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  2026-10-31
 

L'opportunité d'une « stabilité stratégique » sino-américaine

VOL. 18 / NOVEMBRE 2026 par CHARLES ONUNAIJU  ·   2026-10-31
Mots-clés: contexte mondial ; pays africains

L’évolution du contexte mondial pourrait donner aux pays africains une plus grande marge de manœuvre pour poursuivre leurs propres priorités de développement et élargir leurs partenariats internationaux 

Participants assistant au Forum des affaires Kenya-Chine sur le traitement tarifaire zéro à Nairobi, au Kenya, le 23 mars.(PHOTOS : XINHUA)

Du 23 au 25 septembre, le Président chinois Xi Jinping a effectué une visite d’État très attendue aux États-Unis, faisant suite à la visite d’État du Président américain Donald Trump en Chine en mai. Dans les cercles de politique étrangère du monde entier, la relation bilatérale sino-américaine est considérée comme la plus importante au monde, avec des répercussions considérables bien au-delà des deux pays directement concernés. En moins d’un an, ces visites successives des deux dirigeants ont démontré que la crainte d’un effondrement mondial résultant d’un potentiel affrontement entre ces deux grandes puissances peut être gérée et orientée vers la stabilité mondiale. 

Alors que les deux Présidents devraient se rencontrer à deux reprises d’ici la fin de l’année à Shenzhen lors de la réunion de l’APEC et à Miami pour le Sommet du G20, les deux pays poursuivront leur engagement en faveur de la stabilité stratégique. L’importance de ces rencontres pour le monde, en particulier pour l’Afrique, est capitale. 

Frontière mondiale essentielle pour les minéraux critiques indispensables aux transitions énergétiques et rempart contre la dégradation climatique, le continent africain est assurément à l’avant-garde du nouvel ordre mondial et un acteur majeur de la stabilité stratégique à laquelle la Chine et les États-Unis se sont engagés. 

 Tri d’avocats à Sanmark, entreprise chinoise de transformation d’huile d’avocat, à Nairobi, au Kenya, le 28 mai.

Au-delà des rivalités 

L’évolution des relations sino-
américaines, façonnée par des consultations et des dialogues politiques de haut niveau, ouvre la voie à des perspectives plus prometteuses pour l’Afrique. La stratégie chinoise de facilitation du commerce en Afrique, qui a évolué progressivement et a récemment abouti à l’exemption des droits de douane sur l’ensemble des lignes tarifaires pour les 53 pays africains entretenant des relations diplomatiques avec la Chine, constitue un puissant moteur de transformation structurelle des économies de ces pays. 

En août, le Sénat américain a approuvé la prolongation de deux ans de la Loi sur la croissance et les opportunités économiques en Afrique (AGOA), maintenant ainsi l’accès en franchise de droits à plus de 1 800 produits en provenance des pays africains éligibles jusqu’en décembre 2028. Après 25 ans d’application aux résultats mitigés, cette prolongation, bien que limitée à 32 pays d’Afrique subsaharienne, est largement perçue comme un soulagement.  

Ces mesures de facilitation du commerce indiquent que les perspectives commerciales internationales de l’Afrique sont plus favorables. Le dispositif émergent de coopération sino-américaine est porteur de grandes promesses pour l’Afrique, qui n’aurait pas à choisir son camp, mais pourrait collaborer avec les deux parties. Bien que les profondes fixations idéologiques qui ont largement façonné la politique américaine envers la Chine, ainsi que la vision américaine concernant l’engagement chinois en Afrique, ne soient pas censées disparaître d’un coup de baguette magique entre grandes puissances, la direction prise est significative. 

Toutefois, les tendances manifestes à la coopération et leurs implications pour la stabilité stratégique offrent de plus grandes perspectives pour une meilleure gestion des relations entre grandes puissances. Les développements récents ont montré que les turbulences géopolitiques et les perturbations commerciales ne profitent à personne. 

