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  2026-10-08
 

Les vertus de l'échec

VOL. 18 / OCTOBRE 2026  ·   2026-10-08
Mots-clés: mieux affronter ; les revers

Cette rubrique aborde un sujet unique à travers des perspectives chinoise et africaine. Ce mois-ci, nous nous demandons comment mieux affronter les revers, la déception et l’adversité. 

Affronter l’échec sans peur 

HU WANYING 

Spécialiste en marketing, 30 ans, Beijing  

La société moderne encourage volontiers les individus, mais fuit les milieux où ils se sentent découragés. Quand la mathématicienne chinoise Wang Hong, récente lauréate de la médaille Fields, a qualifié ses années d’université de « décourageantes », ses propos ont suscité un large débat. On y perçoit une conscience plus vive des dégâts d’un tel climat, et le désir d’en bâtir un autre, fait d’affection, d’éloges et d’encouragements. 

Une question se pose : les jeunes générations sont-elles moins habituées aux revers ? Faut-il réapprendre la façon d’affronter l’échec ? 

Un environnement bienveillant ne condamne pas ceux qui y grandissent à perdre leur capacité à affronter l’échec. Notre époque est simplement plus attentive à la douleur qu’il inflige. Enfant, j’entendais mes parents et enseignants répéter que « l’échec est la mère du succès ». Aujourd’hui, nous cherchons bien davantage à atténuer cette douleur, voire à éviter l’échec. 

Les encouragements ne le font pourtant pas disparaître. Tant que nous vivrons, il restera inévitable. Il surgit partout : dans les études, au travail, dans une élection perdue ou chez le dernier enfant à finir son repas à la maternelle. L’échec fait partie de la vie. 

Un climat d’encouragement et d’acceptation est peut-être, au fond, la première leçon pour apprendre à l’affronter. Le mot que j’emploierais est « résilience ». La culture chinoise traditionnelle en donne une image familière : le bambou. Quand souffle la tempête, il plie sans rompre ; le vent passé, il se redresse. 

C’est ainsi qu’il faut l’aborder. Il peut nous transformer, nous faire plier et réfléchir, mais il donne aussi l’occasion de nous ajuster. Je préfère dire « affronter l’échec » que « le vaincre », car ce n’est pas un ennemi à abattre : il peut être un signal venu du dehors. À nous de le regarder, de l’accepter, d’en tirer les leçons et de corriger le cap. 

Prenons l’exemple de SpaceX. Ses premiers programmes de fusées ont été jalonnés d’échecs. Chacun d’eux, pourtant, était traité comme un retour d’expérience : qu’est-ce qui n’a pas marché ? Que changer ? Que tenter ensuite ? Ces échecs ont fini par devenir une étape du chemin vers le succès. 

Échouer, apprendre, repartir 

GETAHUN ASSEFA TESSEMA  

Journaliste, producteur et animateur de télévision, 34 ans, Éthiopie  

Nous apprenons aux enfants à viser haut, à être les meilleurs, à réussir. Mais leur apprend-on comment réagir quand ils échouent ? 

Je me demande souvent si, à force de vouloir encourager les jeunes, nous n’avons pas fait de l’échec une honte. En Éthiopie, je l’observe surtout chez ceux que la pression de réussir accable. On attend d’eux le bon diplôme, le bon emploi, le bon revenu. Qu’un projet échoue, et certains en concluent aussitôt que ce sont eux qui ont échoué. 

Des travaux menés par l’Association des institutions de microfinance d’Éthiopie et l’Université d’Addis-Abeba ont montré que la peur de l’échec pouvait détourner les Éthiopiens de la création d’entreprise. Elle n’est donc pas qu’un sentiment personnel : elle pèse sur la capacité à prendre des risques et à saisir les occasions qui se présentent. 

Gardons-nous pourtant de reprocher aux jeunes leur peur. Pour beaucoup d’Éthiopiens, l’échec coûte cher. L’accès limité au financement, à l’emploi, à la formation et aux aides sociales rend la prise de risque bien plus difficile. Quand les occasions sont rares, échouer revient à gâcher l’une des seules chances offertes. C’est sans doute pourquoi notre regard sur l’échec doit changer. 

Dans bien des familles et des écoles, on pousse les jeunes vers la perfection : meilleures notes, bons choix, aucune erreur. L’intention est louable, mais la perfection engendre la peur. Si les jeunes croient que ceux qui réussissent ne se trompent jamais, ils risquent d’abandonner dès le premier obstacle au lieu d’y voir une étape du parcours. 

Mon métier de journaliste m’a appris que toutes les idées ne fonctionnent pas, que toutes les occasions ne se concrétisent pas et qu’un refus n’est pas la fin de l’histoire. La leçon la plus précieuse vient parfois de ce qui a mal tourné. 

Le développement de la Chine le rappelle : le progrès suit rarement une ligne droite. Il exige des essais, des ajustements, de la persévérance et le courage de recommencer. Apprendre à échouer n’est pas célébrer l’échec ni accepter la médiocrité, mais comprendre qu’il est un moment de la vie, et non une identité. Le vrai danger n’est pas d’échouer, mais de le craindre au point de ne plus rien tenter.  

 

 
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