| 2026-06-03 |
Connectivité et ouverture |
| VOL. 18 / JUIN 2026 par DONATIEN NIYONZIMA · 2026-06-03 |
| Mots-clés: Xinjiang ; nouveaux horizons |
Les routes, les voies ferrées et les liaisons numériques du Xinjiang profilent de nouveaux horizons

Visiteurs internationaux dégustant des spécialités locales dans un manoir de Tacheng (région autonome ouïgoure du Xinjiang), le 8 mai. (COURTOISIE)
À première vue, la route qui part d’Urumqi vers l’Ouest ressemble à n’importe quelle autre en Chine : large, efficace et en bon état. Mais lorsqu’on se dirige vers la chaîne de montagnes Tianshan, le relief prend tout son sens. Des pics enneigés s’élèvent abruptement et l’immensité du paysage devient impossible à ignorer. L’une des infrastructures les plus importantes de la région autonome ouïgoure du Xinjiang redessine la géographie de la région et ses perspectives économiques.
Homologué par le Guinness World Records comme le plus long du monde, le tunnel autoroutier de Tianshan Shengli (long de 22,13 km) a été ouvert à la circulation le 26 décembre 2025. Intégré à l’autoroute G0711 Urumqi-Yuli, il a permis de réduire le temps de trajet entre Urumqi et Korla de moitié.
S’adressant à CHINAFRIQUE, Chen Xiao, professeure à l’Université du Xinjiang, l’a décrit comme étant une artère de développement d’importance stratégique, un projet clé permettant au Xinjiang de consolider ses fondements, d’étendre son influence et de renforcer ses capacités dans cette nouvelle phase de modernisation et d’ouverture vers l’Ouest.

Nouveau tunnel autoroutier de Tianshan Shengli, dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang, le 26 décembre 2025. (XINHUA)
Attractivité et dynamisme
Mme Chen explique que l’autoroute a profondément modifié la logique spatiale des liaisons Nord-Sud à travers les monts Tianshan. Celles-ci ont longtemps été concentrées sur quelques axes seulement, engendrant des contraintes structurelles. Cette autoroute a donc contribué à réduire la marginalisation relative du sud du Xinjiang et à mieux l’intégrer dans le système de circulation économique au niveau régional, voire national. Cette réorganisation spatiale ne se limite pas à la connectivité au sens des transports ; il s’agit d’une redistribution des opportunités de développement, de l’allocation des facteurs de production et des ressources.
Sur le plan économique, l’autoroute a considérablement réduit les coûts logistiques et de transport, améliorant ainsi les conditions de développement du sud du Xinjiang. Le transport de charbon, de pétrole, de gaz et de cultures spécialisées se développe à plus grande échelle. L’amélioration de l’accessibilité soutient également d’autres secteurs (transformation agricole, conversion d’énergie sur site, etc.).
L’autoroute transforme surtout la perception du Xinjiang à l’international. Selon Mme Chen, l’amélioration notable de l’état des routes a considérablement renforcé l’accessibilité entre les principaux atouts touristiques du département autonome mongol de Bayingolin et la métropole d’Urumqi, offrant ainsi à une nature variée et à l’état brut les conditions propices à un développement structuré, industrialisé et à grande échelle. Son impact est tel que les jeunes entrepreneurs y voient une bonne raison de revenir s’installer dans leur région natale. Mme Chen affirme que cette connectivité favorise le tourisme de niche et les autotours, stimulant l’hébergement, la restauration et les services culturels. Le sud du Xinjiang se transforme ainsi en destination touristique à proprement parler.
Le rôle du Xinjiang dans la stratégie globale de la Chine est unique. Frontalière de huit pays, la région a longtemps servi de porte d’entrée entre la Chine et l’Asie centrale. Aujourd’hui, cette fonction se redéfinit grâce au développement des infrastructures, de la logistique et de l’industrie. Ce phénomène est particulièrement visible à Tacheng, près de la frontière kazakhe. Au port de Baktu, les camions avançant en file indienne transportent toutes sortes de marchandises. Au cours des trois premiers trimestres de 2025, 520 000 tonnes d’importations et d’exportations ont été traitées, avec 136 600 entrées et sorties de personnel, soit une augmentation de 74 % par rapport à la même période en 2024.
Depuis le lancement du modèle « port routier avec accès direct local » en 2025, le temps de dédouanement a été réduit à moins de dix minutes. De simple transit de marchandises, les échanges commerciaux évoluent vers un système intégré de commerce mutuel entre les résidents frontaliers, de transformation sur place et d’e-commerce transfrontalier, s’étendant désormais à 18 pays, dont le Kazakhstan et l’Ouzbékistan.
Les marchandises témoignent du dynamisme économique du Xinjiang. Zeng Zhi, de la zone pilote de Tacheng, classe les exportations en trois catégories : fruits et légumes, appareils électroménagers et marchandises diverses, ainsi que machines. Les importations sont principalement composées de matières premières et de produits agricoles : oléagineux, produits de la chaîne du froid, et marchandises issues du commerce bilatéral. Ce flux bidirectionnel souligne le rôle du port comme véritable moteur économique, et non comme simple point de transit.
Pour les partenaires internationaux, les opportunités se multiplient également. M. Zeng souligne que la construction de la troisième ligne ferroviaire transfrontalière Chine-Kazakhstan qui a débuté en septembre 2025 devrait être mise en service durant le XVe Plan quinquennal (2026-2030). Elle permettra d’augmenter la capacité annuelle de 3 à 12 millions de tonnes et fera de Baktu un pôle intermodal route-rail complet. Il a également mis en avant les perspectives d’investissement étranger dans la transformation des céréales et des oléagineux, la transformation des fruits secs et les centres de distribution régionaux.
Concernant l’e-commerce transfrontalier, le transport ferroviaire facilite le regroupement des colis à destination de l’Europe. Des mesures incitatives, telles qu’une franchise journalière de 8 000 yuans (1 174 dollars) pour les échanges commerciaux entre résidents frontaliers et les itinéraires de transport routier international, réduisent les barrières à l’entrée sur le marché pour les entreprises d’Asie centrale et d’Europe.