Les tentatives précédentes des États-Unis pour provoquer des perturbations du commerce international par l’imposition arbitraire de droits de douane n’ont apporté aucun avantage significatif. Les droits de douane massifs imposés par ces derniers, qui ont frappé les entreprises américaines et les ont contraintes à revoir entièrement leur stratégie, ont incité à reconsidérer le plan initial. De plus, l’arrêt historique de la Cour suprême des États-Unis, qui a invalidé ces droits, a renforcé l’idée que ces mesures étaient contre-
productives. Les tensions géopolitiques résultant des attaques américano-
israéliennes contre l’Iran ont alimenté une crise énergétique mondiale, faisant flamber les prix dans le monde entier, mais plus fortement aux États-Unis, en Europe et en Afrique. La Chine a plaidé avec force pour un retour à un cadre multilatéral afin de résoudre la plupart des problèmes à l’origine des tensions internationales. Un sommet entre le dirigeant chinois et son homologue américain pourrait avoir une marge de manœuvre considérable pour influencer le paysage international et créer un environnement propice à la résolution de problèmes qui ont des conséquences importantes tant pour leur coopération bilatérale que pour le monde entier. 

Chargement de camions de fabrication chinoise à destination de la Côte d’Ivoire au port de Yantai (province du Shandong), le 13 avril.  

Ouverture de l’Afrique 

Une Afrique qui n’aurait plus à choisir entre la Chine et les États-Unis, ni entre l’Orient et l’Occident, aurait de meilleures perspectives pour aller de l’avant, se projeter dans l’avenir et bâtir un partenariat mondial aussi large que possible sur les questions qui la préoccupent au plus haut point. Des ressources minérales stratégiques aux effets du changement climatique, en passant par la réduction de la pauvreté, le développement du capital humain, le commerce et l’investissement, les initiatives des grandes puissances pourraient converger et s’articuler avec les priorités africaines pour produire des résultats concrets et mutuellement bénéfiques. Il s’agit notamment des quatre initiatives mondiales proposées par la Chine, de l’engagement des États-Unis en faveur d’un partenariat plutôt que d’une logique patrimoniale, ainsi que de la réorientation de la politique de l’Union européenne, qui évolue d’une aide économique de base vers un partenariat plus large. 

L’attrait de l’Afrique en tant que pilier fiable de la stabilité internationale peut ainsi se traduire par une contribution significative à la paix mondiale stratégique. L’amélioration continue de la coopération bilatérale sino-américaine permettra d’éclairer la situation internationale et de mieux garantir que les pays du monde entier, en particulier ceux d’Afrique, peuvent agir dans leur propre intérêt et contribuer à la préservation du système international, sans être considérés comme des instruments des grandes puissances. Le fait d’être perçu comme un acteur indépendant sur la scène internationale, sans être lesté par l’alignement idéologique sur un allié, constitue un acquis important de la coopération entre grandes puissances. Cette autonomie contribue à préserver les relations internationales des dérives liées aux considérations politiques. 

Toutefois, bien que la tendance à la coopération soit susceptible de se maintenir, la principale garantie d’un ordre international stable demeure le système multilatéral, avec le système des Nations unies en son cœur. L’Initiative chinoise pour la gouvernance mondiale représente une contribution essentielle et une voie importante vers un ordre mondial inclusif, à la fois participatif et axé sur l’obtention de résultats concrets. 

Au fil des ans, l’Afrique a connu des engagements internationaux souvent décevants qui ne se sont pas traduits en résultats pratiques, à l’exception du partenariat sino-africain. Cependant, un système international fondé sur l’état de droit et des institutions inclusives engendrerait un engagement ferme, où les nations, notamment les grandes puissances, s’expriment avec clarté et concrétisation. Les relations bilatérales sino-américaines, qui progressent dans la bonne direction grâce aux consultations et à la 
coopération, ne seront pas une baguette magique qui fera disparaître tous les problèmes mondiaux, en particulier les problèmes et les préoccupations existentiels de l’Afrique, mais elles représentent certainement un nouveau chapitre prometteur dans la trajectoire du monde, et chaque petit pas qu’elles franchissent mérite l’optimisme qu’il génère.

CHARLES ONUNAIJU : Directeur du Centre d’études chinoises à Abuja, au Nigeria 

 
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