| 2026-10-08 |
Au-delà du secours, le temps de l'émancipation |
| VOL. 18 / OCTOBRE 2026 par DARYL SWANEPOEL · 2026-10-08 |
| Mots-clés: Initiative pour le développement mondial ; cinq ans |
Forte de cinq années de projets aboutis, l’IDM doit désormais miser sur la pérennisation des capacités, clé d’une croissance autonome pour l’Afrique

Le Président chinois Xi Jinping s’adresse par visioconférence au débat général de la 76e session de l’Assemblée générale des Nations unies, le 21 septembre 2021. C’est lors de ce discours qu’il a proposé l’Initiative pour le développement mondial. (XINHUA)
Cinq ans après la proposition historique par le Président chinois Xi Jinping de l’Initiative pour le développement mondial (IDM), la meilleure manière d’en célébrer l’anniversaire n’est pas d’égrener la liste des réussites, mais de tirer les leçons du bilan écoulé afin de fixer un cap ambitieux pour les cinq prochaines années.
Lancée officiellement à l’Assemblée générale de l’ONU en septembre 2021, l’IDM s’inscrivait dans un contexte mondial particulièrement critique : la pandémie de COVID-19 venait de balayer des années de progrès, révélant de béantes inégalités et fragilisant l’atteinte des Objectifs de développement durable. Face à cette urgence mondiale, l’initiative s’est donnée pour mission de replacer le développement au centre des priorités internationales, de la lutte contre la pauvreté à la sécurité alimentaire, en passant par le financement, l’industrialisation, la transition verte et l’économie numérique.
Cinq ans après, les résultats sur le terrain sont incontestablement palpables : des capitaux considérables ont été mobilisés, des projets structurants menés à bien dans les pays en développement, des programmes de formation à grande échelle mis en œuvre, ainsi que des partenariats stratégiques scellés avec l’ONU et diverses institutions multilatérales.
Ce bilan est réel. Pourtant, le niveau d’exigence collective doit désormais s’élever. Il ne s’agit plus d’uniquement comptabiliser les projets concrétisés, mais d’évaluer la capacité réelle des pays bénéficiaires à agir par eux-mêmes. L’IDM doit aujourd’hui passer d’une simple logique de fourniture de services à une véritable démarche d’autonomisation.
L’Afrique comme banc d’essai
Le continent a besoin, de manière incontestable, d’infrastructures, d’énergie, de technologies, d’une agriculture modernisée et de compétences, autant de secteurs où la Chine a déjà prouvé l’efficacité de son action. Pour autant, le problème structurel de l’Afrique ne réside pas dans un déficit de projets : trop d’économies manquent encore de productivité, cantonnées à l’exportation de ressources brutes et à l’importation de la majorité de leurs produits finis.
L’exemple des échanges entre l’Afrique du Sud et la Chine est frappant. La Chine est déjà le premier partenaire commercial de l’Afrique du Sud : l’enjeu n’est donc pas de commercer plus, mais de commercer mieux. L’Afrique du Sud aspire à exporter davantage de biens à forte valeur ajoutée, à orienter les investissements vers des secteurs productifs, à structurer ses chaînes de valeur locales et à mettre son potentiel minier au service de l’emploi et de l’industrialisation, plutôt que de se borner à expédier des matières brutes.
Ce constat s’applique à tout le continent. La Chine a progressivement ouvert ses frontières aux produits africains, une démarche saluée ; toutefois, un accès privilégié demeure vain sans capacité locale à fabriquer des biens compétitifs. C’est précisément là que doit résider le virage de l’IDM. Infrastructures, industrialisation, compétences, investissements et débouchés marchands forment les maillons d’un même ensemble : une route n’a d’intérêt que si elle relie des producteurs à un marché ; l’électricité, que si elle alimente des usines ; la formation, que si elle débouche sur des industries actives ; les marchés, que si les entreprises ont des marchandises à écouler.
Ce principe s’impose tout autant pour les minéraux stratégiques. Véhicules électriques, énergies renouvelables, batteries : la transition énergétique décuple la demande en ressources critiques, dont le sol africain abonde. Or, la survenue d’un énième cycle d’extraction n’a rien d’intrinsèquement vertueux. Si les minerais sont extraits en Afrique, raffinés ailleurs puis réimportés sous forme d’équipements coûteux, les produits auront changé, mais la dissymétrie économique restera intacte. La transformation doit donc, dès que possible, s’effectuer à la source pour créer un tissu de sous-traitants, développer l’expertise locale et générer de l’emploi.
Grâce à sa puissance industrielle, à ses ressources financières et à l’étendue de ses chaînes logistiques, la Chine dispose des atouts nécessaires pour soutenir cette mutation. L’enjeu va bien au-delà de la fourniture de matériaux pour la transition : il s’agit de bâtir un partenariat permettant à l’Afrique d’être un acteur majeur des industries de demain.
Renforcer les capacités locales
Le critère ultime d’une aide réussie réside sans doute dans sa capacité à devenir progressivement inutile : les infrastructures doivent dynamiser la production, la formation susciter un savoir-faire local, les investissements consolider des capacités nationales et le transfert de technologies rompre les liens de dépendance.
Cette orientation est cruciale face à un paysage mondial de plus en plus morcelé : tensions géopolitiques, barrières douanières et sanctions compromettent la coopération indispensable aux pays émergents. La solidarité internationale ne saurait être une victime collatérale des rivalités entre puissances. L’IDM gagnera à demeurer inclusive, à s’appuyer sur le système onusien et à s’articuler avec les dispositifs existants, le développement devant demeurer un terrain de convergence pragmatique.
Pour l’Afrique, la convergence des agendas représente une opportunité majeure : le continent s’est fixé des priorités structurantes, telles que l’Agenda 2063, la Zone de libre-échange continentale africaine et les plans nationaux, auxquelles l’IDM peut apporter des financements, une expérience industrielle et des leviers technologiques. Synchroniser ces dynamiques permettra de transformer des objectifs communs en réalisations concrètes tout en renforçant l’autonomie africaine.
En cinq ans, l’IDM a démontré sa capacité à concrétiser ses engagements. Désormais, sa valeur se mesurera à un niveau d’exigence supérieur : les pays en développement parviennent-ils à produire davantage, à valoriser leurs ressources et à créer des emplois durables ? La première phase a prouvé que l’IDM savait orchestrer la coopération ; la suivante devra démontrer sa capacité à ancrer un développement autonome.
DARYL SWANEPOEL : PDG de l’Inclusive Society Institute, en Afrique du Sud