| 2026-06-03 |
Des retombées économiques à venir |
| VOL. 18 / JUIN 2026 par PROBLEM MASAU · 2026-06-03 |
| Mots-clés: politique chinoise de traitement tarifaire zéro ; Zimbabwe |
La politique chinoise de traitement tarifaire zéro, une occasion en or de mettre en avant les meilleurs produits zimbabwéens

Exposant mozambicain à la Foire internationale du commerce du Zimbabwe à Bulawayo, le 23 avril. (XINHUA)
L’entrée en vigueur de la politique de traitement tarifaire zéro a ouvert le vaste marché de consommation chinois aux petits exploitants agricoles du Zimbabwe, stimulant ainsi l’industrialisation rurale et la création d’emplois.
Depuis le 1er mai, la Chine l’applique pour tous les produits des 53 pays africains entretenant des relations diplomatiques avec elle, plaçant ainsi le Zimbabwe parmi les 20 pays africains ajoutés à la liste des bénéficiaires de cette initiative. Celle-ci s’appliquait déjà aux 33 pays africains les moins avancés depuis décembre 2024.
Les données commerciales de l’ambassade de Chine au Zimbabwe montrent que les échanges bilatéraux entre la Chine et le Zimbabwe ont atteint 4,4 milliards de dollars en 2025, soit une augmentation de 15,2 % par rapport à l’année précédente, un record. Le Zimbabwe a exporté pour environ 2,57 milliards de dollars de marchandises et a enregistré un excédent commercial d’environ 0,74 milliard de dollars.
Zhou Ding, ambassadeur de Chine au Zimbabwe, confirme à CHINAFRIQUE que la suppression totale des droits de douane représente un tournant majeur pour le commerce bilatéral et offrira des avantages concrets aux principaux secteurs d’exportation du Zimbabwe.
« Cette politique témoigne également de la longue tradition de coopération sino- africaine, fondée sur la sincérité, les résultats effectifs, l’amitié et la bonne foi », ajoute-t-il.
Coup de pouce pour l’agriculture
M. Zhou a identifié les produits agricoles à forte valeur ajoutée comme des candidats de choix pour la croissance des exportations. « Les importations chinoises d’avocats ont progressé à un taux annuel moyen d’environ 20 %. En plus des conditions de culture favorables du Zimbabwe, le traitement tarifaire zéro offre au pays une opportunité sans précédent de pénétrer le marché chinois des produits frais haut de gamme », souligne-t-il.
Une large gamme de produits agricoles bénéficiera désormais d’un accès totalement exempt de droits de douane, ce qui permettra au Zimbabwe de diversifier ses exportations et de réduire sa dépendance à un nombre limité de produits de base.
S’exprimant lors de la Conférence internationale des affaires 2026, en marge de la Foire internationale du commerce du Zimbabwe à Bulawayo en avril, le vice-Président Constantino Chiwenga a inscrit l’opportunité du marché chinois dans le cadre plus large de la modernisation industrielle du Zimbabwe.
Selon lui, le gouvernement s’appuie sur la Stratégie nationale de développement n° 2 pour promouvoir la stabilité macroéconomique et un environnement commercial prévisible, dans le contexte de la nouvelle politique tarifaire zéro.
D’après Dereck Goto, analyste zimbabwéen, cette initiative renforcera la compétitivité des exportations zimbabwéennes, notamment des produits horticoles, sur le marché chinois. Il a toutefois souligné que l’accès au marché à lui seul ne garantirait pas le succès : « Le Zimbabwe doit s’assurer de la disponibilité de son offre. Les exportateurs doivent respecter les normes phytosanitaires, les exigences de qualité et les contraintes logistiques chinoises. Sans une politique industrielle coordonnée et un soutien à l’exportation, cette opportunité risque de rester inexploitée. »
Sous l’ancien régime tarifaire du Zimbabwe, les petits exploitants agricoles produisant des cultures telles que les pois gourmands, destinés à l’exportation vers la Chine, devaient faire face à des coûts élevés : les droits de douane pouvaient à eux seuls réduire jusqu’à 20 % du prix de vente final, avant même la prise en compte du fret aérien, de la logistique du froid et des marges des courtiers.
Rumbidzai Moyo, originaire du district de Mutasa (province du Manicaland), cultive des pois et des haricots sur une exploitation de cinq hectares. Selon elle, la nouvelle politique change la donne : « Chaque année, je perdais près d’un tiers de ma récolte en raison du délai trop long de la confirmation des prix. À l’arrivée du courtier, les pois étaient déjà trop mûrs. Grâce à la politique de traitement tarifaire zéro, je peux exporter directement vers la Chine via l’agence de promotion du commerce ZimTrade. »
Un tournant décisif
M. Zhou évoque la dimension de développement de cette politique, établissant un lien entre un meilleur accès au marché et la modernisation industrielle : « La suppression des droits de douane permettra de réduire le coût des minéraux et des produits minéraux transformés du Zimbabwe en Chine, ce qui augmentera les marges bénéficiaires et la compétitivité mondiale. »
Les relations économiques sino-zimbabwéennes soutiennent actuellement environ un million d’emplois et contribuent de manière significative aux recettes nationales, les investissements chinois cumulés atteignant près de dix milliards de dollars.
S’adressant à des chefs d’entreprise à Harare, en amont de la mise en œuvre de cette politique, M. Zhou a qualifié cette mesure d’inédite dans le commerce mondial. « Aucune grande économie mondiale n’a jamais accordé unilatéralement au continent africain un accès total et sans droits de douane à son marché », s’est-il réjoui. « Pour le Zimbabwe, davantage de produits atteindront le marché chinois sans droits de douane et de réelles opportunités s’offriront aux entrepreneurs prêts à se lancer. »
La ZimTrade a également souligné que cette politique assurerait une stabilité à long terme à un secteur auparavant freiné par des coûts élevés d’accès au marché, facteur particulièrement important pour les cultures pérennes comme les agrumes et les noix de macadamia, qui nécessitent des années d’investissement avant la première récolte.