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Le réseau du Nouveau-Monde
Dans un grand coup de fouet aux relations sino-africaines,
le groupe de la Banque africaine de développement (BAD) se rencontre
à Shanghai
Ni Yanshuo
Shanghai, grouillante d’activité, a toujours
attiré les regards du continent africain. En mai cette année,
de hauts fonctionnaires et des experts en finance de 53 pays d’Afrique
se sont rencontrés au Centre international de conférence
qui fait l’orgueil de Shanghai pour une réunion considérée
par tous comme une poussée radicale aux relations sino-africaines.
La 42e rencontre annuelle du conseil des gouverneurs de la
BAD réunissait des fonctionnaires supérieurs des finances,
des décideurs du développement et divers experts de 53 pays
d’Afrique ainsi que 24 membres hors région de l’organisation.
Le thème, « Afrique et Asie, partenaires de développement
», mettait en lumière l’importance qu’attache
la BAD à ses relations en épanouissement avec l’Orient.
« C’est un grand honneur pour la Chine d’avoir
été choisie comme hôte de la rencontre, et cela favorisera
la coopération financière sino-africaine », a dit
Zhou Xiaochuan, gouverneur de la Banque populaire de Chine (BPC), banque
centrale de Chine, co-organisatrice de la réunion.
Quelques jours avant la rencontre des 16 et 17 mai, une série
de conférences et symposiums se sont tenus sur la coopération
entre l’Afrique et l’Asie. Selon Zhou, la rencontre offre
une occasion précieuse aux banques, entreprises et gouvernements
d’Afrique de mieux saisir la Chine et d’échanger avec
la partie chinoise, solidifiant ainsi la plateforme de coopération
pragmatique et active entre les institutions financières chinoises
et africaines. Il a ajouté que « les pays d’Afrique
peuvent apprendre de l’expérience chinoise en ce qui concerne
l’établissement de systèmes financiers pour appuyer
leurs régions sous-développées. »
La remarque de Zhou a trouvé un écho chez le
président rwandais de la BAD depuis 2005, Donald Kaberuka. «
Le secteur financier est un domaine important de coopération entre
la Chine et l’Afrique ».
C’est la deuxième conférence liée
à l’Afrique à se tenir en Chine, après le Sommet
de Beijing du Forum sur la coopération Chine-Afrique (FCCA) en
novembre 2006. La Chine est aussi le second pays non africain à
tenir ces rencontres annuelles après l’Espagne en 2001.
Fondée en 1964 et établie en vue de vaincre
les énormes défis de financement du développement
du continent après l’indépendance, la BAD est actuellement
l’une des cinq plus grandes banques de développement multilatéral
avec la Banque mondiale, la Banque de développement de l’Asie,
la Banque de développement interaméricaine et la Banque
de développement de l’Europe. En 1982, la BAD s’est
ouverte aux pays hors région, et la Chine a adhéré
au groupe en 1985. La Chine est aussi membre de la Banque de développement
de l’Afrique de l’Ouest; de plus, la Banque de développement
de la Chine a signé des accords cadres de coopération avec
la Banque de développement de l’Afrique de l’Est, et
la Banque de développement et commerce de l’Afrique de l’Est
et du Sud. « Avec l’approfondissement de la coopération
et des échanges financiers sino-africains, de plus en plus d’entreprises
chinoises et africaines pénétreront le marché l’une
de l’autre », a dit Zhou.
Nouvel élan de coopération
« Les méthodes de coopération Chine-Afrique
doivent mettre l’accent sur la technologie et la formation des compétences
pour aider les pays d’Afrique à renforcer leur capacité
de développement indépendant », a dit le premier ministre
chinois Wen Jiabao le 16 mai à l’ouverture de la rencontre
annuelle. La suggestion de Wen a été illustrée récemment
par le programme de lancement de satellites entre la Chine et le Nigeria
: le matin du 14 mai, la Chine a lancé avec succès un satellite
de télécommunications pour le Nigeria, le premier de la
sorte en Afrique. C’était aussi la première fois qu’un
client étranger achetait un satellite chinois et le service de
lancement.
« À comparer aux pays d’Europe et aux États-Unis,
la technologie de satellites de la Chine n’est peut-être pas
la plus avancée mais elle est celle qui convient le mieux à
l’Afrique parce qu’elle permet de réduire le cout des
télécommunications et qu’elle a formé un grand
nombre de scientifiques et de techniciens pour nous », a dit Bode
Augusto, directeur général du Bureau du budget de la Présidence
du Nigeria.
