| 2026-08-01 |
Des leçons institutionnelles |
| VOL. 18 / AOÛT 2026 par RAPHAEL ADIBASE · 2026-08-01 |
| Mots-clés: observations de terrain ; transformation rurale |
Des observations de terrain au Hebei révèlent comment institutions, gouvernance et énergies renouvelables peuvent stimuler la transformation rurale

Étudiants de l’Université d’agriculture de Chine lors de leur visite du district de Yixian (province du Hebei), en 2023. (COURTOISIE)
Lors de mon expérience de terrain à Lingyunce, relevant du district de Yixian (province du Hebei), j’ai pu me rendre compte que les énergies renouvelables n’étaient pas seulement une politique gouvernementale.
En parcourant le village, j’ai pu observer les canalisations de biogaz solidement fixées le long des murs des habitations, reliant les cuisines à un système centralisé de transformation du fumier et des résidus des récoltes en combustible vert. Bien plus qu’une simple infrastructure, elles reflètent les années de planification coordonnée et la stratégie énergétique rurale sur le long terme. Et cela s’étend bien au-delà de l’usage domestique.
Dans les exploitations agricoles, des drones pulvérisent les cultures et des systèmes d’irrigation mécanisés fonctionnent efficacement. Les PME locales sont dotées d’une alimentation électrique fiable, les routes en bon état facilitent le trafic et le numérique joue un rôle important dans les échanges entre habitants. Ces avancées montrent comment la modernisation rurale favorise la lutte contre la pauvreté.
Une approche intégrée
Le système d’énergies renouvelables de Yixian repose sur des installations de biogaz à grande échelle, soutenues par le projet de développement des énergies renouvelables rurales du Hebei. Les déchets agricoles (résidus des récoltes, fumier, etc.) sont traités dans des digesteurs anaérobies produisant du biogaz destiné à l’usage domestique, voire à la production d’électricité.
Cet aboutissement repose sur des subventions publiques et des financements structurés, incluant le soutien de la Banque mondiale. La coordination institutionnelle a été assurée par les bureaux de gestion de projet aux niveaux provincial et départemental, chargés des systèmes de surveillance, des mesures de protection de l’environnement et des plans de sécurité.
Les énergies renouvelables sont étroitement intégrées à la production agricole. Le digestat produit par le système de biogaz est valorisé comme engrais organique dans les champs, favorisant une économie circulaire et réduisant le recours aux engrais chimiques. Ce modèle de développement rural intégré associe durabilité environnementale et productivité agricole.
Le secteur des énergies renouvelables au Ghana a évolué différemment. Le pays s’appuie principalement sur l’hydroélectricité à grande échelle produite par les barrages d’Akosombo et de Bui, complétée par la production thermique. Bien que l’énergie solaire se soit développée grâce à des initiatives (projet hybride hydro-solaire de Bui, mini-réseaux du nord du Ghana), les communautés rurales restent fortement dépendantes de la biomasse et du charbon de bois au quotidien. La loi ghanéenne sur les énergies renouvelables a instauré des dispositifs visant à promouvoir les tarifs de rachat garantis, le comptage net et l’investissement dans les énergies renouvelables. Cependant, sa mise en œuvre est inégale en raison des contraintes de financement, de l’instabilité du réseau et du manque de maintenance.
Le Ghana n’a pas encore intégré de manière systématique les déchets agricoles dans la production de biogaz à grande échelle. En Tanzanie et au Kenya, des programmes pilotes de biodigesteurs domestiques ont été mis en œuvre, mais des difficultés subsistent au niveau de la continuité du soutien technique, de la maintenance régulière et du suivi des projets sur le long terme.
La principale différence avec la Chine réside dans la cohérence des politiques et les capacités institutionnelles. À Yixian, le déploiement des énergies renouvelables bénéficie d’un soutien gouvernemental constant et d’un suivi rigoureux.
Au Ghana, ce type d’initiatives dépend de financements de donateurs ou de programmes pilotes du secteur privé. L’intégration des énergies renouvelables à la modernisation agricole demeure donc bien moins développée que le modèle circulaire du Hebei.
Un échange de compétences
En termes d’opportunités de coopération sino- ghanéenne, le Ghana pourrait déployer des digesteurs de biogaz groupés dans les zones d’élevage intensif, telles que les régions du Haut-Est et du Nord, transformant ainsi les déchets animaux en combustible vert tout en produisant un engrais organique pour l’agriculture locale.
La mise en place d’unités de gestion des énergies renouvelables au niveau des districts, sur le modèle du Hebei, pourrait renforcer le suivi et la responsabilisation des projets. Des subventions basées sur la performance et liées au respect des obligations de maintenance pourraient contribuer à améliorer la fiabilité du système et à réduire les risques de défaillance des infrastructures. Parallèlement, l’intégration des énergies renouvelables dans les zones agroalimentaires rurales permettrait aux PME de bénéficier d’un approvisionnement énergétique fiable, à l’instar de l’approche adoptée à Lingyunce.
Réciproquement, la Chine pourrait tirer des enseignements de l’entrepreneuriat solaire décentralisé du Ghana. Les entreprises solaires hors réseau du Ghana ont démontré des approches flexibles et rentables pour fournir de l’électricité aux communautés rurales dispersées, offrant ainsi des perspectives intéressantes pour les zones montagneuses ou peu peuplées. De même, les mini-réseaux gérés par les communautés et expérimentés dans certaines régions africaines soulignent l’importance d’une gouvernance participative et d’une appropriation locale, qui peuvent compléter l’approche chinoise plus centralisée en matière de gestion des énergies renouvelables.
La transition énergétique du Ghana pourrait donc tirer profit de l’adaptation du modèle institutionnel du Hebei, tandis que la province chinoise pourrait consolider son approche en intégrant des éléments d’innovation décentralisée et de participation communautaire, comme cela a été démontré dans certaines régions d’Afrique. L’adaptation au contexte local et l’échange de connaissances offrent aux deux parties une voie concrète pour promouvoir un développement rural durable.
RAPHAEL ADIBASE, étudiant ghanéen à l’Université d’agriculture de Chine
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