| 2017-03-22 |
Changement de priorités |
| par Hou Weili | VOL.9 Mars 2017 |
| Mots-clés: évaluation des fonctionnaires |
Bien que le printemps succède rapidement à l'hiver dans la province septentrionale du Hebei en Chine, le smog qui recouvre presque tous les jours la région préoccupe Jiang Ting, une jeune maman de 30 ans. Outre les nuisances que pose la pollution atmosphérique sur la vie et le travail, elle s'inquiète davantage pour sa santé, et plus particulièrement celle de son jeune fils, plus vulnérable.
Selon les statistiques publiées par l'Administration météorologique de Chine, un smog continu a sévi dans la région Beijing-Tianjin-Hebei à huit reprises entre novembre 2016 et début février 2017. « Évidemment, notre génération a grandi dans un environnement aisé, mais le ciel n'est pas plus bleu que quand j'étais enfant », confie Mme Jiang à CHINAFRIQUE, en espérant d'avoir plus de jours de ciel bleu pour la nouvelle année.
Malgré une amélioration des conditions de vie dans sa famille et dans la communauté locale au cours des trois dernières décennies, Mme Jiang a également vu l'aspect négatif de ce développement, à savoir la façon dont l'environnement a été progressivement pollué. C'était un résultat inattendu de l'action de certains gouvernements locaux à la poursuite de chiffres impressionnants du PIB au détriment de l'environnement.
La bonne nouvelle est que le rêve de ciel bleu de Mme Jiang est en voie de se réaliser, car la Chine réforme l'évaluation de ses fonctionnaires. Pour la première fois depuis la fin des années 1970, lorsque la Chine a adopté la politique de réforme et d'ouverture, l'engagement des fonctionnaires dans la protection de l'environnement se verra donner une priorité plus grande que la croissance du PIB dans l'évaluation de leur performance.
Un éventail de priorités
Le 12 janvier 2017, Zhao Chenxin, porte-parole de la Commission nationale pour le Développement et la Réforme, a déclaré lors d'une conférence de presse que la Chine mettrait en place un nouveau mécanisme d'évaluation pour les fonctionnaires, selon lequel leurs performances seraient évaluées principalement en fonction de divers indicateurs liés à l'environnement, y compris l'utilisation des ressources, la qualité de l'environnement, la protection écologique, les modes de vie verts et la satisfaction du public. En vertu du nouveau mécanisme, les indicateurs liés à la croissance économique ne porteront que sur 9,2 % de l'évaluation, soit deux fois moins que ceux liés à l'environnement, comme l'utilisation des ressources et la qualité de l'environnement, qui s'élèvent respectivement à 29,3 % et 19,2 %. Plus précisément, les PM 2,5 – les particules d'un diamètre inférieur à 2,5 micromètres – pèsent 2,75 % dans le nouveau mécanisme.
Les fonctionnaires chinois sont évalués chaque année, avec une évaluation générale tous les cinq ans. Auparavant, la croissance du PIB était le critère le plus important. Les experts estiment que la mise en évidence de l'indicateur lié à l'environnement dans le nouveau mécanisme signifie que cet aspect est sur le point d'appartenir au passé pour se concentrer sur le bien-être des gens. « Les indicateurs et le mécanisme sont conçus afin que les gouvernements locaux mettent au centre de leur action l'amélioration des différents aspects du bien-être des gens, les poussant [les fonctionnaires] à intensifier leurs efforts pour améliorer la qualité de l'environnement », a déclaré M. Zhao.
Huang Langhui, ancien directeur de l'équipe d'enquête sur les entreprises du Bureau national des Statistiques, a noté que cela marquait un changement majeur dans le mode de développement de la Chine. « La pollution de l'environnement est une question si urgente qu'elle menace la santé des populations et la stabilité sociale. La société est parvenue à un consensus sur le fait qu'une croissance économique rapide au prix de la pollution de l'environnement n'a aucun de sens. »
Transparence et supervision
Avec un tel consensus et ce mécanisme, la mise en œuvre sera la clé pour contrôler la pollution et réformer le mode de développement. « L'évaluation par les supérieurs permet aux fonctionnaires de connaître la direction qu'ils doivent prendre et les objectifs qu'ils doivent s'efforcer d'atteindre », selon Li Yiling, commentateur des médias. Il fait valoir que l'objectif de développement écologique serait facilement atteint si l'on voulait contenir les pulsions envers la seule croissance du PIB.
Toutefois, il n'est pas facile de modifier rapidement un mécanisme d'évaluation profondément ancré et d'appliquer les nouvelles normes. « Pour la mise en œuvre, il est difficile d'accumuler des statistiques sur ces indicateurs. La plupart des pays du monde évaluent donc encore les fonctionnaires en fonction de la croissance du PIB, la principale référence », affirme Hu Chi, chercheur à la Commission de supervision et d'administration des actifs publics relevant Conseil des Affaires d'État.
Chai Fahe, chercheur de l'Académie de recherche en sciences de l'environnement de Chine, a salué la décision selon laquelle les indicateurs liés à l'environnement l'emportent sur la croissance du PIB dans l'évaluation. « Elle montre que le gouvernement central met un accent sans précédent sur la lutte contre la pollution atmosphérique. Toutefois, il devrait se montrer prudent dans le cas où certains responsables locaux publient des statistiques falsifiées sur le contrôle de la pollution afin qu'elles correspondent aux critères d'évaluation. »
Pour éviter cette tendance, M. Li a proposé une tolérance-zéro envers les officiels falsifiant les statistiques et d'inviter le public à superviser les fonctionnaires. « Un système d'évaluation plus profond et détaillé devrait être mis en place et les résultats de l'évaluation devraient être mis à la connaissance du public. »
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