| 2016-01-12 |
But commun et efforts concertés |
| par Deng Yaqing | VOL.8 JANVIER 2016 |
| Mots-clés: réchauffement ; Conférence de Paris |

Ban Ki-moon (centre), secrétaire général de l’ONU, Christiana Figueres (2ème à g.), secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, Laurent Fabius (2ème à d.), ministre français des Affaires étrangères, et François Hollande (d.), le Président français, se réjouissent de l’adoption de l’accord sur le réchauffement climatique au terme de la Conférence de Paris le 12 décembre 2015
Les foules étaient transportées par les larmes et les rires le 12 décembre 2015 lorsque le ministre des Affaires étrangères de France, Laurent Fabius, président de la Conférence de Paris sur les changements climatiques, donna un coup de marteau vert signalant la fin d’un marathon de treize jours de négociations entre les délégués de près de 200 pays et régions réunis à Paris. Les représentants à la Conférence des Nations Unies de 2015 ont conclu un accord qui restera un des rares moments de l’histoire de la coopération mondiale face à un défi monumental. Tandis que les négociateurs s’embrassaient dans la joie du succès, de graves inquiétudes gisaient dans les coins noirs de leur esprit : tout cela n’était que le commencement d’une guerre contre les changements climatiques qui s’étirerait sur plusieurs générations.
La victoire sans précédent était le résultat de 19 pays qui, à l’unisson, s’étaient engagés en un pacte « climatique » ayant force de loi. Ces pays portaient l’espoir du monde de diminuer les émissions de gaz à effet de serre pour protéger l’avenir contre les conséquences catastrophiques du réchauffement de l’atmosphère. Au cours des 23 dernières années depuis la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), peu de progrès ont été accomplis, même si l’on compte comme des réussites le Protocole de Kyoto et l’Échéancier de Bali. Pensons à l’échec de la Conférence de Copenhague, où les pays se contredisaient l’un l’autre dans l’animosité, et les pays développés refusaient de prendre leurs responsabilités historiques.
Le monde a parcouru un long chemin depuis le temps où il semblait que les pays ne pourraient régler leurs disputes de myopes, échec reflété par le ton et le langage des leadeurs impliqués dans l’accord. « Nous sommes entrés dans une nouvelle ère de coopération sur les problèmes les plus complexes que l’humanité n’ait jamais connus. Pour la première fois, le monde s’est juré de diminuer les émissions, de renforcer la ténacité et de prendre des mesures communes concernant le climat », a dit le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, qui a vu dans l’Accord un franc succès du multilatéralisme.
« À la Conférence de Paris sur les changements climatiques, nous avons conclu un accord équitable et rationnel, global et équilibré, ambitieux, durable et efficace, et légalement contraignant », s’est exclamé fièrement Xie Zhenhua, représentant spécial de la Chine sur les questions de changement climatique. Il a ajouté que l’accord donnera au monde un signal « clair, robuste et positif pour réaliser un développement durable à basses émissions et sans dommages pour le climat. »
Nicolas Stern, président de l’Institut de recherche Grantham sur les changements climatiques et l’environnement, de Londres, considère la conclusion de la Conférence de Paris comme un moment historique et croit que l’Accord de Paris créera de très vastes occasions pour les pays qui commencent à accélérer vers la croissance économique sans carbone.
Prendre les devants
Lo Sze Ping, PDG de la Fondation World Wildlife de Chine, a fait remarquer que la Chine joue un rôle très constructif et essentiel en poussant de l’avant la conclusion de l’Accord de Paris. « Plusieurs solutions essentielles comme des propositions acceptées dans le texte final sont vraiment le résultat de la coopération de la Chine avec plusieurs autres participants importants de la négociation », a dit M. Lo.
