| 2026-10-08 |
La mémoire vive des peuples frères |
| VOL. 18 / OCTOBRE 2026 par WANG WENYE · 2026-10-08 |
| Mots-clés: prix de l’Orchidée ; alliance sino-africaine |
Soixante-dix ans d’échanges ont forgé une alliance sino-africaine où la mémoire et la culture priment désormais sur les chiffres. Décryptage avec le chercheur Yoro Diallo

Participants à la réunion du jury du prix de l’Orchidée 2026 à Beijing, le 4 septembre. (COURTOISIE)
Alors même que la Chine et le continent africain célèbrent en 2026 le 70e anniversaire de l’établissement de leurs relations diplomatiques, leurs échanges connaissent aujourd’hui un essor sans précédent sur la scène internationale. Pour Yoro Diallo, lauréat du Prix de l’amitié du gouvernement chinois en 2024, chercheur malien et directeur exécutif du Centre d’études francophones à l’Institut d’études africaines de l’Université normale du Zhejiang, ce partenariat d’exception s’appuie fermement sur un ancrage historique à la fois solide et vivant, tout en réussissant à se réinventer constamment au fil des décennies.
Une amitié forgée par l’histoire
À lui seul, l’itinéraire à la fois personnel, diplomatique et académique de M. Diallo illustre de manière éloquente toute la réalité, la continuité et la profondeur de cette proximité fraternelle. Après une expérience marquante d’un tout premier voyage effectué en terre chinoise en 2001, il y revient en 2011 pour inscrire son parcours dans la durée, avant de se voir nommé, en 2013, premier conseiller de l’ambassade du Mali en Chine. Depuis 2017, c’est désormais en qualité de chercheur qu’il y poursuit activement ses travaux, tout en s’investissant pleinement et durablement au cœur des institutions culturelles, notamment au sein du Musée africain et du Musée des échanges Chine-Afrique.
Rappelant avec insistance le chemin parcouru et l’inscription de ces liens dans l’histoire, il a tenu à remettre en perspective les étapes majeures de ce rapprochement. « Les relations entre la Chine et l’Afrique se sont développées sur une longue période, notamment depuis la Conférence de Bandung en 1955 et les premières visites de dirigeants chinois en Afrique dans les années 1960. La création du Forum sur la Coopération sino-africaine en 2000 a ensuite donné un nouvel élan à cette coopération. La Chine et l’Afrique sont en train d’écrire leur propre histoire », a-t-il affirmé lors de son entretien avec China.org.cn.
Cette année, cette relation historique franchit un nouveau cap avec la célébration de l’« Année sino-africaine des échanges humains et culturels ». Lancée le 8 janvier au siège de l’Union africaine à Addis-Abeba, cette ambitieuse initiative suscite déjà la mise en œuvre d’un programme riche, dense et prometteur.
Temps fort de ce calendrier et illustration concrète de ce renouveau, la Rencontre poétique des fleurs de pommier sauvage s’est tenue le 3 avril à Beijing. Placée sous le thème « Épanouissement des fleurs de pommier sauvage, épanouissement des civilisations », cette manifestation d’envergure a ainsi réuni plus de 200 invités issus d’horizons divers, parmi lesquels figuraient de nombreux diplomates et représentants officiels venus de plus de 30 nations africaines.
Une coopération en pleine diversification
Au fil des décennies, la dynamique de coopération s’est nettement élargie. Si la construction et la modernisation des infrastructures demeurent encore un pilier, une multitude d’autres secteurs connaissent aujourd’hui un essor considérable : le commerce, l’agriculture, l’éducation, les télécommunications, l’économie numérique, les technologies vertes, la santé et la culture. Témoignage éclatant de cette dynamique, le volume du commerce sino-africain a d’ailleurs atteint en 2025 un niveau record de 348,05 milliards de dollars, enregistrant ainsi une progression de 17,7 % sur un an.
