| 2016-05-03 |
Aider les mamans |
| par Xia Yuanyuan | VOL.8 MAI 2016 CHINAFRIQUE |
| Mots-clés: Yuesao;aider |

Dans un centre de formation, les aspirantes yuesaos apprennent à tenir un nouveau-né
Ma Wenxia a plusieurs rôles : baby-sitter, assistante maternelle, diététicienne et même instructrice de yoga. Son métier ? Yuesao, ou « matrone maternelle», en chinois. Spécialistes de l’aide à l’enfance, les yuesao prennent soin des nouveau-nés. Habitant le plus souvent avec la famille pendant un mois après l’accouchement, elles aident les parents à s’occuper du bébé. Contrairement aux nounous, les yuesao offrent aux jeunes mamans des soins postnataux, tout en enseignant aux parents les meilleures manières de nourrir l’enfant ou d’organiser la chambre du nourrisson. Plus important encore, grâce aux yuesao les mamans peuvent dormir ! Elles travaillent entre 8 et 9 heures par jour et peuvent, si besoin, être en service 24h/24h.
En 2002, quand Mme Ma arrive à Beijing de la province du Shaanxi, dans la région nord-ouest du pays, elle est très endettée. Mais après 14 ans comme yuesao elle a non seulement payé toutes ses dettes mais s’est également fait une réputation auprès des jeunes mamans de la capitale. À 50 ans, Mme Ma est bien payée et aime son métier : « Cette profession a changé ma vie. Je suis très reconnaissante. » La profession est fleurissante et très lucrative en Chine, particulièrement dans les grandes villes comme Beijing, Shanghai et Shenzhen.
Forte demande
La demande de yuesaos n’a cessé d’augmenter ces dernières années, mais cette année la demande est sans précédent. On peut attribuer cette augmentation à deux facteurs. Tout d’abord, pour faire face au vieillissement de la population, le gouvernement chinois a mis fin à la politique de l’enfant unique, permettant désormais aux parents d’avoir un second enfant. Par ailleurs, 2016 étant l’Année du singe dans le calendrier chinois, les couples espèrent que leur enfant naîtra sous le signe du primate, réputé pour son intelligence. Ces deux facteurs ont causé un baby-boom, et par conséquent, une augmentation considérable de la demande de yuesaos. À Beijing seulement, au moins 300 000 bébés sont attendus cette année, par rapport aux 250 000 les trois années précédentes. « Selon notre enquête, 23 % des familles avec des nouveau-nés ont besoin d’une yuesao », assure Xue Haichun, secrétaire général de l’Association pour les services de santé maternelle et infantile de Beijing. « Désormais, la demande de yuesaos dépasse tout simplement l’offre. »
Le salaire mensuel pour ces spécialistes de la santé maternelle et infantile était en moyenne de 10 000 yuans (1 500$) à Beijing l’année dernière, plus élevé que celui d’un employé de bureau. Il devrait atteindre les 16 800 yuans (2 520$) cette année, avec les 3 millions de naissances attendues dans le pays. De plus en plus de femmes travaillant dans des villes de taille moyenne s’installent dans les grandes villes dans l’espoir de profiter de ce besoin de yuesaos. « Le nombre d’inscrits pour des cours de formation yuesao a été multiplié par dix cette année », raconte Wei Yiqing, directrice général de la Beijing Minmerry Homemaking, une entreprise spécialisée dans la formation des yuesao et les services liés à la santé maternelle et infantile.
Du sang neuf
« Dans le passé, les yuesaos étaient majoritairement des employées d’âge mûr ayant été licenciées », explique Mme Wei à CHINAFRIQUE. « Toutefois, face à la popularité de la profession, de plus en plus de jeunes femmes sautent le pas. Notre plus jeune étudiante a 29 ans. » À 32 ans, He Xueji vient de finir sa formation à la Beijing Minmerry Homemaking. Malgré l’obtention de son diplôme, la jeune femme est inquiète. « J’ai peur que les familles ne veuillent pas m’engager parce que je suis jeune et que j’ai peu d’expérience », confie Mme He. Mais Xue Haichun est optimiste. « Certaines familles s’inquiètent du manque d’expérience des jeunes yuesaos et doutent de leur capacité à travailler avec acharnement. Cependant, à mesure que la science et les technologies se développent, l’expérience et les compétences pratiques ne seront plus suffisantes. Les jeunes yuesaos pourront mieux communiquer avec les mamans nées après les années 1980 et 1990. »
Mme Ma n’avait suivi aucune formation quand elle a commencé à travailler à Beijing en 2002. Elle avait tout appris grâce à son expérience de mère. Mais le temps de l’expérience personnelle est révolu. Plus de 10 diplômes, de divers centres de formation pour yuesaos, attestent désormais de ses compétences pour prendre soin des nouveau-nés et des jeunes mamans. « Avec l’augmentation constante du niveau de vie des familles, on n’a plus uniquement besoin de nounous mais d’une sorte d’aide familiale », constate M. Xue. Les cours proposés par les centres de formation pour yuesaos sont très variés : nourrir, laver et faire des massages à l’enfant ; aider les mères à retrouver leur silhouette ou préparer des repas nutritifs. Selon M. Xue, une bonne yuesao doit être extrêmement patiente et polyvalente.
Contrôler le secteur
« Le développement rapide du secteur rend nécessaire une meilleure surveillance, beaucoup d’enjeux requièrent le contrôle du gouvernement », affirme M. Xue. Les parents exigent aujourd’hui beaucoup plus de compétences d’une yuesao, et celles-ci suivent des formations pour répondre à cette demande. Cependant, une étude menée par Fang Xiuxin, professeur à l’Université de médecine de Binzhou dans la province du Shandong, à l’est de la Chine, montre que 76,7 % des 279 yuesaos interrogées n’avaient qu’une formation de moins de deux semaines, ce qui est loin d’être suffisant.
Pour réguler le marché, le gouvernement a mis en place de nouvelles normes le 1er février. Le Bureau de contrôle des services de santé maternelle et infantile a annoncé que les yuesaos devraient avoir entre 18 et 55 ans, au minimum fini l’école secondaire et de l’expérience liée à l’assistance maternelle. Les yuesaos en activité doivent désormais également suivre des formations régulières pour se mettre à niveau. « Ces nouvelles mesures pourraient réguler le marché et mettre fin à des cas gênants, comme certaines yuesaos formées quelques semaines et ne suivant plus jamais de formations complémentaires », insiste Mme Wei. « Elles pourront également réguler la prolifération des centres de formation. Ce qui semble juste pour les centres de formation officiels, comme le nôtre. Seuls les plus forts devraient survivre. »
Cependant, il reste un doute sur la manière de juger des compétences d’une yuesao. Bien que les mesures exigent des expériences liées aux soins maternels, les formations sont actuellement délivrées par des centres de formation non-gouvernementaux. De sorte que divers types de certificats inondent le marché. Les centres de formation sont également très variés, ce qui complique la tâche des employeurs, ne sachant pas comment évaluer ou même identifier les compétences des yuesaos. « Ce nouveau baby-boom offre des opportunités de développement inédites au secteur des services de santé maternelle et infantile. Nous attendons donc un contrôle strict pour encourager le sain développement de ce marché », conclut M. Xue.
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