Le maître de wushu

Passionné d’arts martiaux chinois, un jeune camerounais est venu étudier à Beijing le wushu ancestral, et pourrait bien aller chercher une médaille aux prochains Jeux olympiques.

Ni Yanshuo

Dominique Saatenang montre ses médailles. WANG XIANG

Dominique Saatenang est un jeune camerounais amoureux du wushu. Il vit en Chine depuis un peu plus d’un an et parle couramment le mandarin. Son rêve, cependant, c’est d’acquérir la maîtrise du véritable wushu chinois, et de retourner l’enseigner en Afrique.

Le wushu est une part essentielle du kungfu chinois, que l’on pourrait comparer aux plus connus taekwondo sud-coréen et karaté japonais. « La Chine n’a jamais fourni d’efforts pour le populariser en dehors de ses frontières, regrette le jeune homme. Ils sont peu nombreux à connaître ses avantages. Pourtant, d’après moi, le wushu vaut bien plus que le taekwondo ou le karaté. »

Saatenang étudie désormais à l’université des Sports de Beijing (BSU). Au cours de l’année 2006, il a participé à toute une série de compétitions et a remporté de nombreuses médailles. Parmi ses principales réalisations, un premier prix en armes Taiji au 4e Festival international de wushu de Hongkong, mais aussi des récompenses dans des compétitions de figures de Taijiquan ou de maniement de la lance Qiangshu. Et cela, après moins d’un an d’étude en Chine.

La poursuite d’un rêve

Il y a quinze ans de cela, alors qu’il n’était que collégien, Saatenang découvrait le wushu au travers des films d’art martiaux. Très vite, il adule les maîtres que sont Bruce Lee, Jet Li ou Jackie Chan. Son père le soutient : c’est lui qui trouvera cette école au Cameroun, où un professeur camerounais enseigne lui-même ce qu’il a appris en Chine.

Puis Saatenang se rend au Gabon, où il créé en 1999 la première école de wushu puis, l’année suivante, la fédération de wushu du pays. « Les Africains montrent un grand intérêt pour le wushu, explique-t-il, mais ils ont peu d’occasions de se rendre vraiment en Chine. Ils me demandent souvent en quoi consiste cet art, et j’ai envie de leur montrer son véritable esprit. » L’école rencontre très vite un grand succès et les inscriptions se multiplient. « Les gens m’appellent ‘le troisième Li’, sourit-il, en référence aux deux héros, Bruce Lee et Jet Li. »

Des bases solides

En juin 2005, Saatenang laisse son école entre les mains de son meilleur élève, et part enfin pour la Chine. « Je continue à lui envoyer des instructions par email, et aussi des DVDs de wushu lorsque j’en trouve, pour qu’il puisse les diffuser à l’école. »

Dominique Saatenang pratique le Taijiquan. WANG XIANG

À son arrivée en Chine, sa première étape est bien entendu le temple Shaolin du Henan, où il passe un mois entier. « Ils ont trouvé que j’avais d’excellentes bases et m’ont conseillé d’aller poursuivre l’étude du wushu à Beijing. » Aidé par l’ambassade du Cameroun en Chine, il parvient alors à s’inscrire pour un cursus de deux ans à la BSU. Mais comme il n’y a pas de bourses scolaires pour le wushu, il est obligé de se prendre en charge lui-même ; tous ses biens vont y passer, y compris sa voiture. « Mais je ne me plains pas : mon rêve était d’étudier à Beijing, et j’ai trouvé ici de très bons professeurs. »

Puis, en novembre dernier, à Shanghai, il passe avec brio le concours pour devenir juge international. « Je suis désormais un arbitre de wushu certifié, s’exclame-t-il avec fierté. Je peux officier dans des compétitions ! » Afin qu’il puisse passer l’examen, le ministre des Affaires étrangères du Cameroun, Laurent Esso, en visite à Beijing pour le sommet du FOCAC, l’aidera à acheter le billet d’avion.

« Je suis aujourd’hui diplômé de la BSU, précise Saatenang. Mais je ne peux pas pour autant affirmer que j’ai fini d’étudier le wushu : c’est une discipline tellement vaste, tellement riche, qu’il est impossible de jamais vraiment la maîtriser. » Son prochain objectif est désormais de porter les couleurs du Cameroun pour la compétition de wushu qui aura lieu lors des Jeux olympiques de Beijing.

Une discipline ouverte à tous

Actuellement, il travaille auprès de la fédération française de wushu, et garde bon espoir quant à son futur de professeur en Afrique, malgré les difficultés. En Chine, explique-t-il, le wushu peut être enseigné comme une matière à part entière, mais en Afrique il faut trouver un créneau le soir après le travail.

Les adeptes du wushu ne feront jamais fortune grâce à leur activité, mais ils entretiennent et façonnent à la fois leur corps et leur esprit. Contrairement aux autres arts martiaux, n’importe qui peut le pratiquer, indépendamment de son âge ou de sa santé. Les personnes âgées, qui ne se déplacent pas très vite, peuvent se tourner vers le Taijiquan, et les plus costauds vers le Changquan. Quant à ceux qui ont des problèmes aux jambes et ne peuvent pas sauter, il leur reste le Nanquan, qui repose sur un centre de gravité plus bas. Enfin, le wushu peut aussi servir de technique de défense. « En ce sens, conclut Saatenang, il est bien plus complet que le taekwondo et le karaté. Le wushu est très difficile à comprendre, mais une fois que vous l’avez compris, vous pouvez comprendre n’importe quoi. »

Qu’est-ce que le wushu ?

Étymologiquement, wu-shu signifie l’art (shu) de la guerre (wu). C’est une part incontournable de l’héritage culturel chinois, qui remonte à plusieurs siècles. Il ne contient pas que des exercices physiques mais aussi une dimension philosophique, méditative et esthétique.

À l’origine, le wushu a été développé pour améliorer les techniques militaires mais aussi le bien-être physique. Il s’avérait indispensable pour les soldats qui combattaient alors à mains nues. Aujourd’hui, son aspect martial a disparu, et les Chinois le considèrent comme un domaine d’étude à part entière, recherché pour ses vertus athlétiques, sanitaires et spirituelles.

Hommes et femmes, jeunes et moins jeunes le pratiquent, en solo, par paires ou en groupe, à mains nues ou armés. Le wushu se décline ainsi en de nombreux systèmes et écoles. Les plus célèbres sont celles du mont Wudang ou du temple Shaolin, elle-même subdivisée en plusieurs centaines de styles. On pourra notamment citer le Changquan (poing long), le Nanquan (poing venu du sud), le Xingyiquan (poing de l’esprit) ou encore le Taijiquan ou boxe de l’ombre.

Le wushu a récemment été modernisé, les règles d’entraînement puis de compétition harmonisées. Il a gagné en performance athlétique et esthétique, jusqu’à devenir un véritable sport qui attire de plus en plus d’étrangers.


 
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