Le rapprochement se resserre

Dans une entrevue écrite de CHINAFRIQUE Eleih-Elle Etian, ambassadeur du Cameroun en Chine et doyen du groupe des ambassadeurs de pays d’Afrique, a discuté de l’épanouissement des relations sino-africaines, surtout avec le Cameroun qui est le premier pied à terre du président Hu Jintao lors de sa visite de huit pays d’Afrique.

CHINAFRIQUE : Quelle importance accordez-vous à la visite du président Hu au Cameroun?

Eleih-Elle Etian: La visite du président Hu dans notre pays est très significative à cause de nos longs et excellents liens et à cause du profil international du distingué visiteur. En outre, c’est la première fois qu’un chef d’État chinois vient au Cameroun. Une première visite est toujours entourée des plus grands soins des deux côtés.

Le gouvernement et le peuple camerounais apprécient beaucoup les signes d’amitié de leurs partenaires chinois à cette occasion. De ses dix jours de tournée dans huit pays, le président Hu en passera trois au Cameroun. C’est un symbole important de la place que le Cameroun occupe dans le cœur du président de la Chine, mais aussi dans le cadre de la coopération Chine-Afrique.

Quant aux moments marquants de cette visite, permettez-moi de m’en tenir aux aspects symbolique et politique. Le plus important est le tête-à-tête entre le président Hu et son homologue camerounais. À cette occasion les deux parties ont repassé plus de 35 ans de coopération et établi des projets de relations selon les résolutions du récent sommet sino-africain.

Les deux chefs d’État ont repassé aussi les grandes réalisations de la Chine dans notre pays, surtout la Salle de l’assemblée nationale, un des symboles les plus anciens et typiques de notre coopération, ainsi que le nouvel hôpital construit et le palais des sports en construction. Ils ont présidé un spectacle artistique auquel participeront des artistes des deux pays. Ce dernier élément est très symbolique en tant que témoin de la coopération non seulement politique mais entre les peuples eux-mêmes et leurs dirigeants.

La Chine et le Cameroun ont de bons liens économiques. Comment voyez-vous le potentiel de la coopération économique et commerciale ?

Je suis optimiste. Car la Chine et le Cameroun ont des systèmes économiques compatibles et complémentaires. Le Cameroun est riche en ressources naturelles : forestières, minérales et hydrauliques, et la Chine est un vaste marché qui jouit d’un potentiel financier important et un pays qui a une véritable expérience dans la transformation des ressources et le développement des infrastructures de communication. Le renforcement des liens économiques et commerciaux est désormais évident et suit l’évolution positive des relations politiques entre les deux pays. Plusieurs projets dans ce domaine sont en discussion et nous espérons que la visite du président Hu dans notre pays marquera un pas en avant.

La Chine a besoin d’investir à l’étranger et le Cameroun est une bonne destination ; le Cameroun a besoin d’infrastructures et la Chine est un bon fournisseur.

Quant à la compatibilité, je ne donnerai qu’un exemple. L’avantage compétitif de la Chine sur les autres pays de même niveau de développement réside dans le fait que la Chine fournit des solutions de développement selon les conditions. Pas seulement pour le Cameroun, mais dans toute l’Afrique et tout le tiers-monde. C’est ce que voulait dire le président Paul Biya dans son discours du 31 décembre quand il a parlé de certains pays d’Asie comme de bons exemples de transition économique.

Comment la croissance des relations entre la Chine et le Cameroun contribuent-elles au développement des relations sino-africaines ?

C’est possible au moins à trois points de vue : symbolique, géopolitique et diplomatique.

Symbolique : Le Cameroun est souvent considéré comme l’Afrique en miniature. Une initiative développée au Cameroun dans le cadre de la coopération exerce une influence internationale au niveau de l’Afrique.

Géopolitique : D’abord, la situation géographique du Cameroun, sa stabilité politique et son potentiel économique. Le Cameroun est au centre-ouest de l’Afrique. Il confine à la Guinée équatoriale au sud-ouest, au Gabon au sud, au Congo au sud-est, à la République centrafricaine à l’est, au Tchad au nord-est, au Nigeria au nord-ouest et au golfe de Guinée à l’ouest. Le Cameroun est aussi reconnu, au point de vue politique, comme le pays le plus stable de la région du golfe de Guinée, une région dont la réputation géopolitique s’est beaucoup améliorée ces dernières années.

En tant que membre le plus puissant de la CEMAC (Communauté économique et monétaire de l’Afrique Centrale), la communauté la plus active de toute la région centrafricaine. Le Cameroun à lui seul représente plus de la moitié du PIB de la CEMAC. Il a de riches ressources humaines et naturelles. Le Cameroun est le seul pays bilingue (français et anglais) de toute l’Afrique. Ces quelques détails vous montrent non seulement comment la Chine peut compter sur mon pays pour améliorer les relations sino-africaines mais surtout pourquoi elle doit le faire.

