Le financement du développement

Dans la coopération financière, la Chine et les pays d’Afrique trouvent moyen de maintenir l’équilibre du développement régional.

Ni Yanshuo

La mondialisation avance avec d’importantes occasions autant que de défis pour la Chine et l’Afrique. La Chine est le plus grand pays en développement et l’Afrique est le continent qui compte le plus grand nombre de pays en développement. La mondialisation économique entraine aussi un déséquilibre considérable du développement régional. Comment aider les pays en développement à sortir de la pauvreté? Le développement économique et social est le point de mire des économistes et des fonctionnaires chinois et africains qui se rencontrent à Shanghai, centre financier de la Chine, pour la réunion annuelle des conseils de gouverneurs de la Banque africaine de développement (BAD).

Lors d’un séminaire financier sur le thème « Financement du développement et coopération économique sino-africaine » commandité par la Banque populaire de Chine (BPC), qui est la banque centrale de Chine, et la Banque de développement de la Chine le 13 mai, la Chine et les pays d’Afrique semblent avoir atteint un consensus sur la façon de traiter le problème et de resserrer la coopération financière.

« L’adoption de mesures financières pour améliorer le système de développement financier est une bonne façon de résoudre le problème », a annoncé Xiang Junbo, vice-gouverneur de la BPC et directeur de ses quartiers généraux à Shanghai, au séminaire tenu au Centre international de conférence de Shanghai, et d’autres participants au séminaire lui ont fait écho.

Parmi les participants africains se trouvaient le vice-président de la BAD, Mandla Gantsho, le ministre de la Microfinance de l’Ouganda, Caleb Akandwanaho, le directeur la gestion de la Banque de développement du Kenya, ltée, Victor Kidiwa, et le PDG de la Banque de développement des infrastructures du Zimbabwe, Charle Chikaura.

L’expérience chinoise

La Chine est une des économies du monde qui se développent le plus rapidement. Toutefois, depuis longtemps le déséquilibre du développement régional est un des principaux obstacles au progrès de l’économie chinoise. En appliquant des mesures pour promouvoir le développement des régions pauvres de la Chine, le pays a réduit de beaucoup la pauvreté et le déséquilibre régional », a dit Xiang.

Actuellement, la population pauvre de la Chine rurale est tombée à 24 millions en 2005, de 250 millions qu’elle était en 1978, une baisse moyenne de 8,61 millions par année. Par ailleurs, la stratégie nationale de développement de l’Ouest, qui est la région la plus pauvre de la Chine, a été mise en œuvre pour pousser le développement des régions retardataires.

Selon Xiang, le manque d’appui du secteur financier est l’un des principaux facteurs qui restreignent le développement.

« Un des moyens consiste à établir un système de financement du développement significatif », a insisté Xiang, ajoutant que ce système est un vaste concept qui renvoie aux appuis financiers non commerciaux pour soutenir le développement économique et social des régions moins développées, et qu’il a de bons résultats à son crédit.

Toujours selon Xiang, le gouvernement chinois est directement engagé dans l’établissement du système de financement du développement par la mise sur pied d’un Institut national de financement du développement afin de fournir des fonds directement aux zones les moins développées.

C’est en tant qu’institution du gouvernement chinois que la Banque de développement de Chine (BDC) a été établie en mars 1994, sous la direction directe du Conseil des affaires d’État. Durant 18 années de développement, la BDC a lancé des projets dans divers endroits comme la construction d’infrastructures majeures, d’industries de base, d’industries piliers et d’industries de haute technologie. En même temps, elle a vu à promouvoir le développement de certains secteurs cruciaux, comme la construction d’une nouvelle ruralité socialiste, de petites et moyennes entreprises, des projets d’éducation, de santé publique et de protection de l’environnement. « Nos efforts ont beaucoup facilité de développement économique et social de la Chine », a déclaré Gao Jian, vice-gouverneur de la BDC.

