| 2026-07-02 |
C'est maintenant que l'avenir se joue |
| VOL. 18 / JUILLET 2026 par RAUL DE CARVALHO · 2026-07-02 |
| Mots-clés: l’apprentissage du chinois |
Comment l’apprentissage du chinois peut définir une destinée, de la vie étudiante à la contribution au développement national

Cérémonie en l’honneur de dérivation du fleuve du projet hydroélectrique de Caculo Cabaça, dans la province de Cuanza Norte, en Angola, le 20 mai 2023. (XINHUA)
Dans un monde de plus en plus marqué par la connectivité, mon parcours illustre le pouvoir transformateur des langues, des opportunités et de la coopération internationale. Diplômé en génie civil, ancien étudiant international en Chine, je contribue aujourd’hui à l’un des projets d’énergies propres les plus ambitieux d’Afrique. Mon histoire n’est pas seulement personnelle ; elle offre un aperçu du partenariat en constante évolution entre la Chine et l’Afrique et du rôle que jouent les jeunes dans la construction de cet avenir.
Une langue incontournable
En 2017, en pleine période d’ajustement économique en Angola, le marché du travail était incertain. Parallèlement, la coopération sino-angolaise s’intensifiait, avec l’expansion des projets d’infrastructures construits par la Chine à travers le pays.
Alors étudiant en génie civil à Luanda, capitale angolaise, je me suis inscrit à des cours de chinois à l’Institut Confucius, motivé par cette réalité. Cette décision pragmatique m’a permis de prendre un virage décisif pour le reste de ma vie. La persévérance a révélé quelque chose de profond : une nouvelle façon de penser, un riche patrimoine culturel et un pont vers le reste du monde.
En 2018, j’ai obtenu une bourse pour étudier en Chine. À Harbin (province du Heilongjiang), les températures étaient glaciales, mais j’y ai découvert une société animée par l’efficacité, la discipline et une vision à long terme. La Chine a transformé ma perspective, tant sur le plan académique que personnel. Elle m’a montré ce qui était possible.
Bâtir l’avenir d’une nation
En 2022, je suis retourné en Angola et j’ai rejoint la centrale hydroélectrique de Caculo Cabaça, l’un des plus grands projets d’infrastructures énergétiques du pays, surnommé les « Trois Gorges africaines ».
Pour la première fois, je me suis retrouvé au cœur d’un projet d’envergure façonnant directement l’avenir de mon pays. Avec une capacité installée de plus de 2 000 mégawatts, ce projet réduira considérablement les pénuries d’énergie, diminuera les émissions de gaz à effet de serre et créera des milliers d’emplois. Son impact résidera aussi dans la transformation qu’il apportera au niveau local : des communautés accéderont à l’électricité, des jeunes acquerront des compétences techniques et des familles bâtiront un avenir plus stable.
Au début, mon rôle se concentrait principalement sur la traduction et la coordination entre les équipes chinoises et angolaises. Cependant, la langue seule ne suffisait pas du fait d’un manque de connaissances techniques parmi les travailleurs locaux.
Ressentant le besoin de contribuer davantage, j’ai commencé à soutenir les sessions de formation, en traduisant concepts d’ingénierie, normes de sécurité et pratiques opérationnelles. Ce faisant, j’ai pu constater par moi-même l’approche des ingénieurs chinois qui change tout : enseigner une tâche et le savoir-faire qui va avec.
L’impact de cette expérience a dépassé mon propre parcours. Grâce à un revenu stable, je peux subvenir aux besoins de ma famille, améliorer nos conditions de vie et permettre à ma sœur cadette de poursuivre ses études. Aujourd’hui, elle apprend elle aussi le chinois, inspirée par les perspectives que cette voie ouvre.
C’est ainsi que le développement se concrétise : non pas par des politiques abstraites, mais par des changements tangibles dans la vie des individus.
Une vision partagée
La coopération sino-africaine est souvent abordée sous l’angle des investissements, du commerce et des infrastructures. Mais de mon point de vue, sur le terrain, elle est bien plus humaine : un ouvrier qui apprend à utiliser de nouvelles machines ; un enfant qui fait ses devoirs, éclairé à l’électricité ; un village relié par une route nouvellement construite.
Les entreprises chinoises apportent capitaux et technologies, tout en introduisant une culture de planification, de mise en œuvre et d’engagement à long terme. En parallèle, les professionnels locaux comme moi jouent un rôle crucial : interpréter, adapter et renforcer cette collaboration grâce à une meilleure compréhension culturelle. Nous ne sommes pas de simples participants ; nous sommes des facilitateurs.
L’Angola se trouve à un tournant décisif de son développement, confronté à un besoin croissant d’énergies durables et de diversification économique. Des projets comme celui de Caculo Cabaça ne sont pas de simples prouesses techniques ; ils constituent les fondements de l’avenir.
En tant que jeune professionnel, je considère ma génération comme essentielle à cette transformation. Nous sommes ceux qui comprennent les deux réalités, ceux qui traduisent les langues et les visions, et ceux qui font progresser ce partenariat.
Mon objectif est clair : au cours de la prochaine décennie, devenir un acteur clé des projets énergétiques et d’infrastructures façonnant le développement de l’Angola, tout en continuant à renforcer la coopération sino-africaine.
Avec le recul, je réalise que ma plus grande réussite n’a été ni un diplôme ni un emploi, mais ma capacité à identifier et saisir les opportunités. Apprendre le chinois m’a ouvert des portes. Étudier à l’étranger a élargi mon horizon. Travailler sur un projet national a donné un sens à ma vie. Aujourd’hui, debout près du barrage de Caculo Cabaça, contemplant cette structure imposante qui s’élève du sol, je vois bien plus que du béton et de l’acier : j’y vois un avenir se construire. Et je suis fier d’y contribuer.
RAUL DE CARVALHO, ingénieur assistant de site de la centrale hydroélectrique de Caculo Cabaça (Angola)
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