| 2026-06-03 |
Parentalité : faut-il être autoritaire ou permissif avec ses enfants ? |
| · 2026-06-03 |
| Mots-clés: éducation parentale ; caractère des enfants |
Cette rubrique aborde un sujet unique à travers des perspectives africaine et chinoise. Ce mois-ci, nous explorons comment les différentes approches en matière d’éducation parentale impactent le développement du caractère des enfants.

Résilience et équilibre émotionnel
TAIWO BLESSING OGUNSEYI
Conférencier nigérian, 38 ans, Yibin (province du Sichuan)
L’éducation parentale doit être intentionnelle et équilibrée : l’autorité excessive peut étouffer un enfant, tandis qu’un désengagement total peut le laisser sans repères. Dans de nombreuses sociétés africaines, l’éducation des enfants s’est traditionnellement fondée sur la discipline, le respect d’autrui et la résilience. « Il faut tout un village pour élever un enfant » n’est pas qu’un simple proverbe : tout aîné de la communauté peut corriger le comportement d’un enfant et n’hésite pas à le faire. On enseigne souvent très tôt aux enfants que la vie n’est pas facile et que la force naît de l’endurance face aux épreuves. La discipline n’est pas perçue comme une punition, mais comme une préparation aux réalités de la vie. Elle reflète la conviction qu’un enfant guidé avec fermeté deviendra un adulte responsable. Aujourd’hui encore, de nombreuses familles adhèrent à cette idée, considérant la structure, l’obéissance et l’éducation morale comme des fondements essentiels. Cependant, les pratiques parentales en Afrique évoluent progressivement. Dans mon pays, on constate une prise de conscience croissante du fait que, si la discipline est nécessaire, une sévérité excessive peut laisser des séquelles émotionnelles durables. Le véritable caractère se forge à travers des défis stimulants, et non les menaces et la crainte. L’« amour exigeant » est aujourd’hui remis en question, car certaines formes d’éducation stricte peuvent engendrer la peur, une distance entre parents et enfants ou une faible estime de soi. Cela conduit de nombreux parents à repenser leurs méthodes, en dosant plus efficacement la discipline. L’accent est progressivement mis sur l’éducation d’enfants respectueux et forts et émotionnellement stables et confiants. Les difficultés développent la résilience lorsqu’elles sont associées à un accompagnement, une compréhension et un soutien. Par ailleurs, l’éducation positive n’est pas intrinsèquement néfaste. Lorsque les enfants bénéficient d’un soutien affectif, d’opportunités et d’une liberté encadrée, ils sont plus susceptibles de développer confiance en eux et estime de soi. Par conséquent, la véritable question n’est pas de savoir si l’éducation parentale est trop stricte ou trop laxiste, mais si elle est intentionnelle et équilibrée. Dans le monde actuel en constante évolution, la meilleure approche se situe entre les deux. La discipline doit viser à éduquer et à corriger, non à intimider, tandis que l’amour doit guider, et non gâter. Les enfants ont besoin d’un cadre pour comprendre la responsabilité, mais aussi d’espace pour s’exprimer et développer leur esprit critique. Une éducation équilibrée offre les meilleures chances de former des individus à la fois résilients et émotionnellement épanouis.

Rien ne remplace l’attention parentale
DAI HUILIN
Professeure chinoise, 39 ans, Shaoyang (province du Hunan)
Depuis des générations, les parents débattent de la question de savoir s’il est mieux d’élever ses enfants dans la sobriété ou dans l’abondance. Pourtant, le véritable enjeu est rarement d’ordre financier. Il s’agit plutôt de la présence ou de l’absence d’attention parentale envers l’enfant. Certains pensent qu’il ne faut pas céder à toutes les demandes des enfants. Mais à trop entendre « C’est trop cher », les enfants cessent complètement de demander quoi que ce soit avec le temps. Puis la joie spontanée typique de l’enfance disparaît, laissant place à une gêne maladroite lorsqu’on leur fait un cadeau. D’autres adoptent l’approche inverse. Résultat : les enfants réclament constamment de nouveaux jouets alors qu’ils ne manquent de rien. Les parents travaillent sans relâche pour les satisfaire, se plaignant souvent de leur exubérance. À première vue, ces deux situations sont à l’opposé l’une de l’autre, mais en réalité, elles révèlent un manque d’attention à quelque chose de plus profond. L’insistance constante sur le coût inculque insidieusement aux enfants un sentiment de limitation et d’indignité. Offrir de nombreux biens matériels peut créer une perte de repères, de l’indifférence voire de la frustration. Les deux styles de parentalité restreignent le bon développement du caractère des enfants. L’abondance ou la rareté matérielle ne pourra jamais remplacer la richesse spirituelle, ni déterminer la qualité de l’éducation. Ce dont les enfants ont le plus besoin, c’est de la présence et l’implication de leurs parents. Au lieu de mettre en avant l’aspect trop onéreux, il serait bénéfique de proposer une activité à pratiquer ensemble. Et à l’inverse, au lieu de céder immédiatement à l’envie d’un nouveau jouet, suggérer de jouer avec ceux déjà présents. Dans ces moments-là, les enfants découvrent la créativité et la joie paisible du temps partagé. La sobriété aide les enfants à découvrir la simplicité et la résilience. L’abondance nourrit leur confiance et leur optimisme. Toutes deux reposent cependant sur le même fondement : une présence aimante. Aucun cadeau même coûteux ne peut la remplacer, et aucun gros salaire ne peut égaler la chaleur d’une famille. Ce n’est que lorsque l’amour est profond que l’éducation peut s’épanouir pleinement.
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