Le gouvernement chinois, a dit Zhou, encourage les entreprises
chinoises, particulièrement les PME, à augmenter leurs investissements
en Afrique. Il a souligné que dans le cumul des capitaux chinois
et de la réserve des devises étrangères, les investissements
non gouvernementaux en Afrique totalisaient 11,7 milliards de dollars,
dont 6,64 milliards d’investissements directs de diverses entreprises.
Par ailleurs, la Chine a aussi aidé à lancer près
de 900 projets pour l’Afrique au cours des cinquante dernières
années. Selon l’engagement du président Hu Jintao
au Sommet de Beijing du FCCA, au cours des trois prochaines années,
la Chine aidera des pays d’Afrique à construire 30 hôpitaux,
100 écoles rurales, 30 centres antimalaria et 10 centres spéciaux
de démonstration de technologie agricole. Pendant sa visite dans
huit pays d’Afrique au début de l’année, Hu
a assisté à l’inauguration du premier centre antimalaria
au Liberia et du premier centre de technologie agricole au Mozambique.
« Les entreprises sont devenues la partie principale
de l’investissement chinois en Afrique et les deux parties peuvent
retirer des avantages de ce mode de coopération, qui représente
un nouveau type de stratégie de partenariat entre la Chine et l’Afrique
en cette nouvelle époque », a dit Shu Yunguo, directeur du
centre d’études africaines de l’Université normale
de Shanghai.
« Sur la toile de fond de la mondialisation économique,
l’Afrique est étroitement liée à la Chine »,
a dit Marc Ravalomanana, président de Madagascar, ajoutant que
l’Afrique possède d’abondantes ressources naturelles
« conditions préliminaires de la coopération sino-africaine.
»
Ravalomanana, qui a aussi participé au Sommet de Beijing
du FCCA, a indiqué que plusieurs pays d’Afrique, comme Madagascar,
améliorent leur situation économique rapidement, et que
l’expérience de développement de la Chine est très
importante pour eux. Ces dernières années, la croissance
annuelle moyenne de Madagascar a été de 5 % et l’on
prévoit une hausse de 2 % de plus cette année.
Le 14 mai, au Forum des entrepreneurs chinois et africains,
le directeur du Financement de projets de la Standard Bank d’Afrique
du Sud, Jonathan Wood, a déclaré : « La croissance
économique de l’Afrique a dépassé la moyenne
mondiale dans la dernière décennie, et les pays d’Afrique
ont donc une grande demande de construction d’infrastructures. Je
crois que cela fournit aux entreprises chinoises de belles occasions d’affaires.
» Il a suggéré que les entrepreneurs chinois mènent
davantage d’études de faisabilité avant d’investir
en Afrique, et fait remarquer que l’investissement conjoint était
une bonne façon pour les entreprises chinoises de commencer leur
investissement.
Établie en 1862, la Standard Bank, plus grande banque
commerciale d’Afrique, compte 18 succursales en Afrique et 21 hors
du continent. « Comme nous sommes familiers avec les marchés
africain et chinois, nous pouvons offrir d’excellents services aux
entreprises pour les deux marchés et les aider à trouver
des partenaires qui leur conviennent », a dit à CHINAFRIQUE
Fan Bing, représentant en chef de la Standard Bank à Shanghai.
Selon Jacko Maree, PDG de la Standard Bank, sa banque a offert
à Shanghai et Hongkong une plateforme pour aider ses clients chinois
à investir en Afrique.
Nouvelles frontiers
Le 13 mai, la BAD et l’Organisation de coopération
et de développement économiques (OCDE), ont publié
dans African Economic Outlook 2006/2007, que l’Afrique
connait sa plus haute croissance économique depuis vingt ans, avec
une croissance du PIB de 5 % en moyenne depuis six ans, atteignant 5,5
% en 2006, et qui pourrait atteindre 6 % en 2007. L’OCDE est une
organisation internationale dont le siège est à Paris, qui
aide les pays à relever les défis économiques, sociaux
et gouvernementaux découlant de la mondialisation économique.
Selon le document, qui résulte d’une enquête
dans 31 importants pays d’Afrique - lesquels regroupent 86 % de
la population du continent noir et 91 % de l’agrégat économique
--, les principaux facteurs de la croissance étaient une forte
demande extérieure de pétrole et de minéraux non
pétroliers, un investissement accru dans ces secteurs et des conditions
climatiques favorables à l’agriculture. Le maintien de mesures
économiques significatives dans plusieurs pays a aussi augmenté
la confiance des investisseurs, conduisant à une escalade générale
de l’investissement privé. Toutefois, le continent doit porter
sa croissance au niveau de 7 ou 8 % afin de pouvoir achever les Objectifs
du millénaire consistant à couper de moitié la population
extrêmement pauvre d’ici 2015 », a dit Louis Kasekende,
économiste en chef de la Banque de développement de l’Afrique.