Shuijiang est un bourg pauvre de la municipalité de Chongqing au sud-ouest du pays. Autrefois, Shuijiang n’avait pas d’installations de traitement de ses eaux usées. Après une enquête menée conjointement par la BDC et le ministère de la Construction, la Banque de développement a décidé de financer les installations requises dans la petite ville. Depuis l’achèvement du projet en novembre 2005, la capacité de traitement quotidien des eaux usées est 13 100 mètres cubes. Pour ce projet, la BDC a avancé des prêts de 11 millions de yuans.

Beaucoup d’autres projets mènent en retour au développement de la BDC. En décembre 2006, les avoirs de la BDC dépassaient 2,3 billions de yuans; les prêts étaient de 2 billions de yuans et la basse rentabilité n’était que de 0,72 %.

« Comme plusieurs pays d’Afrique, la Chine est un pays en développement et subit aussi le manque de maturité du système et du marché. » Le financement du développement est la juste voie pour resserrer la construction d’un système financier et intensifier la force économique nécessaire à la Chine et aux pays d’Afrique », pense Gao.

Coopération financière

Avec l’approfondissement de la mondialisation économique, la BDC a lancé la coopération internationale et étendu outre-mer ses services de financement du développement, tout en fournissant aux grandes entreprises chinoises une gamme de services financiers comme le crédit à l’exportation pour les aider à s’établir à l’étranger dans des domaines comme les télécommunications, les transports, l’agriculture, la foresterie et les infrastructures.

Par ailleurs, la BDC participe activement à la coopération interbancaire bilatérale et multilatérale, y compris avec les banques africaines de développement. Ses efforts à cet égard sont visibles dans l’accord cadre de coopération de la BDC avec la Banque de développement de l’Est de l’Afrique et la Banque de développement et commerce du Sud-Est de l’Afrique. « Nous avons aussi ouvert de nouveaux canaux de coopération intergouvernementale, établissant de nouveaux mécanismes de financement basés sur le ‘‘gagnant-gagnant’’ et sur le principe d’avantages partagés », a dit Gao, ajoutant que par la communication et la négociation avec les agences gouvernementales, les entreprises et les institutions financières des pays hôtes, la BDC avait établi des modèles de coopération banque-entreprise et banque-banque, comme la Plateforme de coopération financière de l’Ouganda et la Plateforme de coopération des PME d’Égypte.

« La Banque de développement de Chine attache beaucoup d’importance à la coopération avec l’Afrique. Nous avons déjà envoyé huit équipes de travail en Afrique, et cette année nous devrions en envoyer dix-huit autres », a dit Gao. Pendant le Forum sur la coopération Chine-Afrique (FCCA) en novembre dernier, la BDC a signé cinq accords et mémorandums avec des partenaires africains, jetant une base solide à la future coopération. À la fin de mars cette année, les réalisations de la BDC en Afrique, sous l’égide de la Chine et d’autres compagnies, atteignaient un milliard de dollars. La BDC a aussi suivi le développement de 30 projets dans des pays d’Afrique, impliquant 3 milliards de dollars.

Une autre importante plateforme de financement, le Fonds de développement Chine-Afrique, une des « huit mesures envers l’Afrique » proposées par le président Hu Jintao au Sommet de Beijing du FCCA, a été approuvé récemment par le gouvernement chinois. La BDC, à titre d’initiatrice du fonds, a élaboré le Plan d’établissement du Fonds de développement Chine-Afrique. Selon ce projet de plan, le Fonds commencera avec 1 milliard de dollars en première phase, puis 3 milliards en deuxième phase, montant jusqu’à 5 milliards éventuellement. Le but commercial d’un tel fonds comprend l’équité et la quasi-équité des investissements, l’investissement de capitaux, la gestion du fond, la gestion de l’investissement et des services de consultation. Le Fonds aide l’agriculture des pays d’Afrique, la fabrication, le secteur de l’énergie, les transports, les communications, les infrastructures urbaines, l’exploration des ressources et l’expansion des entreprises chinoises en Afrique.

