| 2016-09-28 |
Leaders de demain |
| par François Dubé | VOL.8 octobre 2016 |
| Mots-clés: l’Université de Pékin |

De nombreux étudiants se sont réunis à l’auditorium de l’Université de Pékin pour la cérémonie de lancement de l’Académie de Yenching 2016
« Cet auditorium a été le témoin de nombreux événements historiques et je crois que celui-ci sera l’un d’entre eux. » C’est avec ces paroles profondes, que fut lancée l’Académie de Yenching 2016 (ACY), un programme international de haut niveau à l’Université de Pékin, qui rassemble cette année 124 jeunes hommes et femmes de talent venant de 42 pays. Le 10 septembre dans le vieil auditorium de l’université, les personnes de ce groupe sont officiellement devenues des étudiants de Yenching.
Fondée en 2014 et financée par un partenariat public-privé, l’ACY est un programme de master interdisciplinaire se concentrant sur l’économie chinoise, la politique et la philosophie, avec pour objectif de bâtir des ponts entre la Chine et le monde. Les jeunes étudiants séjourneront douze mois en résidence à Beijing, suivie d’une année dédiée à la rédaction de leur thèse et aux stages en Chine ou à l’étranger. Pour ces jeunes étudiants, cette aventure transformera leur monde et leur donnera les outils nécessaires pour leurs futures carrières. L’ACY tire son nom – ainsi que son esprit – de la première incarnation de l’Université de Pékin : l’Université de Yenching, fondée en 1898. Au cours des années tumultueuses du début du XXe siècle, l’université a attiré les esprits les plus brillants du pays et joue depuis un rôle essentiel dans le développement intellectuel, culturel et économique de la Chine.
Dans son discours aux nouveaux étudiants de l’ACY, Zhu Shanlu, président du Conseil de l’Université de Pékin, n’a pas manqué de souligner, que les nouveaux arrivants devraient se montrer dignes de ce glorieux héritage : « L’histoire de l’Université de Pékin est inextricablement liée au développement et au progrès historique de la nation chinoise. Nous espérons que [vous] participerez à cette longue tradition et réaliserez des avancées capitales pendant votre séjour à l’Université de Pékin. »
Une expérience palpitante
Née au Kenya et diplômée d’Harvard, Harriet Kariuki ne pourrait pas être plus heureuse de sa décision de rejoindre l’ACY : « Venir à l’ACY a été l’une des meilleures décisions que j’ai prises », explique la jeune femme, qui a tout juste emménagé à Beijing. Elle fait désormais partie de la promotion 2016 de l’ACY, au sein de laquelle elle étudiera la politique chinoise et les relations internationales. Ayant grandi dans un petit village au Kenya, la vie d’Harriet Kariuki a changé de façon radicale, lorsqu’elle a réussi à obtenir une bourse complète pour Harvard. Après avoir obtenu son diplôme, elle a sauté sur l’opportunité qui lui était offerte par l’ACY et quitta Boston. Fascinée par l’Asie de l’Est, elle a choisi l’ACY pour avoir l’opportunité « d’apprendre sur le rôle de la Chine dans le monde d’une perspective chinoise », ainsi que pour l’expérience de faire partie d’un groupe de jeunes gens aussi divers, intéressants et intellectuellement stimulants.
Dans le cadre de ses études, Harriet Kariuki souhaite comprendre la formule derrière le miracle économique de la Chine et essayer ensuite de l’adapter aux pays en développement, notamment à son pays natal : « Cela m’intéresse d’utiliser la Chine comme un objectif que les autres pays en développement – comme le Kenya et la plupart des pays africains – pourront utiliser pour développer leurs propres politiques. Il y a 50 ans, la Chine était invisible aux yeux du monde. Personne ne s’intéressait à elle, explique la jeune femme à CHINAFRIQUE. Aujourd’hui, la Chine est un leader mondial, ainsi que le fer de lance des relations internationales, de la culture et de l’économie de ce siècle. »
L’objectif de l’ACY est ambitieux : former une nouvelle génération de dirigeants avec une compréhension nuancée de la Chine et de son rôle dans le monde. Professeur à l’ACY, He Yafei explique que l’académie se concentre sur la compréhension interculturelle, soulignant qu’une telle compétence sera essentielle dans le monde futur : « Nous voulons former des dirigeants interculturels pour notre monde futur : voilà le vrai objectif de l’ACY. Pour cela, les étudiants doivent comprendre la longue histoire de la Chine, son ADN. Pas seulement ce à quoi ressemble la Chine, mais ce qu’elle est réellement. Comprendre la Chine sera essentiel pour le reste du monde, car ils devront prendre la Chine en compte. »

La doyenne de l’ACY, Yuan Ming, s’adresse aux jeunes étudiants
Une perspective différente
L’étudiant sud-africain, Bulelani Jili, est venu à l’ACY pour trouver une perspective différente sur le monde, une perspective qu’il n’arrivait pas à trouver dans d’autres universités de renommée internationale. Après avoir terminé ses études de premier cycle à l’Université Wesleyan dans le Connecticut (États-Unis), il était à la recherche d’un défi différent : « Cette réalité eurocentrique ne correspondait pas à ma compréhension de l’Afrique du Sud et de la situation géopolitique actuelle dans le monde. C’est pourquoi, mon intérêt dans l’ACY et la Chine fut généré par son penchant intellectuel non-occidental », explique-t-il.
