De diplomate à professeur

La vie d’un professeur africain en Chine.

Ni Yanshuo

Si vous montez au quatrième étage du bâtiment des langues étrangères sur le campus Shuiqingmuhua du Groupe d’enseignement et technologie Nouvel Orient (New Oriental Education and Technology Group), vous verrez une chose curieuse. D’abord, vous entendez un baryton animé enseigner le français en chinois standard, ensuite le rire gai des étudiants. Vous pensez probablement qu’il s’agit d’une classe de français typique où enseigne un professeur chinois ; cependant, en ouvrant la porte, vous découvrez qu’un professeur africain se tient devant le tableau.

C’est Mpassi Joseph, de la République populaire du Congo. L’école Nouvel Orient fournit la formation en langues étrangères. « J’essaie d’animer ma classe. Vous savez qu’apprendre une langue étrangère est très difficile, et il est impossible de bien apprendre dans une atmosphère stricte et monotone », dit Mpassi à CHINAFRIQUE.

Les paroles de Mpassi rencontrent l’écho de son étudiant Wu Shuang : « Il a de l’humour et crée toujours un milieu d’apprentissage confortable. Bien qu’il vienne d’Afrique, on ne sent aucune différence pédagogique entre lui et les professeurs chinois. Il connaît tellement la Chine ! »

Changement de rôle

Il n’est pas exagéré de dire que Mpassi est sinologue, car il a une affinité prédestinée pour la Chine. De 1979 à 1983, il a passé cinq ans à l’Université de langues et culture de Beijing (BLCU). Après son retour au pays, il a travaillé pour le ministère des Affaires étrangères pendant six ans et assumé la direction du département asiatique. En 1990, il est revenu en Chine en tant que deuxième secrétaire tout d’abord, puis chargé d’affaires commerciales à l’ambassade du Congo en Chine.

Mpassi en classe. WANG XIANG

« Mon expérience de travail à l’ambassade du Congo m’a donné une connaissance profonde de la Chine. Pendant mes cinq années d’études à BLCU, j’ai observé le pays d’un point de vue personnel. Quand j’ai travaillé en tant que diplomate, j’ai compris la Chine au niveau des relations bilatérales », explique Mpassi.

En 1997, une guerre civile a éclaté au Congo et le nouveau gouvernement n’a pas reconnu les anciens diplomates. En raison de l’instabilité politique dans son pays alors, Mpassi a choisi de rester en Chine. En 2000, il a commencé à enseigner le français à l’université des Langues étrangères de Beijing et l’Université Beijing Union. En 2005, il est passé à l’école Nouvel Orient.

« Avec mon expérience d’enseignement au Congo, j’ai le même sentiment quand je fais face aux étudiants chinois. En tant que professeur, je peux sentir l’ardeur dans les yeux de mes étudiants, ce qui m’encourage beaucoup, ajoute Mpassi. Je suis si heureux de voir mes étudiants exprimer maintenant leurs opinions en français ! »

Joie de l’enseignement

Pour Mpassi, enseigner le français est une joyeuse activité. Cependant, quand il a pris pour la première fois son manuel en Chine, il a rencontré beaucoup de difficultés.Le travail du professeur est totalement différent de celui du diplomate. Pour les étudiants chinois, l’étape primaire de l’étude du français est très difficile et ils doivent apprendre par cœur beaucoup de règles et de mots. Pendant cette étape, quelques-uns perdent l’intérêt et même sont tentés d’abandonner. « J’ai été inquiet quand quelques étudiants m’ont dit qu’ils voulaient arrêter. Je me suis remis en cause : Est-ce que je suis un professeur qualifié ? Est-ce que je peux enseigner ? Puis, j’ai trouvé divers moyens pour communiquer avec eux, les aider et les encourager », dit Mpassi.

Mpassi a raconté ce que s’est produit récemment dans sa classe. Un étudiant a dit qu’il voulait cesser après une semaine d’étude car il avait perdu l’espoir d’apprendre une langue étrangère. Mpassi l’a encouragé avec sa propre expérience d’étude du chinois quand il est arrivé en Chine. « Il m’était extrêmement difficile d’apprendre chinois pendant les premières semaines à BLCU, et j’ai rencontré divers problèmes inimaginables pour les Chinois, se rappelle Mpassi. Selon ma propre expérience, si tu peux passer la première étape, la période suivante sera beaucoup plus facile, et si tu maîtrises véritablement une langue étrangère, tu découvriras qu’il est parfaitement ridicule d’abandonner l’étude à peine au début. »

Le premier ministre chinois Wen Jiabao visite un lycée de Brazzaville au Congo. XINHUA

Maintenant, cet étudiant est le plus actif de sa classe. Quand Mpassi entre en classe, il est toujours le premier à le saluer en français. « Bien sûr, il fait des erreurs, mais au moins, il a pris intérêt au français et il fait de progrès tous les jours », affirme Mpassi.