Marché d’échanges commerciaux entre résidents de la frontière sino-kazakhe au port de Baktu, le 7 novembre 2023. (XINHUA)
Modernisation harmonieuse
Si les infrastructures physiques redessinent la carte, l’e-commerce redéfinit la portée des marchés. Zhang Cancan, directrice générale adjointe de Xinjiang Silk Road Port Supply Chain Management, explique à CHINAFRIQUE que les entreprises dépendaient auparavant des marchés locaux ou régionaux, mais que l’e-commerce a aboli les frontières géographiques grâce aux plateformes en ligne, leur permettant d’atteindre directement des clients du monde entier. Les principaux marchés sont la Russie et d’autres pays européens, où les niveaux de consommation et la sophistication des entreprises dépassent ceux de l’Asie centrale.
« L’infrastructure logistique du port d’Alashankou est un maillon essentiel de notre stratégie de développement globale. Elle relie la Chine au monde et constitue un tremplin pour l’expansion internationale de l’entreprise », ajoute-t-elle. Ses propos reflètent une réalité plus générale : actuellement, la connectivité est opérationnelle, tangible et transformatrice.
Tacheng illustre un autre aspect de la transformation du Xinjiang : l’investissement culturel. Au Centre de pratique de la civilisation de la nouvelle ère, des musiciens répètent des morceaux d’accordéon tandis que des artistes peignent des scènes pastorales. La croissance économique seule ne suffit pas ; les communautés doivent s’adapter à la vie moderne tout en restant connectées à leur patrimoine. Dans le district rural d’Emin, les systèmes automatisés d’alimentation du bétail et le suivi des données coexistent avec les pratiques pastorales traditionnelles, illustrant un équilibre entre efficacité et préservation de l’identité.
Cet équilibre se retrouve également au lac Sayram (département autonome mongol de Bortala), où des points d’accès contrôlés et des systèmes de gestion des déchets visent à garantir que le tourisme profite aux économies locales sans nuire à l’environnement. À Urumqi, le Grand Bazaar international prospère grâce aux échanges humains : les vendeurs proposent épices et textiles artisanaux à des visiteurs du monde entier. Ces initiatives positionnent le Xinjiang comme un pôle économique et une destination de tourisme culturel.