Bulelani Jili est arrivé en Chine pour la première fois en août. Il étudiera la politique publique et les relations internationales, avec un accent sur les politiques éducatives de la Chine. Pour lui, comme pour les autres jeunes étudiants, le programme de l’ACY est une opportunité de s’immerger dans une perspective différente du monde, qui peut représenter parfois un défi : « Le fait d’étudier en profondeur l’histoire, la langue, la culture et la politique de la Chine permet de s’affranchir des limites de son propre point de vue. Par ailleurs, cela permet de s’engager sur la façon, dont le peuple chinois construit son histoire, sa politique et son récit narratif personnel. Cette opportunité d’être en Chine avec le programme Yenching permet de renforcer la compréhension, que l’on peut avoir de la Chine », explique-t-il à CHINAFRIQUE.
D’après Bulelani Jili, la pertinence du programme de l’ACY pour les jeunes Africains est directement liée au changement dans la situation mondiale, ainsi qu’à l’importance croissante de la Chine pour le continent africain : « La perspective chinoise, ainsi qu’une perspective mondiale plus large, est nécessaire, alors que l’Afrique du Sud, le continent africain et le monde dans son ensemble se détournent de l’occident pour se diriger vers l’orient, et qu’en définitive, le monde devient de plus en plus multilatéral. » Selon lui, cela sera essentiel dans le futur, alors que cette exposition à une compréhension différente de l’expérience humaine renforce les capacités que peut avoir une personne dans l’élaboration de solutions concrètes pour le monde multiculturel et mondialisé actuel.
Faire la différence
Au-delà de leur domaine d’étude ou de leur héritage, les étudiants de l’ACY partagent tous un désir ardent de laisser leur empreinte sur le monde et de payer en retour leur communauté.
Pour Bulelani Jili, cela signifie retourner dans son pays, l’Afrique du Sud, pour appliquer les connaissances, qu’il aura acquises lors de ses études à l’ACY, et chercher des façons innovantes de faire tomber les barrières qui entravent l’accès à l’éducation : « Je souhaite travailler au ministère sud-africain de l’éducation dans le département du développement des compétences », explique-t-il, ajoutant que « la résolution des questions d’équité face à l’éducation en Afrique du Sud est essentielle dans la poursuite de la justice sociale et du développement humain ».
Pour sa part, Harriet Kariuki souhaiterait rejoindre le corps diplomatique du Kenya, avec pour objectif de renforcer les relations amicales entre le Kenya et la Chine. Pour cela, le programme de l’ACY sera précieux, car il ne permet pas seulement aux étudiants de se construire un réseau large et divers de connexions internationales parmi les futurs dirigeants et décideurs politiques du monde entier, mais il leur apporte également une compréhension en profondeur des complexités et des intrications de la Chine. « Si un diplomate a une compréhension profonde de la culture chinoise et en maîtrise la langue, cela permet d’approfondir la confiance et de bâtir de meilleures relations interpersonnelles, renforçant ainsi les liens entre les deux pays », explique la jeune Kényane à CHINAFRIQUE.
La volonté de ces jeunes étudiants d’utiliser leur expérience à l’ACY pour apporter un changement positif dans leurs pays d’origine fait écho aux remarques du président du Conseil de l’Université de Pékin, Zhu Shanlu, sur la mission sous-jacente de l’ACY et de l’Université de Pékin pour la Chine et pour le monde : « Nous souhaitons former les talents. Mais au-delà de cela, nous avons pour objectif d’inculquer un esprit noble à nos étudiants. […] Le cœur doit trouver la bonne direction. Il doit rechercher la vérité, la vertu et la beauté, et ce n’est que par l’intermédiaire de l’éducation, que nous pouvons y parvenir. »
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