Selon l’analyse de M. Diallo, cette mutation profonde témoigne d’une maturité croissante : ce partenariat stratégique ne se cantonne plus désormais au traitement des seuls besoins matériels, mais privilégie au premier chef le partage d’expériences, la transmission croisée et l’élaboration concertée de solutions communes, la dimension humaine y devenant centrale.
Il souligne à ce titre que l’ambition portée par cette année thématique réserve une place de choix aux aspirations des jeunes générations, au renforcement des échanges universitaires, à la diffusion et l’apprentissage de la langue chinoise, tout en ouvrant de vastes perspectives autour de l’intelligence artificielle et des nouvelles technologies.
« Les jeunes sont l’avenir. Les jeunes africains étudiant en Chine devraient mieux connaître la société chinoise, sa langue et sa culture, avant de transmettre cette expérience dans leurs pays », précise M. Diallo.

Yoro Diallo lors de la conférence de presse du prix de l’Orchidée 2026 à Beijing, le 4 septembre. (COURTOISIE)
Le dialogue des civilisations comme passerelle
Au-delà des simples relations matérielles, les échanges culturels jouent un rôle fondamental dans la pérennité de cette amitié. Institué en 2022 sous l’impulsion du Groupe de communication internationale de Chine, le prix de l’Orchidée a pour vocation d’honorer et de mettre en lumière les acteurs et les institutions étrangers qui œuvrent au rapprochement des cultures, à la compréhension mutuelle et au développement soutenu du dialogue intercivilisationnel.
C’est dans cette perspective que s’est réuni, le 6 septembre à Beijing, le jury de la troisième édition. Rassemblant 23 personnalités éminentes venues de dix pays parmi lesquels figurent notamment la Chine, le Mali, les États-Unis ou encore le Royaume-Uni, ce cénacle international a sélectionné dix lauréats d’exception, répartis au sein de trois catégories distinctes. L’ensemble de leurs noms sera officiellement dévoilé et célébré à l’occasion de la cérémonie de remise des prix prévue plus tard cette année.
Aux yeux de M. Diallo, ces distinctions incarnent avant tout « un pont entre les peuples ». Dans un paysage mondial souvent traversé par les tensions et les incertitudes, la recherche d’un dialogue authentique entre les civilisations offre un moyen précieux de surmonter les préjugés, de dissiper les idées reçues et d’éclairer la réalité vivante de chacun. « Le prix de l’Orchidée joue un rôle de communication et d’encouragement pour les jeunes africains à se dépasser, à mieux comprendre la coopération sino-africaine et à s’engager dans cette coopération pour le bien-être des peuples chinois et africain », ajoute-t-il.
Faire entendre la voix sino-africaine
Pour le chercheur malien, la pérennité et la profondeur de ces relations dépendent désormais largement d’un rééquilibrage de la pensée et du récit. M. Diallo estime ainsi que le renforcement durable de ces liens exige un engagement bien plus affirmé et rigoureux de la part des universitaires, intellectuels et acteurs des médias africains dans la production, la diffusion et le partage des savoirs. « Nous devons nous-mêmes participer à la diffusion de notre histoire, raconter notre propre histoire », soutient-il lorsqu’il est interrogé sur les leviers essentiels permettant de contrebalancer l’influence et la prédominance encore très ancrées des milieux médiatiques et académiques occidentaux.
C’est précisément à cette souveraineté intellectuelle que le chercheur convie les nouvelles générations. Il invite les jeunes africains à diversifier leurs sources, à exercer leur discernement et à aiguiser leur esprit critique, afin de devenir des acteurs à part entière de la production de connaissances sur leur continent et sur ses partenariats internationaux.
Dès lors, les synergies et les passerelles à bâtir entre universitaires, médias et groupes de réflexion doivent nourrir une compréhension mutuelle profonde et durable. En partageant leur expérience à leur retour, les étudiants et professionnels africains formés en Chine deviennent les passeurs essentiels de cette mémoire, constituant le cœur battant et le moteur de cette dynamique.
WANG WENYE, journaliste à China.org.cn
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