La Chine prend l’initiative sur des questions importantes en tendant la main à divers pays. « Cette fois, la Chine a semblé plus confiante et ouverte dans la négociation, et a joué un rôle plus important dans la coordination des pays développés ou en développement, et dans la promotion de la confiance mutuelle et du consensus entre les divers groupes », a dit Yang Fuqiang, conseiller supérieur sur le climat, l’énergie et l’environnement du Programme du Conseil de défense des ressources naturelles de Chine.
Bien que « la roue de l’action pour le climat tourne lentement, a dit Kumi Naidoo, cadre dirigeant de Greenpeace International, elle a tourné à Paris ». Cette métaphore montre qu’il espère que la roue continue de tourner vers l’avant, non l’arrière.
Faisant écho à ces pensées, Zou Ji, directeur général adjoint du Centre national des Stratégies du changement climatique et de la Coopération internationale, croit que le système « cul sec » de Contribution nationale volontairement déterminée (CNVD) a largement contribué au succès de la Conférence de Paris.
« Second document légal contraignant de la CCNUCC, l’Accord de Paris diffère du Protocole de Kyoto qui avait adopté un mécanisme de réduction forcée des émissions et n’avait pu obtenir l’accord de certains pays développés », a dit M. Zou, notant que le refus des États-Unis de signer le Protocole, le retrait du Canada et l’hésitation du Japon à participer à la seconde période d’engagement montrent l’échec de la méthode « descendante ».
En appliquant l’Accord de Paris, la Chine saisira l’occasion de réduire la pollution et les conséquences des températures extrêmes, de promouvoir le développement industriel, et de créer des emplois. Surtout, l’accord a lancé un signal qui exercera une influence sur les investisseurs et les consommateurs et propagera la transformation verte et à basses émissions de la Chine, selon M. Zou.
Wu Daohong, président de Beijing Shenwu Environment & Energy Technology Corp., a dit que le potentiel de marché pour la conservation de l’énergie et la réduction des émissions est énorme. « Quand les entreprises trouvent une façon d’augmenter leur efficacité, elles tendent à utiliser des technologies de pointe afin de diminuer les coûts en épargnant l’énergie », a dit M. Wu.
La carte du succès
« Nous avons accompli des résultats solides sur tous les points », a dit Ban Ki-moon, faisant remarquer que l’accord est « ambitieux, flexible, crédible et durable ».
L’Accord de Paris compte 29 articles, concernant le financement et la technologie, la capacité de construction, la transparence, l’allègement, les pertes et dommages, l’inventaire, etc., et devrait entrer en vigueur en avril 2016. Si seulement 55 pays qui produisent au moins 55 % des émissions de gaz à effet de serre du monde ratifient l’accord, il entrera en vigueur.
Cela veut dire que le seuil pour que l’accord devienne effectif a été abaissé depuis celui de la CCNUCC et du Protocole de Kyoto, et montre un plus fort désir de réaliser une action réelle, a dit Li Junfeng, directeur général du Centre national des Stratégies du changement climatique et de la Coopération internationale.
L’agrément requiert que les pays s’efforcent ensemble de limiter la hausse de la température de la Planète à moins de 2 degrés Celsius au-dessus des niveaux de l’ère préindustrielle et poursuivent leurs efforts pour limiter la hausse à seulement 1,5 degré. À cette fin, les pays ont accepté de couper drastiquement les émissions afin de réaliser l’émission zéro de gaz à effet de serre dans la seconde moitié du siècle.
Si l’on tient compte des conditions auxquelles font face certains petits pays insulaires, le concept de 1,5 degré Celsius comme limite a été inclus dans l’accord pour indiquer la volonté de lancer des efforts pour combattre les changements climatiques, a dit M. Li.
« Les pays devront atteindre le niveau zéro émissions quelque part au cours de la seconde moitié du siècle. Pour les 2 degrés Celsius, le but est zéro entre 2080 et 2090, et entre 2060 et 2070, 1,5, a dit Jennifer Morgan, directrice de Climat mondial de l’Institut des ressources du monde.
