| 2026-09-01 |
Lire à l’ère numérique |
| · 2026-09-01 |
| Mots-clés: lecture ; technologies numériques |
Cette rubrique aborde un sujet unique à travers des perspectives africaine et chinoise. Ce mois-ci, nous explorons l’importance de la lecture à une époque où l’accès à l’information est immédiat et surabondant grâce aux technologies numériques.

La lecture est un outil essentiel malgré l’omniprésence de l’information
ADIBASE RAPHAEL
Étudiant ghanéen à l’Université d’agriculture de Chine, 36 ans, Beijing
Jamais l’humanité n’a eu autant d’informations à portée de main, et pourtant jamais il n’a été aussi difficile de maintenir son attention. Visionner des cours, écouter des podcasts, demander des résumés à l’intelligence artificielle (IA) et absorber des flux infinis de contenu : les technologies numériques ont complètement transformé l’apprentissage.
Les innovations ont démocratisé le savoir, permettant à des millions de personnes d’apprendre au-delà des murs des salles de classe et des bibliothèques. Cependant, il ne faut pas confondre facilité et compréhension. S’exposer à l’information ne signifie pas la comprendre.
Des chercheurs, comme Maryanne Wolf, affirment que la lecture approfondie développe la concentration, l’empathie et la pensée analytique. Ces capacités se développent uniquement lorsqu’on s’engage patiemment dans la lecture de textes complexes. Nicholas Carr a également suggéré que la stimulation numérique constante pourrait affaiblir l’attention soutenue, et encourager le survol des textes plutôt que la réflexion. Les travaux de Naomi Baron indiquent par ailleurs que de nombreux lecteurs préfèrent encore le support papier pour des études approfondies, car les livres physiques favorisent souvent la concentration et la mémorisation.
Cela ne signifie pas pour autant que les livres imprimés soient supérieurs aux écrans à tous égards. Les livres numériques élargissent l’accès et la portabilité, tandis que le support papier offre une expérience tactile qui peut favoriser l’immersion. L’enjeu essentiel n’est pas le support lui-même, mais la qualité de l’attention qu’il suscite.
L’IA ajoute une nouvelle dimension à ce débat. Elle peut résumer des textes, recommander des ressources et expliquer des concepts complexes, rendant l’apprentissage plus efficace. Cependant, si elle remplace l’effort de lecture et de réflexion critique, elle risque de produire des consommateurs informés plutôt que des penseurs indépendants. Utilisée à bon escient, l’IA devrait enrichir la compréhension humaine, et non s’y substituer.
L’avenir de la lecture ne se résume pas à un choix entre livres et technologie. Il s’agit de savoir comment préserver les habitudes de réflexion à l’ère de la vitesse. Dans un monde saturé d’informations, la lecture approfondie n’est pas qu’une compétence académique. C’est une discipline de la pensée, et peut-être l’une des formes les plus importantes de liberté.
La lecture permet d’aborder un sujet en profondeur
LIU YUXUE
Professeure d’anglais, 24 ans, Zhengzhou
De nos jours, les progrès d’Internet ont considérablement diversifié les moyens d’accéder à l’information. Autrefois, on s’appuyait principalement sur les livres et les journaux pour s’informer. Certes, les médias numériques offrent un confort indéniable, permettant un accès rapide à une quantité massive d’informations, mais ils engendrent aussi une nouvelle forme d’anxiété. De plus, le monde virtuel façonné par Internet érode la pensée indépendante : nous sommes avides de conclusions toutes faites et nous nous replions sur des opinions préexistantes.
Les livres donnent rarement des réponses définitives d’emblée et protègent les lecteurs des points de vue unilatéraux. Lire beaucoup enrichit les connaissances et aiguise l’esprit. La lecture possède des atouts uniques pour cultiver réflexion approfondie, concentration et introspection. Cela dit, les nouvelles formes de contenu numérique sont parfaitement adaptées à l’apprentissage moderne.
Au cours de mes études de traduction, j’ai utilisé l’IA pour éviter les tâches répétitives et perfectionner ma pratique (création de bases de données terminologiques et comparaison de traductions). Les enseignants peuvent également tirer parti des technologies numériques pour innover dans leurs cours. Ce type de ressources (exercices oraux réalisés par des locuteurs natifs, visualisations 3D de figures géométriques, etc.) permet des gains d’efficacité considérables dans l’enseignement des disciplines.
Pour l’apprentissage au quotidien, une présentation visuelle et dynamique est essentielle, car les connaissances doivent être assimilées par plusieurs sens. Vivant à cent à l’heure, nous avons rarement le temps de lire de façon approfondie. Les vidéos courtes, les podcasts et les cours en ligne permettent d’apprendre par petites sessions, pendant les trajets, réduisant nos contraintes temporelles.
La question fondamentale n’est donc pas de savoir si la technologie numérique ou la lecture est supérieure, mais de savoir comment trouver un équilibre entre les deux. Nous devons déterminer quels scénarios d’apprentissage se prêtent le mieux aux outils numériques, apprendre à les utiliser efficacement et identifier les situations où il est préférable de revenir à la lecture. Ainsi, nous pourrons développer un esprit critique solide et éviter le piège d’une consommation superficielle d’informations.