« La Banque de développement de l’Afrique (BAD) et d’autres institutions régionales financières de développement constituent les forces majeures de la construction d’une meilleure Afrique. La coopération entre la BDC et les institutions financières de développement de l’Afrique favoriseront de façon significative le développement du grand continent africain », a conclu Gao. Il a ajouté que la coopération entre sa banque et la BAD peut comprendre la construction institutionnelle, le partage de l’information, le prêt par syndication, le crédit ainsi que l’échange de personnel et la formation.

Occasions de coopération

L’Afrique est peuplé de plus de 800 millions de personnes et jouit d’une énorme réserve de ressources naturelles comme le sol agricole fertile, les forêts tropicales, les minéraux de toutes sortes et les paysages naturels et le potentiel élevé des deux marchés pour les produits finis et une marge appréciable pour l’investissement rentable.

Toutefois, malgré cet important investissement et le potentiel de croissance, le développement en Afrique a continué de tirer de la patte. Les exportations africaines ne représentent qu’une infime partie du commerce mondial, et seulement une petite portion des capitaux privés affluent vers l’Afrique.

« Un des plus grands problèmes latents du développement de l’Afrique réside dans le manque de ressources pour investir dans les secteurs économiques cruciaux de manière à déclencher le taux d’investissement et de développement », a dit Caleb Akandwanaho, ministre d’État pour la Finance, la Planification et le Développement économique (microfinance). Il a ajouté que les secteurs critiques comprennent les infrastructures et particulièrement les routes, chemins de fer, barrages et usines génératrices d’énergie. Selon lui, l’investissement public, censé compléter l’investissement privé, est tout à fait nécessaire pour financer le développement, et les pays d’Afrique ont encore un bas taux d’épargne inférieur à 5 ou 10 % du PIB. Les capitaux étrangers, qui devraient augmenter l’épargne locale, sont difficiles à obtenir en partie à cause de leur haut taux de risque et le manque de solides institutions financières.

« La solution réside en partie dans le renforcement des institutions financières en accroissant leurs part de capitaux, leur compétence en gestion et la régulation. Toutefois, les sources actuelles de financement externe, comme les agences multilatérales, les arrangements bilatéraux entre pays, le capital privé, sont certainement limitées », a-t-il insisté, ajoutant qu’emprunter d’agences multilatérales peut entrainer de longues procédures qui assez souvent ne conviennent pas aux occasions d’affaires qui se présentent. L’Ouganda, par exemple, a investi dans l’énergie à Bujagalali et il a fallu près de dix ans pour réaliser son projet.

Akandwanaho a fait remarquer que les défis auxquels les pays d’Afrique font face dans le financement des projets de développement représentent un grand potentiel d’investissement et de coopération avec davantage d’institutions financières établies comme la BDC.

La vaste expérience de la BDC à financer et mener la recherche et le développement pourrait être une importante ressource pour les pays d’Afrique qui ont encore besoin de beaucoup de recherche dans le développement de la production, le contrôle des maladies et le développement humain. La coopération entre la BDC et les pays d’Afrique dans ce domaine sera donc fort appréciée, a dit le ministre.

« Par exemple, la BDC pourrait offrir la formation et des programmes d’internat aux employés des institutions financières africaines, ce qui aurait un effet certain sur leur performance », a insisté Akandwanaho.

Le financement du développement, en tant que réforme financière, existe depuis plus d’un siècle. Les institutions de financement du développement détiennent la clef du développement social et économique harmonieux établi par les gouvernements non seulement des pays en développement mais aussi des pays développés. Ces institutions existent pour accomplir les fonctions et missions irréalisables par le marché et les finances commerciales seuls. Surtout, dans les pays en développement, le financement du développement est nécessaire pour remédier à la déficience du système et aider à construire un mécanisme de marché.

 


 
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