Toutefois, tous les CNVD actuellement soumis par les pays donneront une augmentation moyenne de température d’environ 2,7 degrés Celsius en 2100, au-dessus de l’objectif de 2 degrés, selon un rapport publié par l’Agence internationale de l’énergie.
Pour combler le manque, les pays ont accepté d’évaluer leurs stratégies d’application et de rendre compte de leurs efforts tous les cinq ans, incluant l’allègement et l’adaptation, l’appui financier, et d’autres facteurs. Les déclarations commenceront en 2023. Par la suite, les pays devront renforcer leurs actions tous les cinq ans.
De plus, l’accord presse les pays développés de hausser leur appui financier et propose la création d’un échéancier concret pour fournir 100 milliards de dollars par an d’ici 2020 pour l’allègement, l’adaptation et le développement de nouvelles technologies.
« Si l’on n’établit pas d’échéancier pragmatique, les promesses d’appui financier des pays développés se perdront dans l’air. Les futures négociations se baseront sur l’échéancier », a dit Kevin Watkins, directeur administratif de l’Institut de développement outre-mer.
« Un appui financier accru est nécessaire pour qu’on ne fasse pas payer aux pays pauvres le prix de la crise climatique qui ne dépend pas d’eux », a ajouté M. Watkins.
En ce qui concerne la responsabilité historique, il est juste que « les pays développés financièrement et technologiquement et qui ont une capacité de construction établissent une base solide de confiance mutuelle pour les futures négociations », a dit M. Xie.
Application d’initiatives
« La Chine a accompli beaucoup, bilatéralement, avant que la conférence ne soit convoquée, comme des annonces conjointes avec les États-Unis, la France et l’Inde. Au pays, elle a activement cultivé la sensibilité à l’écologie, et établi un bon exemple pour d’autres pays », a dit M. Zou, insistant sur le fait que la Chine s’est efforcée de sauvegarder les intérêts des pays en développement en respectant leurs principes d’égalité, de responsabilités communes mais différentes, et les possibilités respectives de chacun.
L’Accord de Paris et les décisions d’appui repré-sentent un triomphe diplomatique sans égal. Toutefois il est essentiel de faire une distinction entre diplomatie et application, a dit Jeffrey Sachs, directeur de l’Institut de la Terre de l’Université Columbia, soulignant que le défi pressant de l’application n’est pas une tâche de diplomates mais d’hommes d’affaires, d’ingénieurs, de gestionnaires financiers et de politiciens.
En ce qui concerne la Chine, l’accord devrait être intégré dans le XIIIe Plan quinquennal national (2016-20) et être transformé en stratégies et plans d’action nationaux. Les efforts actuels doivent être faits pour honorer l’accord en ce qui concerne les mesures, les mécanismes, les technologies et le financement. Aussi, les pays devraient travailler avec la communauté internationale pour déterminer les détails de la transparence et de l’évaluation, intensifier la recherche et le développement de technologies à basses émissions, restructurer le système économique et développer de nouveaux critères, selon M. Zou.
« Ce n’est pas le moment de triompher, quand on pense au nombre de vies déjà perdues à cause du climat et des vies qui sont menacées par la hausse de la température. C’est le temps d’agir », a dit M. Naidoo.
Les effets du changement climatique commencent à être vus, sentis et entendus par les gens du monde entier. Les habitants des iles du Pacifique ont déjà commencé à fuir vers d’autres pays à cause des inondations débilitantes. La Californie a fait face à des sècheresses qui ont détruit les cultures et asséché les ressources d’eau.
Même Beijing a commencé à connaitre la pollution à un niveau d’alerte rouge qui a forcé les jeunes enfants à rester à la maison.
L’Accord de Paris peut être un pas dans la bonne direction, mais n’est qu’une bataille gagnée dans une longue guerre dont on ne voit pas encore la fin. Pour le bien des générations qui nous suivent, les citoyens du monde doivent travailler individuellement et collectivement pour protéger notre environnement.
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