« La Chine et l’Afrique sont des partenaires sur
une base d’égalité et d’avantages mutuels. Le
commerce sino-africain représente actuellement 20 % de la croissance
économique de l’Afrique », a dit Wei Jianguo, sous-ministre
du Commerce de Chine. En 2006, la Chine est devenue le troisième
partenaire commercial de l’Afrique après les États-Unis
et la France, avec un volume bilatéral de 55,5 milliards de dollars.
Selon Wei, la haute qualité et le bas prix des marchandises chinoises
ont brisé le monopole du marché africain et apporté
des bénéfices réels aux Africains. Les technologies
de la Chine conviennent aux pays d’Afrique, un facteur important
de la réduction des couts de production.
Une étude récente effectuée par Harry
G. Broadman, conseiller pour l’économie africaine à
la Banque mondiale, montre que l’augmentation du commerce sino-africain
et indo-africain a produit de grandes occasions aux pays de l’Afrique
sud-saharienne de développer leur marché. Dans son livre,
Africa's Silk Road: China and India's New Economic Frontier (La Route
de la soie africaine : nouvelle frontière économique Chine-Inde),
Broadman estime que la rapide croissance économique du commerce
sino-africain et l’investissement chinois soutenu en Afrique favoriseront
l’intégration de l’économie africaine dans l’économie
mondiale.
He Wenping, directrice de la section des études africaines
de l’Institut de recherche sur l’Asie de l’Ouest et
l’Afrique relevant de l’Académie des sciences sociales
de Chine, a dit à la conférence que la contribution moyenne
de la Chine à la croissance de l’économie mondiale
a été de 14 % depuis1979, c’est-à-dire depuis
qu’elle a adopté sa réforme et ouvert son économie.
« De plus en plus de pays d’Afrique partagent les bénéfices
de la croissance économique de la Chine », a-t-elle affirmé.
Un succès inattendu
La rencontre de deux jours a été qualifiée
de « succès » par le président de la BAD, Donald
Kaberuka. Il a dit que les discussions sur un large éventail de
sujets ont été constructives et l’organisation de
la rencontre sans faille.
« Nous avons fait beaucoup de travail avant la réunion
pour assurer le succès », a déclaré à
CHINAFRIQUE Liu Changqing, des quartiers généraux
à Shanghai de la Banque populaire de Chine. Liu avait visité
le bureau à Beijing de la Banque de développement de l’Asie
en avril pour recueillir son expérience concernant les rencontres
annuelles. Selon Liu, la rencontre de cette année était
du plus haut calibre et de la plus large échelle dans l’histoire
de la BAD. Parmi les délégués se trouvaient des dignitaires
comme le président du Rwanda Paul Kagame, Pedro Pires, président
du Cap Vert, et le président de Madagascar, Marc Ravalomanana.
La Banque mondiale, le Fonds monétaire international et d’autres
institutions régionales et sous-régionales de financement
du développement et d’organisations non gouvernementales
ont participé à la rencontre. Le nombre de participants
dépassait 2 100 dont 437 journalistes, beaucoup plus qu’aux
réunions des années précédentes.
Les discussions des participants ont porté surtout
sur la réforme de la BAD, le financement du développement,
le traitement de la dette, l’aide aux pays fabiles, la coopération
sino-africaine, entre autres sujets. Le gouverneur de la BPC, Zhou Xiaochuan,
qui présidait la réunion, a dit que cette rencontre aidait
la BAD à élaborer des moyens d’éradiquer la
pauvreté et des programmes de développement plus efficaces.
Des séminaires ont eu lieu en marge des réunions de la BAD,
aidant les compagnies et les entrepreneurs, chinois et africains, à
établir des contacts et à discuter d’affaires. Les
prochaines rencontres de la BAD auront lieu à Maputo au Mozambique
en mai prochain.
« La BAD a choisi cette année le thème
‘‘Afrique et Asie, partenaires de développement’’,
qui signifie que l’Afrique a vu de ses yeux le développement
de l’Asie et espère former un système de coopération
égale avec les pays d’Asie », a dit Xu Weizhong, directeur
de la division des Études africaines de l’Institut des études
asiatiques et africaines relevant de l’Institut des relations internationales
contemporaines de Chine. À la conférence, il a appuyé
sur le fait que le choix de la BAD de Chine comme lieu de rencontre annuelle
indique que l’Afrique attache une grande importance au développement
de la coopération économique sino-africaine.
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