| 2016-10-12 |
Priorité santé |
| par Liu Jian | VOL.8 octobre 2016 |
| Mots-clés: problèmes sanitaires |



La vie n'est pas tous les jours facile pour Birke Fisaha. L'Éthiopienne de 29 ans travaille pour le centre de santé Ambericho Achamo, dans le comté de Wulbareg, au sud de l'Éthiopie. Elle prend soin de plus de 7 600 personnes dans plusieurs villages du comté, parmi lesquelles 200 enfants de moins d'un an ayant besoin de vaccins. L'immunisation demeure l'une des meilleures méthodes pour prévenir les nombreuses maladies mettant en danger la vie des jeunes enfants.
Auparavant, les enfants du comté ne pouvaient recevoir le vaccin qu'un jour par mois au centre de santé, à cause d'un manque d'électricité. Ce jour-là, Fisaha se réveillait très tôt et marchait plusieurs kilomètres pour récupérer les vaccins dans le centre de santé le plus proche, où ils étaient gardés dans des boîtes remplies de sacs de glace. La glace est essentielle pour que le vaccin soit efficace. Elle demandait aux parents d'amener leurs enfants se faire vacciner, mais une fois la glace fondue, les vaccins n'étaient plus utilisables. Les mères marchaient parfois des heures avec leurs enfants, et une fois arrivées, découvraient qu'il n'y avait plus de vaccins utilisables.
Le centre de santé Ambericho Achamo offre un bon exemple des problèmes sanitaires en Afrique, où des vaccins sont perdus ou non accessibles à cause du manque d'infrastructures et un accès peu fiable à l'électricité. Les vaccins doivent en effet être gardés au frais de l'usine à l'aiguille. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), près de 17 % des morts d'enfants de moins de 5 ans pourraient être évitées par des vaccins. Environ 1,5 million d'enfants meurent chaque année de maladies qui peuvent être prévenues par la vaccination.
Invention salvatrice
Toutefois, grâce à une nouvelle invention, tous les espoirs sont permis. Arktek, un dispositif de stockage pour vaccins, pourrait aider à résoudre ce problème majeur. Cet innovant dispositif a été développé par Aucma, un fournisseur d'équipement de réfrigération chinois, et Global Good, une institution de recherche financée par Bill Gates. « Les blocs de glace ne doivent être recongelés que tous les 50 jours, dans un réfrigérateur à basse température, disponibles dans les hôpitaux locaux », explique Ren Yizhao, directeur du management chez Aucma. « Un seul dispositif Arktek peut assouvir les besoins d'une communauté de près de 6 000 personnes, avec une durée de vie d'au moins 10 jours. » De cette manière, les médecins des zones reculées, manquant d'électricité, pourront conserver les vaccins plus longtemps et ainsi sauver des vies, particulièrement celles des enfants.
Ce dispositif rend le processus de vaccination bien plus efficace et simple pour les employés médicaux, comme Fisaha. « C'est facile à utiliser et requiert très peu d'entretien », raconte la jeune femme, ajoutant que le dispositif est assez solide pour être transporté sur de longues distances et sur des routes abîmées. « Le plus grand des défis est de préserver les vaccins et les médicaments dans les zones rurales », expliquait à CHINAFRIQUE Sasara Chasala George, ambassadeur du Botswana en Chine, lors de la 25e Exposition internationale d'équipement médical, qui s'est tenue à Beijing du 19 au 21 août. « Ce dispositif est extraordinaire pour l'Afrique, particulièrement pour les zones rurales, à cause de l'irrégulier approvisionnement en électricité. » Lucy Chen, directrice adjoint de l'institut de santé de l'Université de Pékin confirme : « Arktek résout deux des problèmes majeurs pour la livraison de vaccins en Afrique : l'instable approvisionnement d'électricité et le manque de professionnels d'entretien. »
Relever les défis
Pour faire face à ce problème de conservation des vaccins, l'Aucma a fabriqué 30 Arkteks en 2013, avec le soutien du Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef). Ces dispositifs ont permis d'aider de nombreuses cliniques au Sénégal, en Éthiopie et au Nigéria, de 2013 à 2014. « Au cours de la première année d'essais, les populations étaient très curieuses et voulaient en savoir plus sur les dispositifs. Ils ne croyaient pas que cela pourrait fonctionner sans électricité », raconte Ren. « Mais à la fin de la période d'essai, en juin 2014, beaucoup d'habitants ont tenté de nous convaincre de leur laisser les dispositifs », ajoute-t-il.
