En toute liberté

Le 27 avril 2007, l’Afrique du Sud célébrait le 13e anniversaire de son indépendance. Dans un pays dont le passé est marqué par la division et la ségrégation, c’est un jour de grande importance. Chinafrique a parlé avec l’ambassadeur d’Afrique du Sud, Ndumiso Ntshinga, des mouvements actuels en faveur de l’égalité dans ce pays et de la signification de la Journée de l’indépendance pour les Sud-Africains.

Chinafrique: Le 27 avril marque la Journée de l’indépendance. Que signifie cette date pour les Sud-Africains?

Ambassadeur d’Afrique du Sud, Ndumiso Ntshinga. NAN FEI

Ambassadeur Ntshinga: On l’appelle Journée de l’indépendance parce que c’est le jour historique où nous sommes devenus une nation. Nous avions connu un passé très divisé et n’avions jamais eu une identité sud-africaine. Par le passé nous étions catégorisés en Africains et Asiatiques, Gens de couleur et Blancs. Le peuple africain était ensuite divisé en tribus, alors rien ne faisait de nous un pays et invariablement cette sorte de ségrégation mène à l’inégalité dans une société.

Elle mène aussi à accorder le droit de vote à certains et non à d’autres; le 27 avril 1994 fut le premier jour de notre histoire où nous avons eu le droit de vote en tant que Sud-Africains, sans égard à notre couleur, race ou sexe.

C’est un jour mémorable car c’est là que nous avons commencé à bâtir une identité collective et une Afrique du Sud unie et dans laquelle nous pouvions tous être fiers et partager.

Le président de Chine Hu Jintao a visité l’Afrique du Sud en février 2007. Comment les Sud-Africains voient-ils cette visite ?

Cette visite a suscité l’intérêt des Sud-Africains qui deviennent de plus en plus conscients du monde en dehors de leur pays, un monde autre que les États-Unis et l’Europe. En Afrique du Sud, nous avons toujours été tournés vers les États-Unis et l’Europe de l’Ouest, qui étaient nos liens dans le passé. Nous ne savions pas grand-chose de l’Est et de l’Asie. Avec la visite du président Hu cette année et la visite de notre président Mbeki en Chine l’an dernier, bien des Sud-Africains ont tourné leurs regards vers la Chine. La conséquence de ces visites de haut niveau est qu’un certain nombre d’hommes d’affaires d’Afrique du Sud cherchent des occasions commerciales en Chine ou cherchent la Chine comme partenaire. Même le domaine universitaire commence à rechercher le partenariat chinois.

Par conséquent, la visite a fait comprendre que notre relation pouvait apporter des avantages mutuels. Évidemment, dans toute relation il faut aller au-delà du niveau politique et gouvernemental. Pour une relation plus forte, il faut des liens culturels et des relations interpersonnelles qui, avec de solides liens économiques, deviennent toujours les piliers des relations avec un autre pays et je pense que nous assistons à cette croissance, surtout à cause des relations politiques de haut niveau que nous avons aujourd’hui.

Comment l’Afrique du Sud traite-t-elle le déséquilibre (un déficit de plus de 3 milliards de dollars en 2005 selon le Département du revenu d’Afrique du Sud) qui existe avec la Chine?

Nous croyons qu’un bon moyen de le régler consiste à diversifier nos exportations vers la Chine. Pour ce faire nous devons trouver des moyens d’ajouter de la valeur aux matières premières que nous vendons à la Chine. Comment? Par exemple au lieu de vendre du minerai à la Chine, ne pourrions-nous pas le transformer et vendre des produits à valeur ajoutée? Nous exportons actuellement surtout des ressources minières et des produits alimentaires. Nous avons signé des accords concernant les agrumes, les raisins, etc., et nous voulons étendre l’exportation de cette façon. Actuellement, nous importons plus que nous exportons, en général, et nous sommes en train de voir comment renverser cette situation qui crée une pression sur notre économie.

Quelles initiatives sont mises en place pour encourager le tourisme chinois en Afrique du Sud?

Le 28 avril, Eastern Airlines a inauguré un vol entre Shanghai et Johannesburg et nous sommes tous d’accord que cela apportera un accroissement considérable du nombre de touristes dans notre pays. Ce nombre s’est déjà accru de façon stable depuis que la Chine a reconnu à l’Afrique du Sud le statut de destination approuvée. Davantage d’activités sont organisées par le Tourisme sud-africain en Chine et les agents de voyage de Chine font aussi la promotion de l’Afrique du Sud. Je ne voudrais pas exagérer en disant qu’autant de Chinois vont en Afrique du Sud qu’en Thaïlande, mais leur nombre augmente.

Une des raisons du petit nombre dans le passé est qu’il n’y avait pas de vols directs et que l’itinéraire était compliqué. Si l’on rend les choses faciles pour les voyageurs, les possibilités qu’ils visitent notre pays augmentent.

L’an prochain marquera le 10e anniversaire de nos relations avec la Chine et mon rêve est de le célébrer avec un programme semblable à celui de l’Année de la Russie en Chine. Nous sommes à en discuter. Quand nous aurons convenu de ce que nous voulons faire, nous approcherons le gouvernement chinois pour en discuter.

Quel impact croyez-vous que la Coupe du monde aura sur l’Afrique du Sud?

La plus grande occasion qui résulte d’événements comme la Coupe du monde ou les Olympiques est que le pays hôte bénéficie d’une occasion de « se vendre » lui-même. Dans un pays aux possibilités illimitées, cela apportera davantage d’occasions économiques et le monde entier nous connaitra mieux. Ce sont les plus grands bénéfices.

Quel niveau de coopération existe entre l’Afrique du Sud et la Chine, outre les liens intergouvernementaux?

Il y a des universités d’Afrique du Sud qui cherchent un partenariat avec des institutions chinoises et c’est une voie que les deux parties encouragent. Nous avons aussi des instituts de recherche chinois qui veulent se lier aux nôtres et nous voulons les aider. Au niveau des ONG, nous avons coopéré quelquefois. Nous voulons accélérer l’engagement de nos citoyens dans davantage de relations avec la contrepartie chinoise.

Quelle est la situation de l’Accord de libre-échange avec la Chine? Est-ce un fait ou un mythe?

Nous avons l’intention de négocier une zone de libre-échange entre l’Union douanière sud-africaine et la Chine. Toutefois, l’Union est engagée dans des négociations entre l’Union européenne et le Corridor de développement économique de l’Afrique du Sud.

Ces négociations durent depuis un bon moment et la plupart de nos ressources humaines aspirent à leur achèvement. Il y a aussi des négociations extraordinaires entre l’Union et d’autres pays.

Depuis un an vous êtes ambassadeur en Chine. Quelles sont vos impressions?

Je profite de ce séjour en Asie pour apprendre au sujet des Asiatiques : peuple, culture, et la façon dont on fait les choses ici. Je me suis trouvé dans un pays au développement très rapide. Autour du monde on s’étonne de ce miracle chinois. Je crois que toute personne intéressée aux affaires mondiales voudrait venir en Chine. Pour moi, être ici et observer de près ce développement est une occasion unique.


 
24 Baiwanzhuang, 100037 Beijing République populaire de Chine.