| 2026-09-01 |
De la culture au commerce |
| VOL. 18 / SEPTEMBRE 2026 par HU FAN · 2026-09-01 |
| Mots-clés: échanges culturels ; coopération économique |
Dans la province chinoise du Shandong, un événement sino-africain montre comment les échanges culturels peuvent ouvrir de nouvelles perspectives de coopération économique

Participants et artistes au gala culturel « Le Shandong rencontre l’Afrique », célébrant
l’amitié sino-africaine, à Jinan (province du Shandong), le 4 août. (PHOTOS : HU FAN)
Une ambiance chaleureuse règne dans les grandes salles du Musée du Shandong. Tandis qu’un jeune musicien chinois fait résonner des tambours africains devant un décor évoquant la savane, des sculptures africaines en bois côtoient des œuvres locales sculptées dans des noyaux de pêche. Plus loin, les paysages africains prennent vie grâce à l’art traditionnel chinois du papier découpé. Un marché animé présente des produits emblématiques d’Afrique et du Shandong.
Le 4 août, l’amitié sino-africaine était à l’honneur à Jinan, chef-lieu de la province, où s’est tenu le gala culturel « Le Shandong rencontre l’Afrique ». Organisé dans le cadre de l’Année sino-africaine des échanges humains et culturels 2026, l’événement a réuni expositions, spectacles artistiques et échanges entre participants africains et chinois.
Pendant quatre jours, une délégation africaine composée de responsables gouvernementaux, de chercheurs, de chefs d’entreprise et de représentants de la jeunesse s’est rendue à Jinan, Weifang et Yantai. Cette rencontre visait à rapprocher les peuples et à créer de nouvelles opportunités de coopération économique dans l’une des provinces les plus développées de Chine.

Présentation de machines agricoles de Lovol à des visiteurs africains, à Weifang (province du Shandong), le 5 août.
Quand les cultures se rencontrent
Avec des traces d’activité humaine remontant à près de 500 000 ans, le Shandong est considéré comme l’un des berceaux de la civilisation chinoise et la terre natale du confucianisme. Depuis plusieurs décennies, la province joue également un rôle actif dans les échanges humains et culturels sino-africains.
Lors de la cérémonie d’ouverture, Lin Wu, secrétaire du comité du Parti communiste chinois pour la province du Shandong, a souligné l’importance accordée aux relations avec l’Afrique. Le Shandong a noué 57 partenariats de jumelage avec des collectivités de 27 pays africains et contribué à la création de 25 Instituts Confucius et d’autres établissements éducatifs et culturels sur le continent. Les équipes médicales envoyées en Tanzanie et aux Seychelles ont pris en charge quelque 20 millions de patients.
Dans le cadre de l’Année sino-africaine des échanges humains et culturels 2026, dix projets de coopération ont été annoncés à cette occasion, couvrant un large éventail de domaines : échanges artistiques, tourisme, expositions muséales, archéologie et dialogue entre le mont Taishan et la montagne de la Table.
Les relations économiques progressent également. En 2025, les échanges commerciaux entre le Shandong et l’Afrique ont dépassé 299 milliards de yuans (44,3 milliards de dollars), en hausse de 38,6 % sur un an, tandis que les importations en provenance d’Afrique ont augmenté de 48,9 %. De plus en plus d’entreprises de la province développent leurs activités sur les marchés africains.
Le Shandong entend approfondir sa coopération avec l’Afrique dans la fabrication d’équipements, l’agriculture moderne, le textile et les énergies vertes, tout en partageant son expérience dans la revitalisation rurale et la protection écologique.
Pour Hodan Osman Abdi, ambassadrice de Somalie en Chine, les similitudes entre la Somalie et le Shandong (longues façades maritimes, riche patrimoine culturel et économies ouvertes) offrent d’importantes perspectives de coopération dans la pêche, la transformation des produits aquatiques et le développement portuaire. Elle appelle également à renforcer les échanges éducatifs, culturels et médiatiques afin de former les talents nécessaires à la coopération économique et de favoriser la compréhension mutuelle.
Ashwin Ruhee, ministre-conseiller à l’ambassade de Maurice en Chine, souligne quant à lui la profondeur des liens humains entre les deux pays. Maurice célèbre la Fête du Printemps comme jour férié national et abrite le premier Centre culturel chinois au monde. Ces liens constituent une base solide pour approfondir la coopération sino- mauricienne et accroître les investissements du Shandong à Maurice.
La jeunesse occupe également une place importante. Sun Xueqing, vice-président de l’Association du peuple chinois pour l’amitié avec l’étranger, appelle à multiplier les plateformes d’échanges entre jeunes. Mama Samba Buaró Embaló, président de la Confédération des étudiants africains en Chine, rappelle que ceux-ci contribuent déjà à combler les lacunes en matière d’information et à renforcer la compréhension mutuelle. « La jeunesse représente non seulement l’avenir, mais aussi le présent des relations entre les peuples chinois et africains », souligne-t-il.

Visite de l’exposition artistique par des participants africains au gala culturel « Le Shandong
rencontre l’Afrique », à Jinan (province du Shandong), le 4 août.
Des complémentarités industrielles prometteuses
L’événement ne s’est pas limité aux échanges culturels. À Weifang et Yantai, la délégation a rencontré des entreprises locales désireuses d’explorer de nouvelles possibilités de coopération en Afrique. Agriculture intelligente, fabrication d’équipements, services numériques et tourisme : autant de secteurs répondant à des besoins prioritaires du développement africain.
Pour Franck Adjagba, ambassadeur du Bénin en Chine, le Shandong constitue un modèle de développement dans l’industrie, l’innovation et l’entrepreneuriat. Selon lui, la coopération sino-africaine dépasse aujourd’hui le stade des infrastructures, du commerce et de l’investissement pour entrer dans une nouvelle étape axée sur l’industrialisation, l’innovation technologique et la création de chaînes de valeur locales.
« L’Afrique ne veut pas rester un simple exportateur de matières premières », insiste-t-il. « Elle souhaite renforcer ses capacités de transformation et ses compétences technologiques afin de créer davantage d’emplois, notamment pour les jeunes. »
Le Shandong peut jouer un rôle important dans cette évolution grâce à son expertise agricole. À Weifang, la délégation a visité Lovol, fabricant chinois de machines agricoles fortement implanté en Afrique, où il fournit des équipements, construit des unités d’assemblage et développe des partenariats dans plus de 30 pays et régions.
À Yantai, la délégation a découvert les technologies énergétiques de Wisdom, entreprise créée en 2003 et désormais active à l’international. Elle participe à des projets dans plusieurs pays africains et contribue à la transition énergétique du continent.
M. Adjagba salue également la politique chinoise de traitement tarifaire zéro facilitant l’accès des produits africains au marché chinois. Il estime toutefois nécessaire d’aller plus loin, notamment en aidant les producteurs africains à répondre aux normes de qualité et aux exigences sanitaires et phytosanitaires chinoises, grâce à la formation.
M. Sun partage cette analyse et souligne que cette politique favorise les exportations de produits africains de qualité vers la Chine et contribue à améliorer les conditions de vie des populations. « Faire en sorte que les peuples en tirent des bénéfices concrets est un pilier des échanges humains et culturels sino-africains », fait-il savoir.
Au terme de ces quatre jours, l’événement a montré que les échanges culturels peuvent ouvrir la voie à une coopération économique plus approfondie. De l’agriculture intelligente aux énergies vertes, les complémentarités entre le Shandong et l’Afrique offrent ainsi de vastes perspectives de développement partagé.