Début 2015, Arktek a obtenu les autorisations préliminaires de l'OMS en matière de standards de qualité, de sécurité et d'efficacité. Les dispositifs sont actuellement très prisés par de nombreuses ONG. « Dans le passé, il était impensable de pouvoir faire des vaccins quotidiennement dans les zones reculées en Afrique, mais aujourd'hui, le dispositif Arktek permet de faire des vaccins n'importe quand, du moment que l'enfant se déplace au centre de santé et que les stocks sont pleins », rapporte Ren. Avec ce système de réfrigération sans électricité, les vaccins sont disponibles pour les nouveau-nés vivant loin des cliniques, puisque les médecins peuvent les transporter sur un âne ou sur un chameau, et apporter ce service dans les foyers.
L'expérience chinoise
Ces dernières années, Arktek est une des innovations technologiques chinoises ayant été le plus utiles dans le secteur de la santé en Afrique. Selon Tec Chaiban, directeur des programmes pour l'Unicef, la technologie médicale chinoise et les expériences réussies peuvent être répliquées sur le continent africain. Chaiban a également loué la recherche chinoise et les paquets nutritionnels utilisés depuis 15 ans pour lutter contre la malnutrition des enfants de moins de trois ans. Ces paquets contiennent des suppléments à base de germes de soja, fortifiés de vitamines et de minéraux dont manquent souvent les nourrissons et les enfants chinois. Un paquet de 12 grammes par jour peut satisfaire les besoins nutritionnels d'un nourrisson, et combler les déficiences en microéléments. « L'expérience chinoise peut être un exemple essentiel pour satisfaire les besoins nutritionnels des nourrissons dans les zones les plus pauvres d'Afrique et d'Asie », assure Chaiban. « Nous [l'Unicef] travaillons avec la Commission de la santé et du planning familial de Chine pour promouvoir cette coopération. Nous faisons des suggestions, comme mettre l'accent sur les soins de base et la technologie durable, se concentrant non seulement sur les technologies haut de gamme et couteuses, mais aussi sur les innovations, comme le dispositif Arktek », confiait-il à CHINAFRIQUE.
Les besoins africains
« Je veux voir émerger de nouvelles innovations. Nous voulons voir des objets qui peuvent fonctionner en Afrique, où il y a moins d'accès à l'électricité, des technologies accessibles et facilement utilisables », dit Sasara George. Pendant la terrible épidémie d'Ebola en 2014, les équipes médicales chinoises présentes en Afrique ont utilisé un dispositif de diagnostic portable grâce auquel près de 600 échantillons ont pu être testés, avec une efficacité de 98,8 %. Développé par Coyote Bioscience, une start-up basée à Beijing, ce dispositif à batterie permet d'avoir des résultats en 10 minutes. L'OMS l'a rajouté à sa liste des produits d'urgence pour le virus Ebola, selon la compagnie. « La plupart des pays africains, parmi lesquels le Botswana, veulent développer des infrastructures accessibles pour améliorer la santé des familles et des communautés », explique George. « La santé publique, toutefois, est encore un défi pour beaucoup de pays africains. Nous avons donc besoin de partenaires, comme la Chine, pour coopérer dans ce domaine », affirme l'ambassadeur.
La santé fait partie des dix grands plans de coopération Chine-Afrique 2016-2018. La Chine veut aider l'Afrique à développer les services de santé et les infrastructures, et améliorer les capacités de l'Afrique pour mettre en place un système de santé indépendant et durable, selon le plan de coopération annoncé lors du Forum sur la Coopération sino-africaine à Johannesburg. « Les compagnies chinoises sont encouragées à investir dans les pays africains pour produire localement et améliorer les produits de santé », confie Feng Yong, directeur général adjoint du département de coopération internationale de la Commission de la santé et du planning familial de Chine. Une réunion se tiendra à Shanghai les 21 et 22 novembre dans l'objectif d'améliorer l'accès aux services de santé en Afrique, et de booster la coopération en matière de capacité industrielle dans le secteur médical et de santé.
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