| 2026-04-01 |
Un coup de pouce économique |
| VOL. 18 / AVRIL 2026 par BENJAMIN KURIYO · 2026-04-01 |
| Mots-clés: traitement tarifaire zéro ; échanges commerciaux sino-africains |
Le traitement tarifaire zéro vise à booster les échanges commerciaux sino-africains

La communauté de Zè, importante région productrice d’ananas du sud du Bénin, le 23 octobre 2023. (PHOTOS : XINHUA)
La suppression des droits de douane sur les exportations africaines à destination de la Chine trouve un écho favorable dans le milieu des affaires. Les opérateurs économiques s’apprêtent déjà à conquérir ce grand marché de plus d’un milliard de consommateurs. Pour les analystes, cette nouvelle politique tarifaire ne boostera les échanges commerciaux que si les pays africains s’engagent sur la voie des réformes nécessaires pour en profiter pleinement.
La Chine a à cœur de renforcer sa coopération commerciale avec les pays africains. L’exemption des droits de douane s’appliquera aux importations en provenance de tous les pays ayant des relations diplomatiques avec elle.
Cette mesure, qui entrera en vigueur le 1er mai, a pour objectif de booster le flux des échanges commerciaux en faveur des économies africaines. « Cette politique de traitement tarifaire zéro à l’égard de l’Afrique vise à inscrire un nouveau chapitre dans les annales de la solidarité sino-africaine », a déclaré Wang Yi, ministre chinois des Affaires étrangères, lors d’une conférence de presse organisée en marge des Deux sessions.
Une coopération mutuellement bénéfique
En plus de cette grande ouverture commerciale, la Chine soutient la modernisation de l’Afrique à travers la conclusion d’accords de partenariats économiques. Depuis l’annonce de cette mesure, les réactions fusent de partout. La plupart des opérateurs économiques saluent cette mesure alors que les analyses restent plus réservées quant à ses retombées directes. Certains considèrent que cette politique va beaucoup plus profiter à la Chine, qui souhaite sécuriser son marché d’approvisionnement en matières premières.
Toutefois, il s’agit d’une interprétation erronée de la coopération sino-africaine. La Chine collabore étroitement avec les pays africains dans le développement des infrastructures socio-économiques, le commerce et l’industrialisation. Les échanges commerciaux sino-africains s’intensifient, même si la balance commerciale penche beaucoup plus du côté de la Chine. Ce qui est logique dans la mesure où le pays s’impose comme l’usine du monde.
En 2025, le volume commercial sino-africain a atteint 348 milliards de dollars, marquant un nouveau record historique. « nous avons débloqué un financement de plus de 17 milliards de yuans (2,5 milliards de dollars) pour faciliter l’exportation des produits africains vers notre pays », a révélé Du Xiaohui, directeur général du Département des affaires africaines au ministère des Affaires étrangères, en juin 2025.
« Cette mesure fiscale renforce la compétitivité des produits africains sur l’immense marché de consommation chinois, ouvrant ainsi des perspectives exceptionnelles aux exportateurs africains », explique Shen Shiwei, chercheur à l’Université normale du Zhejiang, à CHINAFRIQUE.
Selon lui, cette politique incite l’Afrique à restructurer ses chaînes industrielles et à renforcer ses capacités de production locales. Elle permettra ainsi de passer des exportations des produits bruts (non transformés) à une production à grande échelle de produits à plus forte valeur ajoutée.

Étape de séchage des anchois à Kwale, au Kenya, le 22 juin 2023.
Une promotion des échanges commerciaux
La mesure ambitionne de rééquilibrer le commerce entre l’Afrique et la Chine pour réduire les écarts importants entre importations et exportations. Mais pour en profiter pleinement, les pays africains devront développer leur industrie et transformer davantage leurs produits. Pour le moment, le Burundi exporte principalement des minerais bruts et des grains de café. Il fait partie des pays bénéficiant déjà de l’allègement fiscal sur leurs exportations vers la Chine dans le cadre des facilités accordées aux pays les moins avancés ayant établi des relations diplomatiques avec elle.
En juillet dernier, plus de 900 tonnes de grains de café d’une valeur de 5 millions de dollars ont été expédiées vers la Chine. Le gouverneur de la Banque centrale, Édouard Normand Bigendako, évoque des actions combinées, comprenant suivi rigoureux et gestion des devises étrangères pour redresser l’économie nationale. Le pays mise essentiellement sur les filières agricoles (fruits, thé et café), l’apiculture, l’industrie manufacturière et les mines pour réduire le déficit de la balance commerciale.
Malgré l’exemption des droits de douane, les exportateurs africains se heurtent encore à des obstacles importants pour accéder pleinement au marché concurrentiel chinois. « L’absence de chaînes de valeurs structurées complique les exportations régulières et à grande échelle. Les défis liés à l’image de marque persistent auprès des consommateurs et le manque de diversification des produits freine la pénétration du marché », observe M. Shen.
Pour saisir pleinement cette opportunité historique, les gouvernements et les décideurs politiques africains devront agir avec détermination. M. Shen recommande une série d’actions prioritaires, comme l’amélioration des infrastructures de production et de logistique, pour garantir une stabilité des exportations en termes de qualité et en quantité. À cet effet, il propose aux pays africains d’investir davantage dans les produits de haute qualité. Les producteurs locaux doivent également prendre connaissance des exigences chinoises en matière de règles phytosanitaires, de qualité, de certification et de logistique afin d’accélérer le processus de dédouanement.
BENJAMIN KURIYO, journaliste économique et directeur de burundi-avenir.org
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