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Chine
  2016-11-02
 

L'union fait la force

par Ge Lijun | VOL.8 novembre 2016
Mots-clés: coopérative; éleveurs

Depuis la création de la coopérative d’élevage écologique Zangdi, les habitants du district de Qumarlêb ont plus de temps libre.

 

Zhaxi Gobo est éleveur dans le district de Qumarlêb, dans la préfecture autonome tibétaine de Yushu de la province du Qinghai (à l'ouest de la Chine), mais il est aussi chauffeur de camion. Comment réussit-il à cumuler ces deux emplois ? Grâce à la seule coopérative du district, créée en 2013. « Auparavant, nous faisions paître nos troupeaux de façon nomade, et étions obligés de déménager selon les saisons, sans aucune assurance. Même si nous nous installions à nouveau, sans autre source de revenu, l'argent que je gagnais grâce au pâturage ne suffisait pas pour nourrir une famille de cinq personnes », confie à CHINAFRIQUE ce Tibétain de 38 ans.

Mais depuis 2013, Zhaxi Gobo est membre de la coopérative d'élevage écologique Zangdi. Se sentant entouré et soutenu, il décide de confier son troupeau à d'autres éleveurs pour avoir le temps d'apprendre à conduire. « Maintenant, j'ai non seulement les revenus de la coopérative, mais ceux de mon emploi comme chauffeur, au total 50 000 yuans (7 500 dollars) [par an] », s'exclame-t-il, ravi.

Le district de Qumarlêb se trouve à l'ouest de la province du Qinghai, où prennent leur source le fleuve Jaune et le Yangtsé. Il y a trois ans, certains habitants y mènent encore une vie nomade. Chaque famille possède de 10 à 20 yaks, ce qui leur assure un revenu annuel de moins de 2 000 yuans (300 dollars). Le gouvernement du district décide donc de créer une coopérative pour les éleveurs. « La coopérative permet de libérer la main-d'œuvre des éleveurs et de mieux utiliser les prés. La réduction de la pauvreté est étroitement liée à la protection de l'environnement », affirme Nyima Zhaxi, administrateur du district.

Coopération accrue

Grâce à Zangdi, les habitants du district accroissent leur coopération dans divers domaines, selon Nyima Zhaxi. En 2013, le gouvernement du district aide ainsi la coopérative à construire une route, des salles de réunion, et à installer l'électricité. L'éleveur Zhagyai a été nommé président du conseil d'administration de Zangdi, qui compte actuellement 35 foyers. Les éleveurs de 10 de ces 35 familles sont en charge des troupeaux de la coopérative et permettent à chaque maisonnée de gagner environ 35 000 yuans (5 224 dollars) par an. « Nous avons signé des contrats avec nos associés. Durant le terme du contrat, on garde les troupeaux pour eux et leur donne un revenu annuel. Une fois le contrat terminé, on leur rend leurs bêtes », explique Cering Doje, secrétaire de la coopérative.

Dans le but d'atténuer les risques liés aux catastrophes naturelles, dont sont souvent victimes les moutons et les yaks, le gouvernement du district a offert 155 drimo (femelle du yak) à la coopérative, pour indemniser les éleveurs en cas de perte. Dans la coopérative du village de Tongka dans le district de Zhidoi, voisin du district de Qumarlêb, les troupeaux sont assurés. « Chaque mouton est assuré pour 2,7 yuans (0,4 dollar), et la compensation est de 300 yuans (45 dollars) ; le yak est quant à lui assuré pour 18 yuans (2,7 dollars), avec une compensation de 2 000 yuans (300 dollars) », précise Nga Cering, administrateur du bourg de Zhiqu dans le district de Zhidoi.

Depuis 1986, les bergers ont le droit d'utiliser un pré désigné, suivant un contrat de 50 ans. La coopérative rassemble les terres de tous les associés et divise les différentes zones selon les saisons. Par ailleurs, le gouvernement offre chaque année 2 000 yuans (300 dollars) aux éleveurs cédant le droit d'utilisation de leur pré, réduisant ainsi le nombre de bêtes par pré, une mesure très favorable à la protection de l'environnement.

« Nous suivons strictement les lois sur les coopératives, chaque associé a ses droits et devoirs. Ils participent activement aux réunions, parce que c'est dans leur propre intérêt », explique Cering Doje. Auparavant, il fallait toujours de la main-d'œuvre pour traire et paître les troupeaux. Maintenant, grâce à l'intégration, on économise les ressources, et les jeunes ont ainsi le temps d'exercer une autre profession.

Former les éleveurs

La coopérative est passée de 500 moutons et 500 yaks à 2 288 moutons et 1 760 yaks, selon Zhagyai. Au début, les éleveurs voulaient seulement essayer de paître leurs troupeaux ensemble, mais ils découvrent rapidement l'efficacité de cette coopération. Par ailleurs, la possibilité de libérer la main-d'œuvre des éleveurs leur donne de nombreuses autres opportunités professionnelles.

Le gouvernement du district de Qumarlêb a établi un centre de formation pour les éleveurs, où ils peuvent apprendre à fabriquer des bijoux ou des ceintures de style tibétain, à coiffer, à animer des cérémonies de mariage et d'autres professions. Dix artisans qualifiés de l'entreprise tibétaine Kangduo Nuoze ont, par exemple, formé 60 apprentis. Après un ou deux ans de formation, les étudiants ont la possibilité de trouver du travail, des postes qui sont en moyenne rémunérés à hauteur de 3 000 yuans (450 dollars) par mois.

S'adapter au marché

« Le développement des coopératives doit suivre celui du marché. Nous devons créer notre propre marque, et encourager la construction d'infrastructures. Par exemple, il est nécessaire d'ouvrir une usine de traitement pour la viande. Nous pourrons ainsi traiter la viande de mouton et de yak, au lieu de seulement la vendre, puis enfin établir une marque locale pour un développement durable », affirme Nyima Cering, administrateur adjoint du district de Zhidoi.

La plus grande difficulté est la construction d'infrastructures. En effet, les coûts de construction et d'entretien des infrastructures sont très élevés dans la région, à cause de l'altitude et du mauvais climat. En novembre 2015, le centre du district de Zhidoi a enfin été raccordé à l'électricité, mais les villages du district n'ont pas encore eu cette chance. L'électricité permet d'utiliser des machines de traitement, et les routes de généraliser la vente de produits locaux.

« L'écologie est essentielle pour nous », affirme l'administrateur du district de Qumarlêb. « Il y a deux ans, la Chine a décidé d'éliminer la pauvreté de façon ciblée. Ici, nous avons trouvé une manière de lutter contre la pauvreté, en nous basant sur nos spécificités régionales », explique-t-il. D'après lui, la protection de l'environnement et la réduction de la pauvreté se complètent, et le travail de la coopérative combine très bien ces deux priorités de la région. « Dans les régions pastorales, il y a de plus en plus de coopératives. On pense tous que ce type de coopération a un bel avenir, très différent du pâturage traditionnel. Mais la création d'une marque et le développement durable sont indispensables », conclut-il.

 

Exclusif CHINAFRIQUE

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