| 2025-11-11 |
L'arôme d'un pacte commercial |
| VOL. 17 / NOVEMBRE 2025 par BENJAMIN KURIYO · 2025-11-11 |
| Mots-clés: Burundi |
L’arrivée du café du Burundi sur le marché chinois concrétise un accord historique et renforce les liens commerciaux entre les deux pays.

Le café burundais est soumis à une dégustation d’évaluation en juin. (ODECA)
Le gouvernement du Burundi et l’ambassade de Chine dans le pays viennent d’officialiser les premières exportations de café burundais. Un lot inaugural de 38 tonnes de café vert a ainsi pris la route de la Chine, renforçant les relations économiques et commerciales entre les deux nations. C’est la société China Henan International Cooperation Group (CHICo) qui assurera la commercialisation du café burundais sur le marché chinois.
Ce succès marque l’aboutissement d’un long processus de négociations mené depuis des mois entre les deux parties, souligne Zhao Jiangping, ambassadrice de Chine au Burundi. Un protocole d’accord a d’ailleurs été signé à cet effet, en marge du dernier sommet du Forum sur la Coopération sino‑africaine tenu à Beijing en septembre 2024, afin d’encourager l’essor des exportations burundaises de café.
Zhang Yafei, responsable commercial chez CHICo, confirme l’engagement de son groupe à augmenter le volume des exportations burundaises vers la Chine : « Nous espérons accroître très prochainement ces quantités. Ma société ne cible pas uniquement le café : j’aimerais que d’autres produits puissent également accéder au marché chinois. »
Un café très prisé pour sa qualité
Le café du Burundi séduit par son goût exceptionnel. Régulièrement primé lors des compétitions internationales, il s’illustre dans la catégorie des cafés de spécialité. Ce nouvel accord de coopération devrait sans conteste redynamiser la filière du café et, ce faisant, doper les recettes en devises dans un contexte de forte pression sur les réserves de change (actuellement équivalentes à 1,4 mois d’importation).
Mme Zhao ne doute pas du succès du café burundais en Chine : « En novembre 2024, lors de l’Exposition internationale des importations de Chine à Shanghai, les visiteurs chinois ont été conquis par la haute qualité, l’arôme raffiné et la saveur unique du café burundais. » « Pour la campagne en cours, l’Office de développement du café (ODECA) a déjà collecté 12 000 tonnes de café vert, soit un taux de réalisation de 92 % par rapport aux prévisions. Les portes restent grandes ouvertes à d’autres acheteurs potentiels », précise Oscar Uwikunda, directeur général de l’ODECA.
Des initiatives pour diversifier l’économie
Les autorités burundaises mènent une série de réformes macroéconomiques afin d’assurer la stabilité nationale. La diversification des exportations figure parmi les priorités du gouvernement, qui déploie des programmes de promotion des cultures de rente, notamment le thé, le café ou encore les produits horticoles. Pour Emmanuel Niyungeko, directeur général de la planification au ministère de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Élevage, « l’accès direct à des marchés internationaux comme celui de la Chine nous permettra de garantir une rémunération juste et équitable aux caféiculteurs, tout en limitant le nombre d’intermédiaires sur l’ensemble de la chaîne de valeur ».
Jusqu’à présent, le processus d’exportation impliquait une multitude d’acteurs, des producteurs aux torréfacteurs, en passant par les dépulpeurs, les commerçants ou encore les gestionnaires de stations de lavage. Chacun œuvrait pour son propre compte, si bien que les producteurs ne percevaient souvent que des miettes. Ce déséquilibre conduisait nombre d’entre eux à se détourner de la culture du café. Ce nouveau partenariat sino-burundais vise également à résoudre la problématique du rapatriement des devises, un sujet régulièrement évoqué dans la presse locale.
Les effets d’une nouvelle politique tarifaire
Le Burundi bénéficie de la politique d’assouplissement fiscal appliquée aux pays africains. Grâce à un taux de droit de douane zéro pour 100 % des lignes tarifaires, cette mesure vise à stimuler les exportations du continent vers la Chine. Les autorités burundaises sont ainsi parvenues à inscrire le café sur la liste des produits admis en douane chinoise en mai dernier, facilitant l’accès à un marché de plus d’un milliard de consommateurs. « Nous pouvons désormais vendre notre café sans difficulté, bien entendu dans le strict respect des règles du commerce international », se réjouit Télesphore Irambona, ambassadeur du Burundi en Chine.
Pour lui, le marché chinois regorge d’opportunités. « Il n’existe aucune limite : tous les produits de qualité, respectant les normes, sont éligibles. Nous devons saisir cette occasion pour élargir notre gamme à l’export. Nous invitons les opérateurs économiques à produire davantage afin d’exporter vers ce marché », a confié M. Irambona à CHINAFRIQUE lors d’un entretien exclusif en juin dernier.
La Chine demeure le principal partenaire commercial du Burundi. Chaque année, les exportations burundaises vers la Chine atteignent près de 7 millions de dollars, tandis que les exportations chinoises vers le Burundi dépassent 80 millions de dollars. Les envois burundais, composés essentiellement de produits agricoles et de minerais, restent modestes face aux importations dominées par les biens d’équipement, les machines, le matériel électronique et les produits manufacturés venus de Chine.
Reportage du Burundi