| 2026-10-08 |
Prendre son envol |
| VOL. 18 / OCTOBRE 2026 par LI YIN · 2026-10-08 |
| Mots-clés: formation professionnelle ; jeunes Africains |
La formation professionnelle en Chine, tremplin des jeunes Africains

Participants à l’ATC, à Weifang (province du Shandong), le 29 août. (PHOTOS : COURTOISIE)
À Weifang, dans la province du Shandong (est de la Chine), une salle de compétition hérissée d’écrans et de machines accueille de jeunes Africains. Les yeux rivés sur leur tâche, les participants s’affairent dans une concentration extrême : ils déboguent du code, ajustent les mouvements sur les postes de travail, vérifient chaque opération avec minutie.
La 11e édition de l’Africa Tech Challenge (ATC) s’est ouverte le 28 août à Weifang, réunissant 68 étudiants venus d’Afrique du Sud, du Cameroun, du Ghana, du Rwanda, du Sénégal et du Zimbabwe. Tous étudient en Chine au titre du plan « Avenir de l’Afrique » de coopération sino-africaine dans l’enseignement professionnel.
Cette année, le concours comptait deux catégories : les applications de la robotique industrielle et celles des automates programmables. Ce choix traduit l’évolution des besoins en compétences techniques, à l’heure où les économies africaines misent sur l’industrialisation et l’essor manufacturier. Les automates équipent largement les chaînes de production, tandis que la robotique industrielle relève d’un domaine plus pointu de la fabrication intelligente.
Plus qu’un concours, l’ATC relie désormais enseignement professionnel, formation industrielle et échanges entre jeunes Chinois et Africains.
Du tableau noir à l’atelier
L’ATC a vu le jour en 2014, dans le cadre des programmes d’enseignement professionnel menés par AVIC Innovation en Afrique. Depuis plus d’une décennie, le concours s’est étendu des domaines étroitement liés à l’usinage traditionnel à un éventail plus large de disciplines techniques, dont l’usinage à commande numérique, l’informatique et le dessin technique du bâtiment. Il a réuni à ce jour des participants de 14 pays africains, et 2 000 enseignants et étudiants ont bénéficié du programme.
Selon Shi Yue, directeur de l’ATC, l’événement a été conçu dès l’origine pour allier formation et compétition, plutôt que pour simplement réunir des étudiants le temps d’une brève épreuve.
La raison en était simple : au départ, bien des candidats n’avaient guère pu suivre de formation pratique intensive. Or, explique-t-il, un concours sans préparation suffisante ne servirait qu’imparfaitement la vocation éducative du programme.
Lors des précédentes éditions organisées en Afrique, des experts et enseignants chinois dispensaient une formation intensive avant le concours, passant parfois quelque cinq semaines auprès des étudiants. Cette préparation devait non seulement améliorer leurs résultats, mais aussi leur apporter des compétences pratiques utiles sur le marché du travail. Pour chaque participant, le certificat de formation attestant les savoir-faire acquis constitue un précieux atout.
Plutôt que de se cantonner à une seule opération technique, le programme conjugue de plus en plus formation professionnelle et applications industrielles concrètes. Le candidat ghanéen Piiru Sampson en a mesuré tout l’intérêt.
Inscrit en génie mécanique à l’Institut professionnel de Weifang, M. Sampson avait abordé les automates programmables dans son cursus, mais ses connaissances restaient largement théoriques. « Avant la formation, j’avais quelques notions de commande programmable, mais ce n’était qu’un savoir livresque. Je ne pouvais pas l’appliquer », confie-t-il à CHINAFRIQUE.
La formation lui a appris à faire fonctionner les machines et, surtout, à aborder les problèmes avec méthode. Face à un programme récalcitrant, il sait désormais cerner l’anomalie, la déboguer et la résoudre pas à pas.
