| 2026-07-16 |
Un désert transformé en oasis |
| par GE LIJUN CHINAFRIQUE · 2026-07-16 |
| Mots-clés: lutte contre la désertification ; Chine ; Afrique |
En Chine, la lutte contre la désertification concilie bénéfices écologiques, économiques et sociaux

Des visiteurs chinois et étrangers découvrent une des zones de lutte contre la désertification dans le district de Jinta, à Jiuquan (province du Gansu), le 5 juin. (CICG)
Au début de l’été, le district de Jinta (province du Gansu) offre un spectacle inattendu. Là où se trouvait autrefois une vaste étendue de graviers et de sable, une ceinture verte de plus de 50 km borde désormais la lisière occidentale du désert de Badain Jaran. Sur près de 34 400 hectares, les plantations de saxaouls ont profondément transformé le paysage.
À côté d’un de ces arbustes, Zhang Zhanxue, employé de Damo Nonglin, entreprise de végétalisation et de transformation, observe la croissance des cistanches, plante médicinale qui parasite naturellement les racines des saxaouls. Le réseau de tuyaux d’irrigation au goutte-à-goutte installé rappelle combien l’eau est précieuse dans cette région aride.
Situé entre les déserts de Badain Jaran et de Kumtag, Jinta compte près des deux tiers de son territoire touchés par la désertification. Depuis plusieurs décennies, les autorités locales y mènent une politique de restauration écologique fondée sur la plantation à grande échelle de saxaouls. Cette stratégie s’accompagne du développement de cultures adaptées au désert, comme la cistanche et le cynomorium, deux plantes utilisées à la fois en médecine traditionnelle et dans l’alimentation. L’objectif est clair : faire de la lutte contre le sable un moteur de développement durable, conciliant bénéfices écologiques, économiques et sociaux.
Un impact fort à tous les niveaux
« Avant, les tempêtes de sable étaient beaucoup plus fréquentes. Aujourd’hui, la végétation les atténue considérablement », constate M. Zhang, quinquagénaire. Le changement est tangible : il est plus rare maintenant que les grains de sable soulevés par le vent fouettent les visages.
Ancien employé du secteur pétrolier, il a rejoint en mars dernier l’entreprise Damo Nonglin, où il participe à l’entretien des plantations de saxaouls. Son travail consiste à inspecter quotidiennement une parcelle de 200 mètres de large sur un kilomètre de long (vérification des tuyaux d’irrigation, débouchage des sorties d’eau ou remplacement des éléments endommagés).
« Après la saison d’irrigation, nous travaillons dans l’usine de transformation pour découper et préparer la cistanche. On gagne plus de 5 000 yuans (737 dollars) par mois », partage-t-il avec CHINAFRIQUE.

