| 2016-04-12 |
Des solutions chinoises |
| par Liu Jian | VOL.8 AVRIL 2016 CHINAFRIQUE |
| Mots-clés: professeurs chinois ;fermiers éthiopiens |

He Wang montre à ses étudiants des techniques de pêche
Face au bassin d’alevins de tilapias du Nile, la satisfaction de He Wang est évidente. Paisible, elle contemple sa réussite. Malgré les défis rencontrés, ce bassin long de 20 mètres, construit sous sa supervision, est exactement ce qu’elle avait imaginé. Il s’agit du premier bassin de l’Université d’Alage pour la formation technique et professionnelle à l’agriculture, en Éthiopie. À 52 ans, la directrice et coordinatrice du projet de bassin travaille depuis 2013 dans cette université au sud d’Addis-Abeba. Admiratifs face à son ingéniosité et détermination pour résoudre les problèmes tout au long de la construction du bassin, ses collègues la surnomment la « dame de fer ».
En l’absence d’excavateur, la zoologiste chinoise, envoyée dans le cadre de la coopération sino-
éthiopienne pour la Formation technique et professionnelle à l’agriculture (FTPA), décide de creuser le bassin manuellement, avec l’aide de quelques travailleurs. Manquant de main-d’œuvre, elle convainc les maçons et charpentiers de l’université, les étudiants et même les professeurs du département de zoologie d’aider à la construction du bassin, en échange d’un petit-déjeuner. Lorsque le budget devient insuffisant, celle-ci innove à nouveau. Le fond du bassin est ainsi fait d’un mélange de terre et de paille, et non de ciment. Le sol a ensuite été recouvert d’une bâche en plastique pour empêcher l’eau de s’écouler. Après 4 mois de travaux, le bassin est finalisé en 2015.
« Grâce au bassin, les professeurs du département de zoologie ont pu améliorer leur enseignement », assure Outo Kebeta, doyen de l’université. « Les étudiants ne doivent plus faire 50 km de route pour faire leur stage en aquaculture. » L’université prévoit d’en construire d’autres sur le campus et dans la campagne environnante.
Partir de zéro
Ce bassin n’est qu’un des nombreux outils d’enseignement pratique construits par des professeurs chinois en Éthiopie. Ceux-ci ont également mis en place des exploitations laitières, ovines, apicoles et de volailles ; mais également des serres et des parcelles agricoles modèles, pour mettre en pratique les technologies agricoles les plus innovantes et introduire de nouvelles cultures. En 2013, deux autres experts chinois, Zhang Maoqing et Mei Jinbin, ont travaillé en collaboration avec des professeurs éthiopiens pour construire un site de démonstration pratique de 8 000 mètres carrés pour le département de botanique de l’Université d’Alage. Grâce à ce site, ils ont pu tester des technologies pour accroître la production de blé, maïs, sorgho et haricots.
« En aidant les universités agricoles à améliorer leur système éducatif, nous avons compris que les professeurs locaux étaient compétents pour l’enseignement théorique mais manquaient de pratique », explique Li Ronggang, coordinateur de la 16e édition du programme de coopération pour la FTPA. « Le manque d’enseignement pratique est un grand problème. » C’est pourquoi les professeurs chinois construisent des sites d’enseignement pratique dans les universités où ils sont envoyés, ajoute le professeur Li. Pour faire face à ce problème, le gouvernement chinois a financé en 2012 la construction du Centre de formation pratique agricole sino-éthiopien, à Ginchi, une petite ville au sud-ouest d’Addis-Abeba. Le centre est proche de l’Université d’Holeta et accueille les étudiants pour l’enseignement pratique. C’est également dans ce centre où sont formés les professeurs des universités agricoles d’Alage et d’Agarfa.
Améliorer la coopération
L’agriculture est essentielle à l’économie éthiopienne. Elle représente 43 % de son PIB, presque 80 % des emplois et 90 % des produits exportés, selon un rapport du Fonds monétaire international de novembre 2015. Mais faute de modernisation des techniques agricoles, la production demeure faible. L’état de l’agriculture en Éthiopie est semblable à celui de la Chine avant sa réforme et son ouverture dans les années 1970, affirme Mme Zhang, qui enseigne à l’Université d’Alage depuis 10 ans. « On peut utiliser les nouvelles technologies agricoles chinoises pour régler le problème de l’insécurité alimentaire et lutter contre la pauvreté en Éthiopie », ajoute-t-elle.
Le programme de coopération pour la FTPA a été lancé en 2001. Jusqu’à maintenant, 16 groupes d’experts chinois ont participé au programme dans des universités, des écoles et des centres de recherche. Ils ont proposé 56 cours de botanique, zoologie, ressources naturelles, et médecine vétérinaire et partagé l’expérience chinoise des coopératives agricoles. En 16 ans, ils ont formé 2 100 professeurs locaux, 1 300 techniciens et 39 000 étudiants dans les universités agricoles, raconte le professeur Li. Les professeurs chinois ont aidé à renforcer l’enseignement pratique dans les universités agricoles en Éthiopie et leur soutien est protéiforme, explique Gebremichael Meles, ancien coordinateur du programme de FTPA pour le ministère éthiopien de l’Agriculture.
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