Patiner sur la glace mince

Francisco Little

Le climat de Beijing est très bizarre. À la mi-février, selon mon expérience, mes os devraient craquer et les lacs de la ville devraient être gelés dur. Mais me voilà à prendre du soleil, sans l’ombre d’une vague de froid en vue. Quelque chose ne va pas.

En me rendant au travail, je me rends compte que les très jolies vestes rembourrées qui peuvent résister à des conditions polaires ont été remisées pour céder la place à des vêtements plus légers, étant donné que le mercure a atteint 16ºC le 5 février. C’était un record depuis 1840. Quelque chose ne va pas.

Ceux qui pensaient aller patiner pendant leurs vacances doivent changer rapidement leurs projets car les lacs de la capitale sont frappés d’un ban vu le danger causé par la fonte.

Dans mon voisinage, ceux qui s’aventurent sur la glace du parc des Bambous pourpres (Zizhuyuan) le font à leurs risques et périls. Tandis que je regarde ces patineurs démoniaques qui effectuent des figures fantaisistes, le son de la glace qui craque, annonçant son retour à l’état liquide, nous sert à tous un avertissement.

Et je me souviens des magnolias que j’ai vus en éclosion sur l’avenue Chang’an qui traverse la ville de part en part. Ces arbres fleurissent habituellement au début d’avril. Leur horloge biologique est donc dérangée. Quelque chose ne va pas.

Qin Dahe, directeur du Bureau de météorologie de Chine, croit que les conditions extrêmes que connait Beijing sont dues au réchauffement de la Planète, qui entraine de hautes températures, la sécheresse et des ouragans dans tout le pays.

De plus, un rapport publié le mois dernier montrait que le changement climatique pourrait causer une baisse de production agricole dans la deuxième moitié du présent siècle. La production de blé, maïs et riz en Chine pourrait diminuer de 37 % et les températures moyennes s’élever de deux ou trois degrés dans les cinquante ou quatre-vingts prochaines années, ce qui entrainerait une évaporation de 15 % des eaux intérieures du pays. Pour la Chine qui fait face à un sérieux manque d’eau, surtout au nord, ces prédictions sont de très mauvaises nouvelles.

Le récent séminaire intergouvernemental des Nations unies sur les changements climatiques a publié un rapport disant que le réchauffement planétaire est causé par l’activité humaine et qu’il durera quelques siècles encore. Ce n’est pas tout à fait une surprise, mais c’est la première fois qu’un organisme réputé admet quelque chose que peut sentir n’importe quelle personne qui s’intéresse à notre Terre.

Mais Qin concède que la Chine « traine derrière l’Europe et les États-Unis » en ce qui concerne la technologie pour laver son charbon, lequel représente 69 % de la production d’énergie du pays, et il est grand temps de procéder au rattrapage.

Tout le monde sait que la Chine tente de diminuer sa dépendance du charbon, mais le cout du passage d’envergure à des énergies propres est trop élevé actuellement pour une économie en développement qui a beaucoup d’autres priorités.

Comme plus grand producteur et utilisateur de charbon, la Chine dépassera les États-Unis pour sa quantité d’émission de gaz qui provoquent l’effet de serre en 2020. Ces gaz, le dioxyde de carbone en particulier, sont généralement considérés comme premier facteur du réchauffement planétaire.

Qin dit que le gouvernement chinois a déjà établi « un objectif très ambitieux et ardu » de réduction des émissions nocives de 4 % par année au cours des cinq prochaines années.

Outre le dommage causé à l’environnement, les implications financières du réchauffement causent des pertes économiques directes de 37,5 milliards de dollars en Chine chaque année, soit 2 à 5 % du PIB du pays.

La position du gouvernement chinois sur la responsabilité du changement climatique est claire. « Il faut signaler que les changements climatiques résultent des émissions à long terme provenant des pays développés », dit le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Jiang Yu.

Peu importe qui est à blâmer, nous devons dépasser le jeu de la culpabilité. Au niveau mondial, il faut des efforts collectifs et des engagements communs pour réduire les émissions nocives. Sinon, les conséquences ne seront pas seulement des hivers chauds à Beijing mais nous devrons tous chercher une autre planète où vivre.

(L’auteur est un Sud-Africain vivant à Beijing)


 
24 Baiwanzhuang, 100037 Beijing République populaire de Chine.