| 2026-08-01 |
Du toit du monde à l'Afrique |
| VOL. 18 / AOÛT 2026 par GETAHUN ASSEFA · 2026-08-01 |
| Mots-clés: coopération ferroviaire sino-africaine |
Une nouvelle phase de coopération ferroviaire sino-africaine se fonde autant sur les compétences que sur l’acier

Passage d’un train de la ligne ferroviaire Qinghai-Xizang sous les yeux de deux habitantes dans le district de Damxung, relevant de la ville de Lhassa (région autonome du Xizang), le 28 mai. (XINHUA)
Sur le plateau Qinghai-Xizang, où les sommets enneigés côtoient l’un des plus grands exploits d’ingénierie au monde, l’African Railway Talent Qinghai-Xizang Tour a réuni une délégation africaine composée d’ingénieurs, de représentants officiels, de diplomates et de journalistes issus de différents pays (Éthiopie, Zambie, Kenya, Tanzanie, Djibouti, Nigeria, etc.) du 22 au 25 juin à Lhassa (région autonome du Xizang). Organisé dans le cadre de l’Année sino-africaine des échanges humains et culturels 2026, le programme comprenait des visites techniques, des symposiums, ainsi qu’un voyage à bord du chemin de fer Qinghai-Xizang, ligne ferroviaire de plateau la plus haute du monde.
Au-delà des discussions techniques et après des décennies de partenariat en matière d’infrastructures, la Chine et l’Afrique entrent dans une nouvelle phase, moins axée sur la construction de voies ferrées que sur le développement de l’expertise nécessaire à leur exploitation, leur maintenance et leur amélioration.
Considéré comme l’un des projets ferroviaires les plus ambitieux jamais entrepris, le chemin de fer Qinghai-Xizang s’étend sur près de 2 000 km à travers le pergélisol, à plus de 4 000 m d’altitude. Inauguré en 2006, le projet a relevé des défis d’ingénierie autrefois jugés insurmontables et profondément transformé les transports dans la région. Pour les experts africains, cela prouve que les infrastructures, associées à une planification à long terme et à l’innovation, peuvent remodeler les économies régionales et multiplier les opportunités de développement.
Lors du lancement du programme, Yang Wanming, président de l’Association du peuple chinois pour l’amitié avec l’étranger, a qualifié les chemins de fer d’« artères de la circulation économique » et de symboles durables de l’amitié sino-africaine.
L’année 2026 marquant à la fois le 70e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques Chine-Afrique et l’Année sino-africaine des échanges humains et culturels, cette rencontre entre experts se présentait comme une occasion d’approfondir la coopération par le partage des connaissances et le développement du capital humain. Les lignes de chemin de fer Tanzanie-Zambie (TAZARA) et Addis-Abeba-Djibouti, le chemin de fer à écartement standard Mombasa-Nairobi et la ligne ferroviaire Abuja-Kaduna au Nigeria sont tous des projets phares illustrant concrètement cette coopération sans faille.
Viser l’excellence
La coopération ferroviaire sino-africaine ne se mesure plus uniquement en kilomètres de voies posées ou en nombre de gares construites. L’accent est davantage mis sur le transfert de technologies, l’excellence opérationnelle et le renforcement des capacités locales. Les responsables chinois ont fait valoir que le développement ferroviaire durable dépendait d’ingénieurs, de techniciens, de planificateurs et d’opérateurs qualifiés, capables de gérer de manière indépendante des systèmes de transport complexes. M. Yang a précisé que la Chine avait l’intention de renforcer les partenariats entre les compagnies ferroviaires, les universités, les établissements professionnels et les centres de recherche pour développer la formation technique, la recherche conjointe et les échanges professionnels avec les pays africains.
Hu Changchun, envoyé spécial chinois pour les affaires de la Corne de l’Afrique, a fait écho à ce point, en soulignant qu’une coopération ferroviaire réussie s’étendait bien au-delà de l’ingénierie. « Derrière les réalisations et les partenariats, se cache un renforcement durable des échanges de talents », a-t-il expliqué, citant des années de formation technique et de séminaires conjoints qui ont formé des milliers de professionnels ferroviaires locaux dans les pays partenaires.
L’expérience éthiopienne a occupé une place importante dans les discussions. Tefera Derbew Yimam, ambassadeur d’éthiopie en Chine, a évoqué le chemin de fer Addis-Abeba-Djibouti, premier chemin de fer transfrontalier entièrement électrifié d’Afrique construit selon les normes chinoises. Ce projet a réduit le trajet du fret vers le port de Djibouti de plusieurs jours par la route à un peu plus de dix heures par voie ferrée, créant ainsi un corridor économique et des milliers d’emplois qualifiés.
Il a fait un parallèle avec le chemin de fer Qinghai-Xizang : « Du toit de l’Afrique au toit du monde, nos deux chemins de fer se font écho. » Les innovations techniques développées sur le plateau, notamment la stabilisation du pergélisol et les méthodes de construction respectueuses de l’environnement, pourraient offrir de précieuses leçons pour les projets ferroviaires dans les régions montagneuses d’Afrique, a-t-il ajouté. La prochaine phase de coopération devrait donner la priorité au renforcement de l’expertise africaine : « Au-delà des voies ferrées et des traverses, un chemin de fer est un lien d’amitié et un pont pour les rêves. »
Prochain chapitre pour le TAZARA
Concernant la Zambie, les discussions ont porté sur l’un des symboles les plus emblématiques de l’amitié sino-africaine : le TAZARA. Nkumbu Siame, directeur des transports au ministère zambien des Transports et de la Logistique, a qualifié 2026 d’année charnière, marquant à la fois le 105e anniversaire du Parti communiste chinois et le 50e anniversaire de la mise en service du TAZARA.
Construit dans les années 1970 avec l’aide de la Chine, ce chemin de fer relie la province zambienne de Copperbelt au port de Dar es Salaam et demeure un exemple éloquent de la coopération pionnière de l’Afrique avec la Chine en matière d’infrastructures à grande échelle. Suite au lancement du projet de revitalisation du TAZARA, la Zambie espère que cela améliorera l’efficacité du réseau ferroviaire, renforcera le commerce régional et consolidera l’intégration économique en Afrique australe.
M. Siame a également salué la publication récente par la Chine d’un livre blanc sur la gouvernance mondiale, affirmant que l’Afrique souhaite approfondir sa coopération dans les domaines de la planification ferroviaire, de l’ingénierie, de la gestion environnementale et de la sécurité d’exploitation.
L’essentiel des enseignements a été tiré de l’observation plutôt que des discours. Les délégués ont visité des centres d’exploitation, des installations de maintenance et des sites de démonstration technologique. Pour Cuthbert Malindi, directeur général de Zambia Railways, cette visite a souligné l’importance du savoir-faire opérationnel, l’opportunité pour l’Afrique résidant dans la compréhension des systèmes et des pratiques de gestion qui assurent le bon fonctionnement des chemins de fer modernes.
Ses remarques ont reflété un consensus plus large : les infrastructures seules ne suffisent pas. Les chemins de fer ont besoin de personnel capable de les exploiter longtemps après le départ des équipes de construction.
Alors que la délégation traversait le plateau Qinghai-Xizang en train, défilait sous ses yeux un modèle de coopération qui, la Chine l’espère, définira la prochaine ère de son partenariat avec l’Afrique, une ère où les voies ferrées s’accompagnent d’un transfert de compétences, de technologies et d’opportunités, au-delà de la prouesse d’ingénierie.
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