| 2026-10-08 |
Grandir avec la terre |
| VOL. 18 / OCTOBRE 2026 par XIE HAO et LI LIJIN · 2026-10-08 |
| Mots-clés: impact humain et social |
Dix ans après avoir repris l’une des plus grandes mines de cuivre-cobalt d’Afrique, un groupe chinois affiche, au-delà de ses indicateurs de production, un second bilan : celui de son impact humain et social

Cours de géographie dans une classe de l’école primaire Mukaka. (PHOTOS : COURTOISIE)
Au camp minier de Tenke Fungurume Mining (TFM), dans le sud de la République démocratique du Congo (RDC), une carte des villages entourant Fungurume orne le bureau de Gérard Kamiji Lwendela. Pourtant, il y passe bien peu de temps.
On le croise plutôt sur un sentier de brousse ou assis à l’ombre d’un grand arbre, à l’entrée d’un hameau. Sa venue s’ébruite si vite que chaises en plastique et tabourets surgissent avant lui.
Les anciens prennent place au premier rang ; derrière eux, les enfants tendent le cou. M. Lwendela écoute l’égrenage des doléances, telles qu’un puits défaillant ou une piste emportée par les pluies, et les consigne dans un carnet déjà noirci par les villages précédents.
M. Lwendela exerce comme coordinateur des relations communautaires de TFM, poste créé par la mine dans le cadre de sa concertation avec les villages voisins. « Relayer, écouter, concilier » : c’est en trois mots qu’il résume 18 années de métier.
Entre Tenke et Fungurume, les deux villes encadrant la concession, TFM a produit ses premières cathodes de cuivre en 2009. En 2016, CMOC, groupe minier né à Luoyang (province chinoise du Henan) et basé à Shanghai, a repris le projet à l’américain Freeport-McMoRan, puis a développé le gisement voisin de Kisanfu Mining (KFM). Cette année, cela fait dix ans que l’équipe chinoise dirige TFM.
Le Code minier congolais oblige les grands exploitants à signer, avec les riverains, un cahier des charges sociétal. Celui de TFM, conclu en 2021, l’engage sur cinq ans pour un budget de plus de 31 millions de dollars. CMOC affirme avoir investi au total 325 millions de dollars dans des projets communautaires depuis le début de l’exploitation.

Une coordinatrice de liaison communautaire de KFM (à droite), au centre de santé Dikanda.
Gagner sa vie, gagner sa place
Stanley Marangani Lufanga, habitant de Tenke, est père de dix enfants. C’est aussi pour ses chèvres qu’on le connaît alentour. Il a intégré le programme d’élevage de TFM avec cinq chèvres et deux boucs. Les agronomes de la mine venaient le former aux techniques de reproduction et à la prévention des maladies ; lorsqu’une bête tombait malade, son premier réflexe, confie-t-il, était de les appeler.
Le troupeau s’est développé plus vite que prévu : il comptait 38 bêtes au bout de 20 mois à peine. Une fois quelques animaux vendus et son prêt remboursé, il lui en est resté 18, ainsi que 600 dollars, de quoi financer la scolarité de ses enfants et bâtir une maison en briques, dont une pièce réservée aux chèvres. Il lui arrive même, avoue-t-il, d’y dormir avec elles de peur qu’on ne les lui vole la nuit.
Le chef traditionnel Mwanga Kivula Bwanikwa cultive ses terres avec l’appui de TFM depuis 2008. Le cahier des charges de 2021 a ramené le remboursement de son prêt d’intrants de 556 à 200 seaux de maïs par hectare, lui laissant plus de récolte à garder ou à vendre. Il exhorte désormais les autres chefs à écouter attentivement les agronomes.
Sur l’un des bassins de rétention de TFM, Agathe Mikombe est la seule femme parmi des dizaines d’ouvriers. Sa mission consiste à inspecter la géomembrane qui préserve nappes phréatiques et végétation des eaux usées : un accroc invisible à l’œil profane pourrait causer une fuite qui passerait inaperçue pendant des mois.
Après huit ans à ce poste, elle l’assure : le plus difficile n’a jamais été la technique, mais la légitimité à conquérir pour diriger une équipe d’hommes, dans un secteur où l’on n’imaginait guère une femme aux commandes. Son salaire lui a depuis permis de scolariser ses enfants et de bâtir sa maison.
Non loin de là, Christelle Lwaba s’occupe du traitement de l’eau. Spécialiste chevronnée de l’épuration des eaux usées minières, elle a également formé salariés et riverains. En février, elle a reçu un AWIMA Leadership Award pour le développement communautaire et l’impact social. Elle a par ailleurs cofondé le Women in Science Network, réseau qui encourage les jeunes Congolaises à faire carrière dans les sciences et l’ingénierie.
Selon le rapport annuel 2025 de CMOC, TFM a réussi un nouvel audit confirmant qu’elle remplit les 32 critères du Copper Mark, référentiel international du cuivre responsable. L’entreprise a en outre publié l’an dernier son premier rapport financier relatif au climat.

Moment d’échange entre le personnel de CMOC et les habitants.
Ce dont hérite la relève
Makuya Omba Tessie, 19 ans, a grandi à Fungurume et étudie désormais à plus de 10 000 km de là, à l’Université du Centre-Sud de Changsha. Enfant, elle a fréquenté une école communautaire financée par TFM ; au secondaire, majeure de promotion en filière mines et carrières, elle a obtenu une bourse pour la Chine via le programme « 100 talents miniers » de CMOC, qui offre un cursus universitaire complet à l’étranger.
Lors du passage des journalistes, son père conversait avec elle en visioconférence, le téléphone calé dans la cuisine. Interrogée sur l’avenir, elle a exprimé son aspiration profonde : « Devenir d’abord l’espérance de ma famille, puis de ma communauté, et enfin des Congolaises du secteur minier. »
Au centre de santé Dikanda, près de KFM, la sage-femme Marie exerce dans ce coin du Katanga depuis plus de 20 ans. Elle se souvient du temps où l’absence d’infrastructure poussait la plupart des femmes à accoucher chez elles.
Un nouveau centre, financé et achevé par KFM en 2025, a changé la donne : salles de soins, laboratoire, maternité, 20 lits et dix soignants. La communauté dispose enfin d’une structure médicale moderne. « Certaines mères, je les ai sauvées », confie Marie en évoquant celles qu’elle y a accompagnées.
Selon TFM, son fonds communautaire a contribué à édifier ou rénover près de 20 écoles autour de Fungurume, sans compter les puits, routes et postes de santé financés. Le rapport annuel 2025 de CMOC affiche un bénéfice net part du groupe s’élevant à 20,34 milliards de yuans (2,86 milliards de dollars), en hausse de 50,3 % sur un an, porté par de solides volumes. La production de cuivre a atteint le niveau record de 741 100 tonnes, portée par l’essor de TFM et KFM.
Albert, électricien chez TFM depuis 18 ans, décrit la croissance de la mine en termes très concrets : de nouvelles lignes de production, plus d’équipements, plus de personnel qualifié. « La mine a grandi », conclut-il. « Et maintenant, mes enfants ont eux aussi une vraie chance d’y construire leur avenir. »
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