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  2026-07-31
 

Une opportunité historique pour l'Afrique

VOL. 18 / AOÛT 2026 par JIMMY YAB  ·   2026-07-31
Mots-clés: gouvernance mondiale ; Livre blanc chinois

Les propositions de la Chine pour réformer la gouvernance mondiale mettent en évidence l’influence croissante du continent africain et le rôle grandissant qu’il joue dans l’avènement d’un ordre international plus juste 

Port en eau profonde de Lekki à Lagos, au Nigeria, le 26 mars. (XINHUA)

Le système international traverse une période de recomposition profonde. L’évolution des équilibres économiques, la montée du Sud global, les défis climatiques, les mutations technologiques et les crises sécuritaires interrogent la capacité des institutions créées au lendemain de la Seconde Guerre mondiale à répondre aux réalités du XXIe siècle. Publié le 17 juin, le Livre blanc chinois intitulé Une gouvernance mondiale plus juste et plus équitable : principes, propositions et actions de la Chine propose une vision de la réforme de la gouvernance mondiale, qui ouvre des perspectives stratégiques importantes pour l’Afrique. 

Un équilibre mondial fragile 

La gouvernance mondiale n’a jamais été figée. Aujourd’hui, le monde connaît à nouveau une phase de transition historique qui appelle une réflexion sur l’adaptation des mécanismes de gouvernance internationale.  

Selon l’ONU, les pays en développement représentent désormais près de 85 % de la population mondiale, tandis que l’Afrique comptera environ 2,5 milliards d’habitants d’ici 2050, soit près d’un quart de la population mondiale. Dans le même temps, les économies émergentes contribuent à une part croissante de la production mondiale, des échanges commerciaux et de l’innovation technologique. Cette évolution modifie progressivement la géographie de la puissance et renforce les attentes en faveur d’une gouvernance mondiale plus représentative. 

Parallèlement, les défis auxquels est confrontée la communauté internationale dépassent largement les capacités d’action d’un seul État. changement climatique, pandémies, sécurité alimentaire, transition énergétique, régulation de l’intelligence artificielle, cybersécurité ou encore stabilité des chaînes d’approvisionnement constituent des enjeux mondiaux qui nécessitent des réponses collectives. Aucun pays, quelle que soit sa puissance, ne peut aujourd’hui relever seul ces défis. 

C’est dans ce contexte que la réforme de la gouvernance mondiale est devenue l’un des principaux sujets du débat international. Les appels à une modernisation des institutions multilatérales émanent désormais de nombreuses régions du monde. L’objectif n’est pas d’en remettre en cause les principes fondamentaux, mais de renforcer leur légitimité, leur efficacité et leur capacité à refléter les réalités du XXIe siècle. 

Éditions chinoise et anglaise du Livre blanc chinois intitulé Une gouvernance mondiale plus juste et plus équitable : principes, propositions et actions de la Chine. (XINHUA)

Contribution majeure de la Chine 

La Chine s’inscrit pleinement dans ce débat. Au cours des deux dernières décennies, elle est devenue un acteur majeur de la gouvernance mondiale. La publication de son Livre blanc s’inscrit dans cette dynamique en exposant une vision structurée de la réforme de la gouvernance mondiale. 

Pour l’Afrique, cette réflexion revêt une importance particulière. Elle intervient à un moment où le continent affirme progressivement son rôle dans les affaires mondiales grâce à sa dynamique démographique, à l’entrée en vigueur de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), à l’intégration de l’Union africaine au G20 et à l’émergence d’une nouvelle génération d’acteurs économiques et diplomatiques. Dans ce contexte, la question n’est plus de savoir si l’Afrique participera davantage à la gouvernance mondiale, mais comment cette participation pourra être renforcée afin de contribuer à un ordre international plus équilibré, plus inclusif et plus représentatif. 

L’intérêt majeur du Livre blanc chinois réside dans le fait qu’il ne se limite pas à dresser un diagnostic des insuffisances de la gouvernance mondiale actuelle. Il avance une série de principes et de propositions visant à renforcer la coopération internationale, articulés autour de quatre idées directrices : le renforcement du multilatéralisme, le respect de l’égalité souveraine des États, la promotion d’un développement partagé et une représentation plus équilibrée des pays en développement dans les institutions internationales. La stabilité est ainsi présentée comme le résultat d’une prospérité plus largement partagée plutôt que d’une logique de confrontation. 

Participants à un événement thématique sur l’Initiative pour la gouvernance mondiale et à la cérémonie de lancement de la section viennoise du Groupe des amis de la gouvernance mondiale à Vienne, en Autriche, le 28 avril. (MINISTÈRE CHINOIS DES AFFAIRES ÉTRANGèRES)

Coopération sino-africaine élargie 

Cette convergence se reflète également dans l’évolution du partenariat sino-africain. Créé en 2000, le Forum sur la Coopération sino-africaine(FCSA) est devenu l’un des cadres les plus structurés de coopération entre un pays et un continent. Les échanges commerciaux entre la Chine et l’Afrique ont atteint 348 milliards de dollars en 2025, établissant un nouveau record et confirmant la Chine comme premier partenaire commercial de l’Afrique pour la 17e année consécutive. 

Toutefois, la portée du partenariat dépasse désormais le seul commerce. Les priorités définies lors du Sommet 2024 du FCSA accordent une place croissante à l’industrialisation, à la transformation locale des matières premières, à la coopération scientifique, à l’économie numérique, au développement des compétences, à l’agriculture moderne et à la transition écologique. Cette évolution traduit une volonté commune d’accompagner la transformation structurelle des économies africaines. 

L’appui de la Chine à l’intégration de l’Union africaine au G20 constitue une autre illustration de cette approche. Le Livre blanc chinois invite le continent africain à devenir acteur de la gouvernance mondiale plutôt que simple bénéficiaire des décisions prises ailleurs. Cette évolution est d’autant plus importante que les transformations démographiques et économiques en cours confèrent à l’Afrique une responsabilité internationale croissante. 

Sur le plan économique, la ZLECAf constitue l’un des projets d’intégration les plus ambitieux du monde. Selon la Banque mondiale, sa pleine mise en œuvre pourrait augmenter les revenus réels du continent de près de 7 % d’ici 2035 et permettre à environ 30 millions de personnes de sortir de l’extrême pauvreté. En favorisant l’industrialisation, la transformation locale des matières premières et l’intégration des chaînes de valeur régionales, elle offre à l’Afrique les moyens de renforcer sa compétitivité internationale. 

C’est précisément sur ces priorités que la coopération sino-africaine peut apporter une contribution significative. L’expérience chinoise montre que la modernisation économique repose sur des investissements continus dans les infrastructures, l’industrie manufacturière, la formation du capital humain, l’innovation technologique et la planification stratégique à long terme. Sans prétendre transposer un modèle unique, cette expérience offre des enseignements utiles pour de nombreux pays africains engagés dans leur propre processus de transformation économique. 

En définitive, l’une des principales contributions du Livre blanc chinois est de rappeler que la réforme de la gouvernance mondiale ne saurait être durable sans une participation effective de l’Afrique. Dans cette perspective, la coopération sino-africaine apparaît comme un partenariat de développement et un levier pour renforcer la voix de l’Afrique dans la construction d’un ordre international plus inclusif, plus équilibré et plus représentatif.

JIMMY YAB :Président de l’Observatoire Chine-Afrique francophone 

 
 
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