Zhang Zhanxue, employé de l’entreprise Damo Nonglin, inspecte le réseau d’irrigation des saxaouls, dans le district de Jinta, à Jiuquan (province du Gansu), le 5 juin. (GE LIJUN)
Comme lui, de nombreux habitants ont trouvé un emploi grâce au développement de cette économie du désert. Cette dynamique locale est le fruit d’une stratégie gouvernementale de lutte contre la désertification menée depuis les années 1950. Selon Huang Xiaochun, chef du district de Jinta, le district a réalisé 56 600 hectares de reboisement et placé sous protection 35 900 hectares de terres sableuses. Depuis plus de 20 ans, les superficies désertifiées et ensablées diminuent régulièrement.
Ces résultats reposent largement sur les progrès scientifiques et technologiques. Jinta coopère de longue date avec l’Université de Lanzhou et l’Institut de recherche sur la désertification du Gansu afin de développer de nouvelles techniques de fixation des dunes, d’améliorer les méthodes de plantation des saxaouls et de maîtriser la culture de la cistanche.
Les autorités locales ont parallèlement renforcé leur soutien financier afin d’encourager les entreprises locales à y participer. C’est le cas de Damo Nonglin. Son président, Hu Bing, originaire de Jinta, a grandi dans un environnement marqué par les tempêtes de sable et nourrissait depuis longtemps le rêve de contribuer à la restauration de sa région. Son entreprise a ainsi développé un modèle alliant restauration écologique et production agricole, afin d’assurer la pérennité financière de la lutte contre la désertification.
La cistanche constitue aujourd’hui une ressource économique importante. Ses graines sont semées à proximité des saxaouls atteignant leur troisième année de croissance, et la plante est récoltée deux à trois ans plus tard. L’entreprise cultive environ 10 600 hectares de cistanche et 2 000 hectares de cynomorium, plante parasite du Nitraria tangutorum. Elle a développé plus de 20 produits dérivés.
La récolte annuelle de plantes médicinales atteint environ 3 000 tonnes, pour une valeur de production supérieure à 100 millions de yuans (14,75 millions de dollars). Ce modèle crée un cercle vertueux : les revenus tirés des plantes médicinales financent la poursuite des plantations et de la restauration écologique.
Des services d’intérêt général participent eux aussi à cet effort. En 2019, Ant Forest, programme d’Alipay et développé par Ant Group, a commencé à financer la plantation de saxaouls à Jinta. Selon Wang Xiaoying, secrétaire général de la Fondation Ant Forest, la mobilisation de près de 120 millions de yuans (17,7 millions de dollars) a permis de planter plus de 23 millions d’arbres sur plus de 15 300 hectares à Jinta.
« Notre expérience montre que la lutte contre la désertification doit aller de pair avec l’amélioration des conditions de vie des populations », explique à CHINAFRIQUE Lei Jiaqiang, chercheur à l’Institut d’écologie et de géographie du Xinjiang de l’Académie chinoise des sciences. Selon lui, des modèles comparables se développent aujourd’hui au Xinjiang, dans le corridor du Hexi (province du Gansu) ou encore dans la ligue d’Alxa (région autonome de Mongolie intérieure).

Présentation de cistanche et de cynomorium, cultivés dans le district de Jinta, à Jiuquan (province du Gansu), le 5 juin. (CICG)
Duplication au-delà des frontières
L’expérience chinoise dépasse désormais le cadre national pour être mise au service d’autres régions confrontées à l’avancée des déserts, notamment en Mauritanie.
À une heure et demie de route de Nouakchott, près du village de Bir El Barka, dans la région du Trarza, une oasis a vu le jour au cœur des dunes. Il s’agit du Parc des technologies vertes sino-africain, projet de démonstration conduit conjointement par la Chine et la Mauritanie avec le soutien technique de l’Institut d’écologie et de géographie du Xinjiang.
Les équipes chinoises y ont adapté leurs méthodes aux réalités locales. Dans une interview au Quotidien du Peuple, Pang Guocong, représentant en Mauritanie de Sinoway Forest Technology, explique que plusieurs programmes de formation ont été organisés afin de transmettre aux techniciens locaux les techniques de plantation, de gestion des pépinières et d’entretien des systèmes d’irrigation. Une partie des équipes mauritaniennes assure désormais de façon autonome la gestion quotidienne du site.
Le projet associe en outre production d’énergie photovoltaïque, suivi intelligent de l’humidité des sols et irrigation automatisée afin d’optimiser l’utilisation de ressources en eau particulièrement limitées. Selon M. Lei, ces innovations ont déjà permis de cultiver des fruits et légumes dans le désert mauritanien.
Cette coopération s’inscrit dans une stratégie internationale plus large. La Chine a créé le Centre de coopération environnementale Chine-Afrique et participe à plusieurs plateformes consacrées à la lutte contre la désertification en Mongolie, dans les pays arabes et en Asie centrale. Ces dispositifs favorisent la recherche conjointe, le transfert de technologies et le partage d’expériences. « Ces plateformes de démonstration jouent un rôle irremplaçable dans la diffusion des technologies et des méthodes chinoises », souligne M. Lei.
À l’avenir, la Chine entend poursuivre cette coopération, notamment dans la restauration écologique de la mer d’Aral, la construction de la Grande Muraille verte en Afrique et le développement de la coopération scientifique dans le cadre de l’initiative « la Ceinture et la Route », avec l’ambition de contribuer davantage à la lutte mondiale contre la désertification, envisage-t-il.