Pour lui, l’expérience a aussi débordé le cadre technique. Travailler avec des enseignants chinois l’a contraint à franchir la barrière de la langue, tandis que le rythme intensif de la formation l’a rendu plus économe de son temps et plus rigoureux dans son organisation. Concourir aux côtés d’étudiants d’autres pays lui a donné confiance en ses capacités.

Participants à l’ATC s’apprêtant à faire voler leurs cerfs-volants faits main, à Weifang (province du Shandong), le 30 août.
Un concours qui ouvre des portes
Pour certains, l’ATC est devenu une passerelle vers des possibilités qui dépassent largement le cadre du concours.
Le Kényan Victor Ngumbau Mue a découvert l’ATC alors qu’il étudiait à l’Université technique du Kenya. En 2023, il y a décroché la première place en usinage à commande numérique. Ce prix lui a valu une bourse d’études à l’Université Beihang, en Chine.
Aujourd’hui, après deux ans sur ce campus, il estime que l’expérience a élargi ses horizons au-delà de ses études techniques et se dit reconnaissant de l’excellent enseignement reçu. « Pouvoir étudier à Beihang a été une chance formidable, que m’a offerte l’ATC », partage-t-il, avant de poursuivre : « Même si tout le monde n’a pas la chance de venir étudier en Chine, les compétences acquises en chemin sont très importantes. Elles permettent aux Africains de découvrir la machine et d’entrevoir ce qu’ils peuvent faire de plus avec la machine et la programmation. »
Il espère voir ce concours gagner en notoriété en Afrique et permettre à davantage de personnes de progresser dans leur métier comme dans leur carrière. Lui-même compte appliquer les résultats de ses recherches à des projets de génie civil au Kenya, en surveillant les infrastructures par drone.
Au fil des ans, M. Shi a également vu évoluer les candidats africains eux-mêmes. Ceux d’aujourd’hui sont de plus en plus sûrs d’eux, curieux des nouvelles technologies et avides d’explorer comment les technologies qu’ils découvrent en Chine pourraient, à terme, servir en Afrique. L’enseignement professionnel acquiert ainsi une portée qui dépasse l’emploi individuel.
Un jeune formé aux métiers de la technique peut devenir ingénieur, technicien, enseignant ou entrepreneur. Selon M. Shi, certains anciens participants ont rejoint des entreprises chinoises présentes en Afrique ; d’autres sont rentrés dans leur pays pour enseigner ou créer leur propre activité.
Au-delà de l’atelier
Peu à peu, l’ATC a intégré la culture à côté de la formation technique. En partenariat avec les Instituts Confucius locaux, les éditions précédentes ont notamment fait découvrir l’imprimerie à caractères mobiles, la peinture de masques de l’opéra de Pékin et la calligraphie ; cette année, les participants se sont aussi initiés, après les épreuves, à l’art du cerf-volant, emblème de Weifang. Les organisateurs considèrent ces activités comme un moment de détente et d’échanges culturels, permettant aux étudiants de comprendre la Chine au-delà de la salle de classe et de l’atelier.
Ces expériences donnent une dimension supplémentaire à une compétition centrée sur les machines, la programmation et les normes techniques. Un concours de métiers devient ainsi plus qu’une simple joute.
Pour M. Shi, le partage des savoir-faire et les échanges humains et culturels vont de pair : venus se former en Chine, les étudiants découvrent à la fois un enseignement, des technologies et une culture, tandis que ceux qui rentrent en Afrique peuvent faire rayonner cette expérience dans leur carrière et leur communauté.
À mesure que la Chine et les pays africains approfondissent leur coopération éducative, ces échanges peuvent aider les jeunes Africains à acquérir des compétences techniques utiles à leur développement, tout en les plongeant dans le système chinois d’enseignement professionnel.
En 2026, alors que la Chine et l’Afrique célèbrent le 70e anniversaire de leurs relations diplomatiques et mettent à l’honneur les échanges humains et culturels, le parcours de ces jeunes illustre comment se construit une coopération centrée sur l’humain : classe après classe, atelier après atelier, défi après défi.