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  2026-10-08
 

L'étudiant bâtisseur de ponts

VOL. 18 / OCTOBRE 2026 par Embalo Mama Samba  ·   2026-10-08
Mots-clés: études en Chine ; liens

Comment ses études en Chine ont forgé sa volonté de resserrer les liens 

​Participation d’Embalo Mama Samba au 6e Dialogue Chine-Afrique des jeunes leaders à Chengdu (province du Sichuan), en juillet. (COURTOISIE) 

Vivre et étudier en Chine m’a offert l’opportunité d’appréhender ce pays sous des angles multiples et complémentaires. 

​Mon intérêt pour la Chine est né dès l’enfance, au fil des films de kung-fu. Ce qui n’était alors qu’une simple fascination pour le septième art s’est mué peu à peu en attrait pour la culture chinoise ; puis, en grandissant, j’ai mesuré chaque jour davantage le développement fulgurant du pays, de l’éducation et des sciences et technologies jusqu’aux infrastructures et à l’innovation. 

​C’est à Beijing que mon aventure a débuté : j’y ai vécu ma première immersion au cœur de la société chinoise. Métropole internationale profondément enracinée dans l’histoire et les traditions, la capitale rassemble des universités de premier plan, une population cosmopolite et un alliage singulier d’héritage et de modernité. Son avance technologique, ses infrastructures et le confort de la vie quotidienne m’ont particulièrement marqué ; j’y ai découvert des habitants accueillants, toujours prompts à prêter main-forte aux étrangers. 

​Vivre et étudier à Shanghai m’a offert une tout autre perspective. Vaste métropole dynamique, la ville vibre au rythme des affaires, de l’innovation et des échanges mondiaux. Au cœur de ce grand centre économique et financier, j’ai pu observer la manière dont la Chine dialogue avec le reste du monde, tout en poursuivant mon parcours universitaire et professionnel. 

​Au-delà de Beijing et de Shanghai, j’ai visité 
18 autres villes. Parcourir ainsi diverses régions a enrichi ma connaissance du pays, en me faisant découvrir une mosaïque de cultures locales, de modes de vie, de dynamiques économiques et de modèles de développement. 

​Chaque étape m’a dévoilé un nouveau visage de la Chine, me faisant apprécier davantage sa remarquable diversité comme son immense étendue.   

Embalo Mama Samba visitant une usine de fabrication  de machines agricoles à Weifang (province du Shandong),  le 6 août. (HU FAN) 

Un terreau pour grandir 

Mon expérience en Chine s’est révélée très enrichissante. J’en viens aujourd’hui à percevoir ce pays comme un cadre où il reste tant à apprendre pour qui veut saisir les opportunités. Si ma formation universitaire a joué un rôle majeur, les enseignements tirés hors des amphithéâtres se sont avérés tout aussi précieux : maîtrise de la langue, immersion culturelle, constitution de réseaux et expérience du terrain. 

Ce parcours m’a incité à agir comme un trait d’union entre la Chine et l’Afrique, et plus particulièrement avec mon pays, la Guinée-Bissau. À travers mon projet de conseil, j’ambitionne d’accompagner les entrepreneurs de Guinée-Bissau et du continent dans leur prospection du marché chinois, tout en éclairant les partenaires chinois sur le potentiel qu’offrent la Guinée-Bissau et les autres marchés africains. 

L’idée de fonder la Confédération des étudiants africains en Chine est née de mon engagement en tant que responsable étudiant et de mon désir sincère de servir ma communauté, mon pays et notre continent. En 2023, avec plusieurs camarades, je me suis attelé à relancer et restructurer l’Association des étudiants bissau-guinéens en Chine, au service de la cohésion, de l’excellence académique et de l’avenir de ses membres. 

Il est vite apparu que ces préoccupations concernaient aussi les étudiants d’autres pays africains : l’intégration universitaire, l’accès à l’information, les conditions de vie, l’adaptation culturelle et le dialogue avec les institutions. Dès la fin 2023, nous avons engagé des échanges en vue d’établir une plateforme continentale de coopération. 

Le projet a pris une réelle ampleur en 2024. En 2025, notre équipe a organisé la première Conférence internationale des associations d’étudiants africains en Chine, rassemblant les délégués d’une vingtaine de pays du continent. C’est lors de la deuxième édition, en 2026, que la Confédération des étudiants africains en Chine a officiellement vu le jour. 

Le principe est fort simple : nos identités nationales demeurent fondamentales, mais notre identité africaine commune nous impose un devoir supplémentaire, celui de coopérer. La Confédération offre un cadre continental d’unité, de solidarité et d’entraide. Loin de se substituer aux associations nationales, elle vient les compléter et aborde les enjeux communs à tous les étudiants africains. Sa présidence tournante en fait un bien collectif au service de toute la communauté. 

Notre ambition est de transmettre aux générations futures une institution pérenne qu’elles pourront consolider et faire grandir. 

J’invite les étudiants africains en Chine à considérer leur séjour comme bien plus qu’une simple parenthèse académique. Apprenez la langue, saisissez les subtilités de la société, tissez des liens durables et explorez des horizons au-delà de vos seules disciplines. Surtout, interrogez-vous sur la manière dont vous mettrez à profit les connaissances et opportunités qui vous ont été offertes. 

Poursuivre des études à l’étranger doit enrichir nos compétences tout en aiguisant notre sens des responsabilités. Si nous mobilisons cette expérience pour créer des opportunités, fortifier nos communautés et resserrer les liens sino-africains, nos années en Chine apporteront une contribution essentielle à l’Afrique de demain.   

Devenir un pont entre la Chine et l’Afrique 

Arrivé à maturité, le partenariat sino-africain ne s’inscrira dans la durée qu’à travers une coopération pragmatique, équilibrée, respectueuse et concrète pour les citoyens. C’est précisément sur ce terrain que la jeunesse a un rôle déterminant à jouer. 

Les étudiants africains en Chine occupent une position privilégiée : nous vivons au quotidien en Chine, de l’intérieur, tout en restant profondément attachés à nos familles, nos communautés et nos nations. Nous possédons ainsi la capacité et, j’ose le dire, le devoir d’édifier en toute connaissance de cause de véritables passerelles entre ces deux mondes. 

En Chine, beaucoup ne perçoivent encore la richesse et les réalités de l’Afrique qu’à travers un filtre éloigné, de même que nombre d’Africains n’appréhendent la Chine que de loin. Les étudiants et jeunes professionnels imprégnés de ces deux cultures sont en mesure de dissiper les idées reçues, de traduire fidèlement les réalités culturelles, d’établir des réseaux professionnels et académiques, de créer des entreprises, de stimuler la recherche conjointe et de transformer la sympathie mutuelle en partenariats concrets. 

L’avenir des relations sino-africaines ne dépendra pas uniquement des gouvernements et des grandes institutions. Il reposera tout autant sur la faculté de la jeune génération à transformer les échanges éducatifs et culturels d’aujourd’hui en leviers d’innovation, de partenariat et de développement partagé pour demain.

Embalo Mama Samba, étudiant bissau-guinéen en master à l’Université des sciences et technologies de Chine orientale 

 
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