| 2025-11-11 |
Après la tempête |
| VOL. 17 / NOVEMBRE 2025 par ADIBASE RAPHAEL · 2025-11-11 |
| Mots-clés: Vivre en Chine ; Ghana |
Dévasté par des inondations en 2023, Mentougou incarne aujourd’hui un exemple inspirant de résilience.

Adibase Raphael lors d’une visite à Mentougou, à Beijing. (COURTOISIE)
Situé à l’extrémité occidentale et montagneuse de la municipalité de Beijing, l’arrondissement de Mentougou est réputé pour ses paysages naturels à couper le souffle et son riche patrimoine culturel. Le 22 juin dernier, j’ai eu l’occasion de m’y rendre, près de deux ans après qu’une inondation dévastatrice a frappé la région, laissant derrière lui un paysage de désolation. Cette visite m’a offert une opportunité unique d’observer les efforts de redressement en cours et d’analyser comment il a mobilisé planification concertée, technologies innovantes et résilience collective pour se reconstruire. L’objectif de cette immersion était d’observer de visu ces efforts de relèvement et de mieux comprendre les stratégies qui ont permis à Mentougou de surmonter les séquelles d’un tel désastre environnemental.
L’expérience s’est révélée à la fois intellectuellement enrichissante et profondément émouvante. Du concert musical empreint d’émotion célébrant la renaissance de la communauté, à l’exploration de l’historique résidence de Ma Zhiyuan, en passant par une dégustation de thé dans la boutique traditionnelle de M. Lu, chaque rencontre a renforcé mon admiration pour la résilience de l’arrondissement. Les visites de musées locaux et d’une ferme de montagne revitalisée, abritant une étonnante diversité d’espèces domestiques et sauvages, ont mis en lumière la manière dont Mentougou a intégré la conscience écologique à sa stratégie de reconstruction à long terme. Le récit de Mentougou n’est plus celui d’une perte : c’est désormais un cas d’école en matière d’adaptation environnementale et de résilience urbaine.
Une leçon de reconstruction
Entre le 29 juillet et le 2 août 2023, Mentougou a été frappé par l’une des pires catastrophes naturelles de l’histoire de Beijing. Provoqué par les restes du typhon Doksuri, le phénomène météorologique a déversé plus de 740 millimètres de pluie, soit presque l’équivalent de la moyenne annuelle de l’arrondissement, en l’espace de quelques jours. Le volume et l’intensité des précipitations ont débordé les cours d’eau, déclenché des glissements de terrain dans les zones montagneuses, et causé l’effondrement d’infrastructures vitales.
Face à l’urgence, les autorités ont réagi rapidement avec une approche multifacette. Des équipes de secours, dont des unités de l’Armée populaire de libération, ont été dépêchées pour évacuer les sinistrés, acheminer des vivres et rétablir les services essentiels. Des hélicoptères et véhicules amphibies ont permis d’atteindre les villages isolés. Des abris temporaires ont été installés en zones sûres, tandis que des équipes médicales étaient mobilisées pour prévenir toute épidémie.
Une fois l’urgence passée, les autorités municipales et locales ont lancé un ambitieux programme de reconstruction. L’un des piliers de cette stratégie a été l’intégration d’infrastructures résistantes aux inondations. Les berges ont été consolidées, les routes surélevées, et un vaste réseau de drainage a été réaménagé selon les principes de la « ville éponge », une innovation chinoise qui permet aux zones urbaines d’absorber et de filtrer naturellement les eaux de pluie grâce aux infrastructures vertes.
Des systèmes d’alerte précoce de nouvelle génération combinant intelligence artificielle, capteurs météo et données satellitaires ont été déployés. Reliés aux réseaux communautaires, ils envoient des alertes en temps réel sur les téléphones mobiles. Des campagnes de sensibilisation ont renforcé la préparation des populations.
L’approche écologique est devenue un principe directeur. Les versants à risque ont été reboisés, les zones humides restaurées, et les constructions interdites en plaine inondable. Cette orientation réduit les risques futurs tout en ravivant la beauté naturelle et la biodiversité de Mentougou. La ferme de montagne que j’ai visitée illustre cette mutation, mêlant agriculture durable, protection de la faune et subsistance locale.
Enseignements pour le Ghana
L’expérience de Mentougou offre de précieuses leçons pour des pays comme le Ghana, où les inondations annuelles à Accra, Tamale ou Wa déplacent des milliers de personnes et ravagent les moyens de subsistance. Comme ce fut le cas avant la catastrophe de 2023 à Mentougou, la vulnérabilité du Ghana est aggravée par une urbanisation désordonnée, des constructions non régulées, la déforestation et des précipitations de plus en plus imprévisibles dues au changement climatique.
Parmi les enseignements essentiels figure la nécessité d’une planification urbaine intégrée et anticipatrice. Les villes ghanéennes doivent investir dans des infrastructures capables de résister aux aléas climatiques : routes surélevées, réseaux de drainage renforcés, et adoption de concepts de « ville éponge » adaptés aux réalités locales. La préparation aux catastrophes doit également englober des systèmes d’alerte communautaires et des exercices réguliers de simulation dans les zones inondables.
Le modèle de Mentougou souligne aussi l’importance capitale de la restauration écologique. Le Ghana, confronté à une déforestation massive dans ses régions nordiques et centrales, gagnerait à renforcer les efforts de reboisement et à protéger les zones humides dans les bassins sensibles, comme celui de l’Odaw à Accra ou de la Volta blanche dans le Nord. Ces écosystèmes naturels peuvent absorber les excès d’eau en cas de fortes pluies.
Enfin, la reconstruction de Mentougou démontre qu’une catastrophe peut se transformer en opportunité quand la gouvernance se montre déterminée et inclusive. Les autorités ghanéennes doivent faire respecter les codes de construction, démanteler les édifices illégaux en zones à risque, et s’engager dans une cartographie précise des inondations à long terme. De telles mesures requièrent de la volonté politique, l’implication des citoyens et des investissements soutenus, des domaines où la coopération internationale peut jouer un rôle décisif.
En conclusion, ma visite à Mentougou fut plus qu’un déplacement d’étude : un voyage au cœur d’une histoire de perte et de renaissance. Engloutie par les flots il y a deux ans, la région incarne aujourd’hui ce qu’il est possible d’accomplir quand la reconstruction s’appuie sur la prévoyance, la science et une planification centrée sur l’humain.
L’auteur est étudiant ghanéen en master à l’Université d’agriculture de Chine.