Sur les sentiers de la fortune

Ou comment un fabriquant de bicyclettes chinois a trouvé le bon filon

Ni Yanshuo

On a longtemps surnommé la Chine le « royaume de la bicyclette ». Mais avec un marché qui devient de plus en plus saturé, certains fabricants de deux-roues préfèrent se tourner vers le prometteur marché africain.

Un marché à maturité - Le marché chinois est aujourd’hui saturé et de nombreux fabricants se tournent vers l’Afrique.
WANG YEBIAO

A Harare, capitale du Zimbabwe, la moitié des bicyclettes que l’on trouve dans les boutiques et les supermarchés émane de la Connick Investments Private Limited, société créée en 2001 par Xie Chonghui, originaire du Hunan dans le sud de la Chine. La structure a grandi jusqu’à devenir le principal fournisseur sur le marché local, où elle écoule quelque dix mille vélos par an. « Le Zimbabwe est le pays par excellence pour la bicyclette, s’enthousiasme Xie. Je pressens un très fort potentiel ici. » Le pays est en effet réputé pour son climat agréable et propice au vélo, dont la demande s’est également accrue en raison des pénuries de pétrole. A l’heure actuelle, Connick possède plusieurs points de vente au Zimbabwe et s’est implantée en Zambie et en Afrique du Sud. Xie est ambitieux : il table, sur dix ans, sur la création d’un « empire de la bicyclette » dans tout le sud de l’Afrique.

Une autre raison qui a poussé Xie à s’installer sur ce marché a priori incongru, c’est l’extrême facilité, par rapport à la Chine, des formalités de création d’un commerce. « Il y a de grandes affaires à mener ici, explique-t-il, le Zimbabwe souffre de l’absence d’un tissu industriel local et se repose sur les importations pour la plupart de ses produits. »

Xie est arrivé à Harare voilà dix ans : l’un de ses amis, déjà installé, lui avait conseillé de venir sonder le marché. S’appuyant sur l’expérience acquise après de nombreuses années dans l’industrie de la bicyclette en Chine, il décide alors de se lancer. En l’espace de trois ans, l’activité s’envole et les ventes atteignent 50 000 pièces par an. Connick se taille la part du lion : avec deux ateliers de production et une capacité de stockage de 30 000 bicyclettes, l’entreprise devient numéro un sur le marché zimbabwéen.

« Lorsque de gros acheteurs viennent passer commande, ils se rendent compte d’eux-mêmes que nous ne sommes pas là pour rabaisser la grille après avoir gagné quelques dollars, mais bien dans une perspective de long terme. » La plus importante commande qu’il ait jamais reçue provenait d’une société minière qui souhaitait équiper ses 2 000 employés.

Xie estime que son principal atout et la raison de son succès en Afrique est la qualité de son service après-vente. Toute pièce défectueuse est remplacée gratuitement dans un délai d’une semaine, et les clients désireux de remplacer leur bicyclette Connick ont accès aux prix de gros. Ainsi, alors que certaines des marques les plus connues à l’échelle internationale vont facturer leurs produits jusqu’à 120 dollars, la plupart des bicyclettes Connick peuvent être achetées pour moins de 30. Xie reconnaît que, sous l’effet conjoint de taux d’inflation élevé et de la dépréciation rapide du dollar zimbabwéen, la marge de profit a souffert depuis 2004. Mais, comme les gens préfèrent investir leur peu d’argent liquide dans quelque chose d’utile plutôt que de subir une nouvelle hausse des prix, la société parvient tant bien que mal à joindre les deux bouts.

Xie Chonghui nourrit des plans ambitieux pour l’avenir. Il souhaite notamment ouvrir avant dix ans de cinq à dix nouveaux magasins dans le sud de l’Afrique. La bicyclette étant un produit que les foyers à moyen ou faible revenu peuvent se permettre d’acquérir, elle peut être produite et vendue en grandes quantités. « Comme j’ai de bons contacts avec des fournisseurs fiables en Chine, je pense que je suis bien placé pour percer sur le marché. »

Bien que le vélo ne soit pas à proprement parler un produit à haute valeur technologique, Xie fait également des efforts pour introduire une certaine dose d’innovation. Il a par exemple réussi à remplacer, sur certains modèles, les poignées par un guidon évoquant davantage un volant. « Ainsi, sourit-t-il, les cyclistes qui ne peuvent pas s’offrir de voiture peuvent tout de même éprouver les sensations de la conduite. »

Il recourt très peu à la publicité dans les médias locaux, mais attache en revanche une grande importance au bien-être public et aux activités qui y sont liées. Il a notamment fait don de bicyclettes à des associations de lutte contre la propagation du SIDA, à la Croix Rouge ou encore à la police.

Xie a d’ores et déjà ouvert des succursales à Lusaka (Zambie) et Johannesburg (Afrique du Sud) et envisage d’en ouvrir une troisième dès cette année au Mozambique. « Le plus important pour réussir, ici en Afrique, conseille-t-il, c’est d’améliorer constamment la qualité de vos produits. C’est comme cela que j’ai pu étendre mon activité aussi rapidement. »


 
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