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  2026-05-07
 

Poser des jours de congés

VOL. 18 / MAI 2026  ·   2026-05-07
Mots-clés: congé

Cette rubrique aborde un sujet unique à travers des perspectives chinoise et africaine. Ce mois-ci, nous explorons l’importance de s’octroyer du temps libre et l’impact que cela peut avoir sur la productivité, la santé mentale et le succès à long terme. 


Les temps changent 

HU WANYING 

Spécialiste en marketing, 30 ans, Beijing 

 

L’affirmation selon laquelle les jeunes Chinois d’aujourd’hui seraient paresseux est devenue un refrain familier, s’opposant à l’ancien idéal valorisant le travail acharné et la persévérance. Ce contraste révèle une évolution des valeurs : les jeunes font des choix de carrière clairement différents. Là où autrefois les plus ambitieux se disputaient des postes bien payés dans des entreprises technologiques, beaucoup préfèrent désormais opter pour la stabilité et un rythme de vie équilibré, ce qui est souvent interprété comme un manque d’ambition. Mais une telle lecture ignore le contexte plus large dans lequel ces décisions sont prises. 

L’économie du travail est devenue plus transparente et les salaires élevés perdent leur attrait lorsqu’ils induisent des horaires à rallonge. La question n’est plus de savoir combien on gagne, mais à quel prix. Ce changement est renforcé par une prise de conscience croissante des risques associés au surmenage. Les cas de burn out et de maladies soudaines ont rendu les conséquences douloureusement visibles. Pour beaucoup, ce ne sont pas des avertissements abstraits, mais des réalités vécues, incitant à reconsidérer les priorités. Choisir l’équilibre n’est pas un acte de retrait, mais une réponse rationnelle à ces risques. 

L’expérience générationnelle joue également un rôle crucial. Les générations précédentes ont travaillé dans des conditions de pénurie, où l’effort était directement lié à la survie et à l’ascension sociale. La génération actuelle, en revanche, a grandi avec une plus grande sécurité. Cela ne la rend pas complaisante mais lui donne plutôt la liberté de définir le succès en des termes plus larges. La capacité de refuser des conditions de travail néfastes est elle-même le fruit des sacrifices passés. 

En même temps, notre compréhension de la productivité a évolué. L’hypothèse selon laquelle des horaires à rallonge produisent automatiquement de meilleurs résultats est de plus en plus contestée. La recherche et l’expérience suggèrent que l’énergie et la concentration sont bien plus déterminantes. À cet égard, les heures supplémentaires excessives semblent moins relever du dévouement que de l’inefficacité. 

Tout cela ne signifie pas que le travail acharné a perdu sa valeur. Il y a encore des moments qui exigent un effort et un engagement soutenus. Mais cela signifie aussi reconnaître que le repos, la santé et la vie personnelle ne sont pas des obstacles au succès, mais plutôt des conditions pour y parvenir. Le véritable changement, par conséquent, n’est pas de passer de l’ambition à la paresse, mais de l’endurance à tout prix à une manière plus équilibrée et durable d’envisager sa vie et son travail. 

  

Trouver un équilibre 

GETAHUN ASSEFA TESSEMA 

Journaliste, producteur et animateur de télévision, 34 ans, Éthiopie 


Dans les cultures façonnées par la lutte, le repos n’a jamais été simple. En Éthiopie comme en Chine, il existe une fierté silencieuse dans l’endurance et la capacité d’aller de l’avant, quelle que soit la lourdeur de la charge. Le travail n’est pas seulement une question de survie, c’est une identité. Et s’en éloigner ? Cela a souvent nécessité bien plus qu’une simple demande. 

Il fut un temps où prendre des congés annuels n’avait rien à voir avec le repos. Il fallait un prétexte, une raison sérieuse et urgente pouvant adoucir le cœur de l’employeur. Mais les choses sont en train de changer avec la jeune génération qui réécrit les règles. Ce sont ces jeunes qui font du repos quelque chose de normal, non négociable. Aujourd’hui, ils disent simplement : « J’ai besoin de faire une pause » – non pas parce que quelque chose s’est mal passé, mais parce qu’ils comprennent ce qui peut arriver si on ne s’arrête jamais. Ils ne simulent pas l’épuisement pour gagner de la sympathie, ils revendiquent de l’espace sans s’excuser. Et ainsi, ils ne font pas que s’adapter au système, ils le refaçonnent. Lentement, la culture commence à bouger avec eux. 

D’après mon expérience, la frontière entre le dévouement et l’épuisement est plus fine que ce que nous voulons admettre. À certains moments, repousser ses limites semblait être la seule option, jusqu’à ce que l’esprit ralentisse, que la créativité s’estompe, et même que les tâches simples paraissent plus complexes. Il devient alors clair : le repos n’est pas l’opposé du travail, il en fait partie. Mais voici une vérité inconfortable : l’équilibre n’est pas toujours équilibré. Alors que certaines personnes apprennent à lever le pied, d’autres penchent trop dans la direction opposée. Il y a ceux qui abusent, confondant confort et croissance. Et tout comme l’épuisement professionnel, cela a ses propres conséquences. 

La vraie question n’est donc pas de savoir s’il faut se reposer ou travailler, mais comment concilier les deux sans perdre sa direction. Parce qu’en fin de compte, le succès durable n’est pas construit par ceux qui ne s’arrêtent jamais, ni par ceux qui ne commencent jamais. Il appartient à ceux qui comprennent le timing, la sagesse d’avancer et la discipline de prendre du recul. 

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