préparer
leurs repas du matin et du soir.
Selon Lindsay, une famille consomme en moyenne 100 kg de charbon
par mois pour la cuisine, ce qui coute environ vingt-cinq dollars. Avec
une cuisinière solaire, la dépense est réduite à
cinq dollars par mois.
Faibles revenus
Lindsay vend les cuisinières chinoises 150 dollars
en Somalie. C’est un prix élevé comparé au
revenu d’une famille moyenne locale. Nombreux sont les foyers qui
ne peuvent affronter une telle dépense bien que désireux
de remplacer le charbon par l’énergie solaire.
En fait, le prix d’importation est compétitif.
Mais vu les frais de transport et d’installation, le prix augmente.
Aussi, plusieurs Somaliens ne savent comment utiliser l’appareil
et Lindsay doit envoyer des gens les aider.
« J’espère pouvoir trouver des agences
qui aideront la population locale à utiliser ces cuisinières
», dit Lindsay, ajoutant qu’en un an, une famille peut épargner
jusqu’à 200 dollars en recourant à l’énergie
solaire.
Avec une subvention des Nations unies et en partenariat avec
Horn Relief, la compagnie Sun Fire Cooking a récemment fourni des
cuisinières solaires aux 550 foyers du village de pêcheurs
de Bander Beyla (victime du tsunami de 2004) sur la côte de l’océan
Indien en Somalie.
Une équipe de douze personnes dirigée par Shukria
Dini, a assemblé et distribué les cuisinières et
formé les nouveaux « cuisiniers ».
Une jeune femme a dit que l’épargne ainsi réalisée
lui a permis d’envoyer sa fille de 10 ans à l’école.
Une autre personne déclare que sa santé s’est améliorée
vu la réduction de la fumée nocive.
Sun Fire Cooking prévoit couvrir trois autres villages
côtiers dont Dhuur et El-Didhir. La compagnie est en train d’établir
un plan de paiement par versements mensuels. La difficulté est
qu’il faut aller de porte en porte collecter l’argent, et
que la compagnie doit trouver les fonds pour avancer le paiement. «
Cela nous limite », affirme Lindsay. « Une cuisinière
solaire devrait durer vingt ans. Le premier lot a été importé
il y a huit ans et est encore en usage. Donc, la qualité est haute.
Chaque unité pèse 50 kg », dit encore Lindsay.
Optimisme pour l’avenir
« Une des plus importantes raisons pour lesquelles nous
avons choisi le produit chinois est qu’il convient aux utilisateurs
africains », dit Lindsay, ajoutant que la cuisinière à
énergie solaire cuit plus rapidement que le charbon de bois, et
les utilisateurs n’ont pas besoin de changer beaucoup leurs habitudes
de cuisine.
Selon Lindsay, le plus grand problème de son entreprise
consiste à briser le conservatisme des gens et à les convaincre
de sortir de leur ancien mode de vie. « Je pensais que l’économie
d’argent serait un motif suffisant, mais ce n’est pas le cas
», remarque-t-il. Donc la difficulté a été
beaucoup plus grande qu’on ne le prévoyait.
Lindsay est très prudent quand il parle de l’avenir
de sa compagnie en Somalie . « Nous voudrions prendre de l’expansion
si nous sommes acceptés et vendre davantage. En ce moment, nous
en sommes encore à la phase d’implantation. Nous aimerions
trouver des accords permettant de fabriquer ces cuisinières en
Somalie, conclut-il, mais il nous reste un long chemin à parcourir,
et cela n’arrivera pas de sitôt car nous ne vendons pas assez.
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