Diplomatique : Le Cameroun a joué un rôle très important dans le développement des relations Chine-Afrique par son ambassadeur à Beijing en qualité de doyen du corps diplomatique, doyen du groupe des ambassadeurs africains et doyen du groupe des ambassadeurs francophones [d’Afrique] à Beijing.

Certaines entreprises chinoises sont implantées au Cameroun. Comment ces compagnies et les travailleurs chinois sont-ils perçus par les Camerounais ? Ont-ils des problèmes d’adaptation locale ?

En fait, j’aurais aimé que des Chinois concernés répondent à cette question. Mais comme vous demandez mon opinion, je vous dirai franchement que les Camerounais apprécient la présence des gens d’affaires chinois dans leur pays. Souvenez-vous que j’ai dit qu’un des plus grands mérites de la Chine est d’offrir des solutions selon les conditions de développement. Cela veut dire que de plus en plus de Camerounais sont satisfaits de la présence des Chinois parce qu’ils ont maintenant le choix de plusieurs produits qu’ils ne pouvaient pas acheter avant en raison de leur prix trop élevé. Certains se plaignent de la qualité des produits fabriqués en Chine, mais la qualité des produits s’améliore constamment.

De plus en plus de Chinois demandent un visa pour le Cameroun ; c’est une preuve de la parfaite intégration des Chinois chez nous. Bien que le sommet du mouvement humain soit récent, la Chine et l’Afrique partagent une longue histoire qui les a aidés à bâtir la compréhension entre les États et les peuples. En mars, le Cameroun et la Chine commémorent le 36e anniversaire de l’établissement de leurs relations diplomatiques. Trente-six ans de coopération suffisent à résoudre des problèmes comme celui de l’adaptation des citoyens chinois au Cameroun. La culture chinoise est très près de la culture africaine et nous partageons les mêmes valeurs culturelles comme l’importance de la famille, le respect des ainés, la solidarité, le labeur et le patriotisme.

La Chine s’est beaucoup engagée lors du Forum sur la coopération Chine-Afrique l’an dernier. Comment le voyage de Hu renforce-t-il l’application des engagements de la Chine ?

Nous sommes très heureux et enthousiastes de l’initiative du président Hu de visiter l’Afrique, moins de trois mois après le Sommet. Nous considérons ce voyage comme un témoignage puissant des engagements du gouvernement chinois pour changer les résolutions du sommet en réalisations concrètes. Nous sommes enchantés de voir que ces résolutions ont commencé à s’appliquer. La preuve en est l’abolition récente de la dette de 33 pays d’Afrique et l’augmentation des bourses d’études pour les pays d’Afrique quelques jours avant le départ de Hu pour l’Afrique. Nous saisissons donc cette occasion pour remercier le gouvernement chinois et ses dirigeants et les assurer que nous continuerons d’augmenter notre coopération, de manière à donner au monde un excellent exemple de coopération Sud-Sud.

Par ces signes positifs, nous sommes convaincus que le mécanisme de suivi du sommet de l’an dernier sera bientôt mis en place pour le bien des deux parties.

Pouvez-vous commenter la politique de « néocolonialisme » que certains croient que la Chine poursuit en Afrique ?

Tout d’abord, je me demande qui sont ces personnes. Je pense que ces gens sont inquiets de l’influence géopolitique sur la scène internationale face à un rapprochement croissant entre la Chine et l’Afrique. Je crains aussi qu’ils ne veuillent que distraire les Africains de l’option politique qui pour une fois sera à leur avantage, seulement pour les empêcher de jouir des brillantes perspectives de cette coopération.

La Chine a été un partenaire proche de l’Afrique dans les années où le continent se battait pour son indépendance, je veux dire le processus de décolonisation de l’Afrique. Il serait donc injuste d’accuser ou soupçonner la Chine de pratiquer une politique coloniale ou néocoloniale en Afrique. La Chine est un pays responsable et ne s’engagera pas dans des mesures qu’elle a combattues pendant des décennies. Depuis, la Chine et l’Afrique ont établi leurs relations sur la base des Cinq Principes de coexistence pacifique soit le respect mutuel de la souveraineté et de l’intégrité territoriale, la non-agression mutuelle, la non-ingérence dans les affaires internes de l’autre partie, l’égalité et le bénéfice mutuels, et la coexistence pacifique. Les deux parties demeurent fidèles à ces principes et c’est pourquoi elles connaissent une telle coopération aujourd’hui.

Heureusement, ni la Chine ni les pays d’Afrique ne sont dupes de l’expression « néocolonialisme ». Comptant sur l’appui habituel de tous nos partenaires, nous savons que notre coopération avec la Chine est une des plus stratégiques ou simplement le pivot stratégique de l’avenir de notre coopération internationale pour les prochaines décennies.


 
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