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  2026-04-01
 

Quand la musique est bonne

VOL. 18 / AVRIL 2026 par Li Yin  ·   2026-04-01
Mots-clés: émission de téléréalité musicale sino-kényane

Une émission de téléréalité musicale sino-kényane célèbre la diversité culturelle et favorise les échanges entre les civilisations 

Les candidats sélectionnés se donnent à fond sur la scène de l’émission de téléréalité musicale Sing for Africa. (PHOTOS : COURTOISIE) 

Étudiants, mannequins, musiciens de rue, jeunes diplômés… des centaines de chanteurs en herbe sont venus tenter leur chance à un casting organisé à l’Université de Nairobi, au Kenya. Certains portent leur guitare en bandoulière, d’autres marquent le rythme sur des percussions, et quelques-uns interprètent des mélodies composées sur leur téléphone. Dans une longue file d’attente formée devant la scène, les participants patientent avec espoir, en quête de reconnaissance de leur talent. 

Cet événement a marqué le lancement des auditions de Sing for Africa, concours de jeunes talents musicaux produit en partenariat entre la Chine et le Kenya. Lancée par la chaîne Hunan TV International, l’émission est coproduite avec une chaîne de télévision kényane. Les auditions ont débuté en novembre 2025. Après plusieurs tours de sélection et des prestations en direct, la compétition s’est achevée en décembre 2025 par une grande finale qui a désigné le vainqueur et les finalistes. 

Sing for Africa a pour objectif de révéler de nouveaux talents musicaux africains tout en favorisant les échanges culturels entre la Chine et l’Afrique. Alliant créativité locale et coopération internationale, le programme est devenu bien plus qu’une simple émission de télévision : il démontre comment les échanges culturels peuvent se concrétiser grâce aux réseaux sociaux.  

À l’approche du troisième anniversaire de l’Initiative pour la civilisation mondiale, les collaborations culturelles impliquant les jeunes et les formes d’art populaires suscitent un intérêt croissant. Des programmes comme Sing for Africa en sont l’exemple parfait.  

Candidat africain se produisant sur la scène d’un gala du Nouvel An chinois à Nairobi, au Kenya.

Respecter les préférences locales 

Contrairement à de nombreux projets culturels antérieurs ayant exporté du contenu chinois à l’étranger, les producteurs de cette émission se sont fixé un objectif différent dès le départ. Plutôt que de le transposer directement, ils souhaitaient utiliser un format d’émission existant en Chine tout en le développant de manière indépendante sur le sol africain. La réalisation de cet objectif reposait sur un principe essentiel : le respect de l’esthétique locale. 

« Lors de la planification du projet, notre équipe éditoriale a été très claire sur un point », se souvient Wan Shaoguang, producteur de l’émission. « Nous ne pouvions pas leur imposer une esthétique européenne, américaine ou asiatique. Nous devions respecter leur propre style et leurs préférences artistiques. » 

Sing for Africa a été créé non pas pour le public chinois, mais pour les téléspectateurs africains. Plutôt que de véhiculer une idée préconçue de la « culture africaine », l’émission cherchait à répondre aux goûts et aux attentes du public local. 

Fidèle à ce principe, M. Wan s’est rendu avec un collègue au Kenya pour constituer une équipe composée principalement de professionnels locaux. Leur raisonnement était clair : une émission sur la musique africaine devait être créée par des personnes qui en comprenaient l’essence. L’équipe de production a choisi Motif Di Don, producteur de musique kényan de renom, qui a apporté son expertise et toute une équipe créative. Il a dirigé les performances du groupe en direct et a impressionné les producteurs chinois en intégrant les sonorités de la flûte chinoise au générique de l’émission. 

« Cela a permis de garantir que le style musical reflète véritablement les goûts africains », explique M. Wan. 

Tandis que l’équipe kényane gérait les aspects musicaux et créatifs, l’équipe chinoise a mis à profit son expérience de plus de 20 ans dans la production télévisuelle. Cette dernière était responsable de la conception de la compétition, de la planification des campagnes marketing et de la supervision du calendrier promotionnel du programme.   

Les candidats sélectionnés lors de la finale de Sing for Africa.

Une scène pour les talents 

Grâce à ce processus de collaboration, les deux parties ont progressivement reconnu les atouts de l’autre. Pour les producteurs chinois, l’impression la plus marquante est venue des candidats eux-mêmes. 

« Nous avons immédiatement remarqué leur talent naturel », se souvient M. Wan. « Leur justesse et leur sens du rythme étaient exceptionnels. » Nombre d’artistes dégageaient une aisance sur scène, avec une expression musicale presque instinctive. 

Levino, étudiant de 19 ans à l’Institut Confucius de l’Université de Nairobi, a choisi d’interpréter un extrait de l’opéra de Pékin Wujiapo lors des auditions. Sa prestation a rapidement attiré l’attention en ligne et a mis en lumière l’intérêt croissant des jeunes musiciens kényans pour la culture chinoise. Il a également chanté d’autres morceaux mêlant paroles chinoises et styles musicaux africains. 

Plus remarquable encore était la capacité des candidats à composer leurs propres chansons. Lors des dernières étapes, près de 70 % des prestations étaient des compositions originales. Ces jeunes musiciens sont plus que de simples interprètes : ce sont des conteurs qui partagent leurs expériences personnelles à travers la musique.  

L’impact du programme a dépassé le cadre de la compétition elle-même. Afin d’aider les candidats à se faire connaître, l’équipe de production leur a offert de nombreuses occasions de se produire sur scène. Ils ont chanté lors d’événements commerciaux et de rassemblements culturels, notamment les célébrations du Nouvel An chinois organisées par la communauté chinoise du Kenya, des lancements de produits et des réceptions à l’ambassade. De plus, plusieurs chanteurs ont commencé à animer des sessions en direct sur TikTok, se produisant chaque soir devant un public en ligne. 

M. Wan n’est pas près d’oublier ce moment où plusieurs candidats ont été invités à chanter à un gala du Nouvel An chinois. C’est le cas d’Apex qui a interprété une chanson pop en mandarin aux côtés d’une personnalité chinoise. Au départ, il a hésité, inquiet de chanter dans une langue étrangère, mais M. Wan l’a encouragé à tenter l’expérience. 

« Apprendre des chansons chinoises pourrait te donner un avantage considérable pour ton entrée sur le marché chinois », lui a dit M. Wan.  

Grâce aux conseils des professeurs de l’Institut Confucius et à une pratique assidue, le chanteur a progressivement maîtrisé les paroles et la mélodie. Il a finalement livré une prestation convaincante sur scène.   

Élargir les horizons 

Pour de nombreux candidats, le programme a élargi leur appréhension de l’industrie musicale mondiale. Auparavant, les artistes kényans en herbe considéraient souvent l’Europe ou les États-Unis comme principales destinations pour une carrière internationale. Grâce à leur participation à Sing for Africa, certains ont commencé à envisager la Chine comme une autre scène potentielle. 

Des projets de voyages d’échange sont en cours d’élaboration. Ils permettront aux lauréats de se rendre en Chine, de se produire sur scène, de collaborer avec des producteurs locaux et de découvrir la scène musicale du pays. De telles expériences leur ouvriront de nouvelles perspectives tout en favorisant la compréhension interculturelle. 

En cette Année sino-africaine des échanges humains et culturels, les voix qui résonnent sur la scène de Nairobi représentent bien plus qu’une simple compétition. Elles témoignent des liens croissants entre les cultures, les industries créatives et les jeunes artistes du monde entier.

 

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