Quant à la méthode d’étude des langues étrangères, selon Mpassi il n’est pas bon d’attacher trop d’importance à la grammaire. « Les étudiants s’inquiètent toujours de leurs fautes quand ils parlent, de sorte qu’ils ne veulent pas parler et perdent de confiance en eux-mêmes. » Dans sa classe, les étudiants écoutent rarement d’ennuyeuses explications de grammaire et font des exercices oraux la majeure partie du temps.

Mpassi est totalement intégré dans la vie chinoise. Sauf par la couleur de sa peau, personne ne peut le distinguer d’un Chinois par ses entretiens ou habitudes quotidiennes.

Selon lui, la différence culturelle entre la Chine et l’Afrique n’est plus un obstacle de communication, et est considérée comme une joie qu’il peut partager avec ses étudiants. « J’aime beaucoup parler avec eux de la culture et partager l’essence de différentes cultures. Je suis très chanceux d’avoir l’occasion de comprendre la culture chinoise par la communication avec mes étudiants, lesquels apprennent le français de moi, et réellement, je pense que j’ai appris beaucoup plus d’eux », il souligne.

En raison de sa personnalité attrayante, ses étudiants restent en contact avec lui après leurs études. Bon nombre d’entre eux vont le voir quand ils reviennent de l’étranger. « Je suis satisfait de bavarder continuellement avec eux en français. J’ai vraiment plaisir à faire la classe », il ajoute.

Famille chinoise heureuse

Mpassi est resté en Chine depuis une dizaine d’années et a épousé une femme de Beijing, Zhang Yongping. Ils étaient étudiants au BLCU et maintenant collègues à Nouvel Orient.

En 1990, Mpassi est venu en Chine pour occuper un poste à l’ambassade du Congo. Lors du mariage d’un étudiant congolais et d’une Chinoise, il a rencontré Zhang Yongping. Comme il présidait la cérémonie en français, la plupart des invités ne comprenaient pas et Zhang a servi d’interprète. Plus tard, ils sont devenus amis et se sont entraidés en langue. Et l’amour est venu. Maintenant, ils ont une fille de 10 ans.

Pendant son temps libre, Mpassi aime escalader des montagnes ou faire des emplettes avec sa famille. Actuellement, il enseigne trois jours par semaine.

En tant qu’ancien diplomate, Mpassi porte une grande attention aux rapports entre la Chine et l’Afrique, notant qu’il est très heureux de voir tous les événements positifs qui se produisent dans les relations bilatérales comme les visites du président Hu Jintao et du ministre Wen Jiabao en Afrique et le sommet de Beijing du Forum sur la coopération Chine-Afrique. « Tout cela reflète la base profonde de l’amitié sino-africaine », dit-il.

La Chine a établi des relations diplomatiques avec le Congo en 1964. Beaucoup d’événements ont laissé à Mpassi une impression profonde, particulièrement les équipes médicales chinoises envoyées dans son pays. « Elles sont bien accueillies parce qu’elles travaillent non seulement dans la capitale mais également dans des régions éloignées et pauvres. »

Quand il était chef du département asiatique du ministère congolais des Affaires étrangères, Mpassi a rendu visite aux équipes médicales chinoises, y compris celles des régions éloignées. « Les conditions de travail sont très dures ; j’ai été vraiment touché par leur esprit », déclare Mpassi.

D’après lui, travailler comme diplomate et enseignant peut contribuer aux relations amicales sino-congolaises. « Peu importe de quelle façon, j’espère contribuer à la promotion des relations entre les deux pays. Qu’un jour mes étudiants puissent travailler pour le ministère des Affaires étrangères de Chine ou d’autres départements favorisant l’amitié ou les échanges commerciaux entre la Chine et le Congo, c’est ce que je veux », dit Mpassi.


 
24 Baiwanzhuang, 100037 Beijing République populaire de Chine.