Une ville ouverte aux affaires
La vie d’un homme d’affaires éthiopien
à Yiwu
Ni Yanshuo
Seife Tesfaye (Gabriel) d’Éthiopie est
né hommes d’affaires et dans une famille d’affaires.
À 35 ans, il est propriétaire de Safe Trading International.
La compagnie a ses quartiers généraux en République
de Corée mais Gabriel passe la grande partie de son temps
à Yiwu, au Zhejiang, où il s’occupe de commerce
en gros de petites marchandises d’usage courant.
Gabriel achète des produits chinois qu’il
revend aux grossistes d’Addis Ababa, capitale de son pays.
Avant de venir en Chine, il importait de République de Corée.
« J’ai découvert que les produits étaient
fabriqués en Chine, donc je me suis tourné peu à
peu vers la Chine », a-t-il dit à CHINAFRIQUE.
De 2001 à 2004, il voyageait de la Corée du Sud vers
Guangzhou, Beijing et Hongkong une ou deux fois par mois pour acheter
des marchandises. Puis en juin 2005, après un minutieux examen
de la situation, il a décidé de s’établir
à Yiwu.
Un endroit idéal
« Yiwu est un bon endroit pour les affaires. On
y a beaucoup de choix », dit Gabriel souriant.
Selon lui, un commerçant peut choisir des biens
de haute qualité qu’il revendra à des prix relativement
élevés, ou des marchandises de moindre qualité
qui se vendront moins cher. « L’acheteur choisit selon
la demande du marché dans son pays », dit encore Gabriel.
La
demande du marché africain varie. Parfois on est indifférent
au prix, parfois on préfère économiser en coupant
sur la qualité. « Je choisis selon la demande mais
je ne veux pas d’un produit qui ne fonctionne pas bien. Quand
je parle de basse qualité, je parle quand même de produits
qui fonctionnent et durent un certain temps », insiste Gabriel
qui s’occupe surtout de matériaux et d’équipement
de construction.
Selon Gabriel, faire de l’import-export à
Yiwu est assez simple et on n’a pas besoin d’enregistrer
une compagnie pour obtenir un permis. Bien que l’entreprise
de Gabriel ne soit pas autorisée à faire des affaires
en Chine, les compagnies d’expédition de Yiwu s’occupent
de tous les détails de l’exportation. Il n’a
qu’à choisir les marchandises et à réserver
des conteneurs pour l’expédition. Si les compagnies
d’expédition possèdent le permis voulu, elles
peuvent s’occuper de tout pour lui, de la manutention aux
détails. Quand tout est accompli, on lui apporte la facture
et il n’a qu’à la régler. Parfois, les
marchandises doivent être envoyées à un bureau
d’inspection et il doit s’occuper du paiement lui-même.
Quelques problèmes
Comme d’autres étrangers qui vivent en
Chine, Gabriel rencontre certains problèmes surtout dus à
la culture et à la langue. « Parfois il s’agit
de différences de communication avec les fournisseurs. »
Par exemple, Gabriel a retenu un conteneur pour un mardi mais la
compagnie l’a envoyé le lundi. Selon la compagnie,
comme la marchandise était prête, on pouvait la charger
lundi. Mais pour Gabriel, cela changeait tout le processus de transport,
et il a dû remettre le départ à la semaine suivante.
« Parfois mes fournisseurs m’apportent des
biens de piètre qualité, ou différents des
spécimens que j’avais vus. Si je ne les veux pas, je
dois les retourner. Si je décide de les garder, il faut recommencer
à négocier les prix », explique-t-il. Des problèmes
d’empaquetage et d’étiquetage existent aussi.
« Quand je donne mes directives, ils m’écoutent
très attentivement mais ensuite ils font à leur façon
parce qu’ils croient que ça va, sans même me
consulter. C’est ça, le gros problème : la communication.
Je l’accepte la plupart du temps mais c’est très
difficile. »
Pas une ville pour le divertissement
Selon Gabriel, « il n’y a rien à
faire à Yiwu après le travail. Seulement rentrer à
la maison et regarder la télé. Si l’on veut
la vie nocturne comme à Beijing, Shanghai ou Guangzhou, alors
on sera déçu. »
Il n’y a pas de Starbucks à Yiwu, ce qui
ennuie Gabriel qui était un habitué en République
de Corée. « Si on en ouvre un, je serai le premier
client car j’adore le café. »
« Il y a quelques cafés à Yiwu mais
leur style est complètement différent et leurs prix
sont très élevés », précise-t-il.
Heureusement il y a un court de tennis près de
chez lui où il peut jouer l’été, seul
loisir possible pour lui.
L’épouse de Gabriel et leur fille de trois
ans vivent aussi à Yiwu. « Elles sont venues seulement
pour être avec moi, mais n’aiment pas Yiwu. Moi j’aime
bien vivre ici parce que j’y fais mes affaires », dit
Gabriel.
Sa fillette apprend le chinois au jardin d’enfants
depuis sept mois. Il y a une dizaine d’enfants étrangers
dans sa classe, surtout des Coréens.
« En fait, je voulais l’envoyer dans un
jardin d’enfants international où tous les enfants
sont sur un pied d’égalité, mais il n’y
en a pas à Yiwu », dit Gabriel en secouant la tête.
Il pense que la croissance économique de Yiwu
a été très rapide. La vitesse à laquelle
les étrangers ont découvert Yiwu et s’y sont
établis est étonnante. Les infrastructures sont convenables,
toutefois le secteur des services est insuffisamment développé.
Yiwu n’a pas appris à rendre confortable la vie des
gens d’affaires étrangers. Les étrangers peuvent
y trouver de bonnes occasions commerciales mais n’y mènent
pas la vie qui leur convient. « Les étrangers ont une
autre façon de voir les choses. Toutefois, les conditions
s’améliorent. »
Gabriel travaille actuellement dix heures par jour.
« Comparé aux autres étrangers ici, je ne travaille
pas fort. Je n’ai pas à travailler le dimanche comme
la plupart d’entre eux. »
Gabriel est chrétien et va souvent à l’église
le dimanche. « J’y passe un bon moment, de 8 h 30 à
14 h », dit-il.
Il y a une grande église coréenne dans
son quartier. La plupart des fidèles sont étrangers.
Au début, Gabriel fréquentait cette église
parce que sa femme est Coréenne, mais les offices avaient
lieu en langue coréenne seulement. Maintenant, lui et une
quarantaine d’anglophones forment une communauté de
langue anglaise. Quelques Chinois se joignent à eux, des
étudiants d’université surtout.
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