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  2026-05-07
 

L’Afrique au-delà des mots

VOL. 18 / MAI 2026 par CUI XIAOQIN  ·   2026-05-07
Mots-clés: La rihla d’Ibn Battouta ; Le fleuve Zaïre en crue ; À l’orée de la forêt vierge

Voyage littéraire direction l’Afrique avec pour guides chinois un ancien diplomate, un écrivain et une jeune exploratrice. 

Wu Fugui (à droite) avec l’ambassadeur du Maroc en Chine de l’époque, Mimoun Mehdi, lors d’une visite à l’ambassade du Maroc à Beijing, le 3 mars 1999. (COURTOISIE) 

  

Chaque année, le 23 avril, l’UNESCO célèbre la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur, dans l’espoir que chacun, partout dans le monde, puisse goûter au plaisir de la lecture. Et dans des contrées reculées et difficiles d’accès comme il en existe en Afrique, l’accès aux livres représente un privilège. 

Trois Chinois ont tissé des liens étroits avec l’Afrique grâce à l’écriture : Wu Fugui, ancien diplomate et arabophile, fait découvrir aux lecteurs chinois le monde décrit par Ibn Battouta, explorateur marocain du XIVe siècle ; l’écrivain Cai Xiao documente le quotidien des Chinois installés en Afrique dans son roman et Wu Luanjin, passionnée de voyages installée en Côte d’Ivoire, a parcouru les jungles décrites par Albert Schweitzer (prix Nobel de la paix en 1952), enrichissant ainsi la compréhension chinoise de l’Afrique grâce à ses observations. À l’occasion de la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur, CHINAFRIQUE a invité ces trois personnalités à partager leurs récits de découverte de l’Afrique par les mots. 

L’ouvrage de Wu Fugui, intitulé La rihla d’Ibn Battouta en Chine. (COURTOISIE) 

  

Le long voyage des mots 

Il y a plus d’un demi-siècle, M. Wu découvre La rihla d’Ibn Battouta. Le 27 décembre 1963, lors de la première visite à Rabat (capitale du Maroc) de Zhou Enlai, alors Premier ministre chinois, le roi Moulay Hassan II lui a offert le célèbre récit de voyage dicté par Ibn Battouta. Le roi expliqua que, plus de 600 ans auparavant, il s’était rendu en Chine, débarquant au port de Quanzhou sous la dynastie des Yuan (1271-1368), et avait été imprégné de la profonde culture confucéenne. Son récit contribua à diffuser la science et la culture chinoises en Occident. 

« Cette histoire est profondément ancrée en moi. Dès lors, je me suis interrogé : quelles histoires ce livre ancien, qui relie la Chine et le Maroc, raconte-t-il en Chine ? » M. Wu confie à CHINAFRIQUE avoir passé dix ans à rechercher la réponse à cette question. 

En juillet 2025, il a publié La rihla d’Ibn Battouta en Chine. Cet ouvrage est une monographie universitaire retraçant le parcours de trois érudits chinois (Zhang Xinglang, Ma Jinpeng et Li Guangbin) qui ont fait connaître ce texte arabe ancien au monde sinophone entre 1924 et 2025. 

Son objectif était de garantir que l’ouvrage ancien puisse constituer un témoignage académique complet de ce voyage en Chine. Avant même sa publication officielle, l’ouvrage avait déjà retenu l’attention de plusieurs universités arabes, dont l’Université Hassan Ier au Maroc et l’Université Al-Azhar en Égypte. 

Ce travail de transmission du savoir s’étalant sur des siècles illustre le long voyage des mots, facilitant les échanges entre deux civilisations. 

Cai Xiao (à droite) échangeant des livres avec Henri Djombo, lors d’une visite en République du Congo, en 2022. (COURTOISIE) 

  

Documenter le quotidien des Chinois en Afrique 

Sur le bureau de M. Cai, le roman La traversée, cadeau d’Henri Djombo, ancien ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche de la République du Congo et écrivain, est mis en évidence. « Cela raconte une période chaotique en République du Congo. J’ai même l’impression que le récit se base sur des faits autobiographiques réels », confie M. Cai, actuellement membre de l’Association des écrivains de Beijing. 

Non issu du monde littéraire au départ, il a publié son roman Le fleuve Zaïre en crue en 2023. Ayant travaillé pendant environ 20 ans dans le commerce international, il a été régulièrement en contact avec de nombreux Chinois en Afrique pendant cette période. 

Aujourd’hui, leur nombre s’élève à deux millions et leur profil, autrefois dominé par les projets d’aide au développement, est désormais beaucoup plus diversifié. Au fil du temps, il a découvert que le vécu de ces personnes reste souvent ignoré du grand public. 

Pour écrire son livre, M. Cai a décidé de se rendre en Afrique pour recueillir des informations fiables. Il a rencontré diplomates, ingénieurs, restaurateurs, etc. Il s’est rendu sur les marchés et dans les mines. Il a également discuté avec les autorités locales et écouté des Africains parler de leur quotidien. Il a été profondément touché par tous ces récits qui lui ont donné l’impulsion pour se lancer dans l’écriture. 

Son roman évoque le fleuve Zaïre (actuel fleuve Congo) et un pays fictif où se croisent divers personnages aux parcours inspirés par tous ces échanges. Après l’avoir lu, des étudiants africains l’ont remercié de ne pas s’être cantonné aux stéréotypes et clichés, à sa plus grande joie. 

Wu Luanjin lors d’un voyage à Ouarzazate, au Maroc, le 16 février. (COURTOISIE) 

  

Une lecture inspirante 

Mme Wu a visité de nombreux pays africains : Maurice, Seychelles, Kenya, Éthiopie et Maroc en tant que touriste ; Djibouti et Côte d’Ivoire en séjours immersifs. 

Son lien avec l’Afrique a commencé avec la lecture du livre À l’orée de la forêt vierge. Cet ouvrage relate le séjour d’Albert Schweitzer au Gabon, de 1913 à 1917. « Les descriptions de la nature, des traditions et des maladies d’Afrique centrale sont saisissantes. Ce qui m’a le plus marquée, outre le grand humanisme de l’auteur, ce sont les mots “pauvreté” et “maladie”. » 

Mais c’était il y a plus d’un siècle. Aujourd’hui, de nombreuses maladies ont disparu et les maladies tropicales courantes comme le paludisme, la fièvre jaune et la dengue bénéficient de traitements efficaces. Néanmoins, ce livre a fait prendre conscience à Mme Wu qu’actuellement, la plupart des Chinois associent encore l’Afrique à ces deux mots. 

« L’Afrique est le continent à la croissance la plus rapide au monde et aujourd’hui, elle ressemble beaucoup à la Chine des débuts de la réforme et de l’ouverture : des chantiers partout, une population dynamique et une économie florissante. » Elle partage régulièrement sa vision du continent sur les réseaux sociaux. 

Mme Wu se souvient de Djibouti comme d’un lieu où règnent un été perpétuel et une chaleur humaine incomparable. Elle vit actuellement en Côte d’Ivoire, où la circulation est dense et les villes bruyantes, mais où les jeunes femmes sont sûres d’elles et élégantes, et où chacun est fier de son pays. 

Aujourd’hui, de nombreux Chinois travaillent et s’installent en Afrique, et ils sont de plus en plus nombreux à voyager au Kenya et en Tanzanie. Mais pour l’immense majorité des Chinois, l’Afrique reste lointaine et méconnue. Mme Wu a toujours été convaincue que l’Afrique représente l’avenir. 

Toute personne qui foule le sol africain ou aspire à le faire peut se référer à une première lecture fascinante racontant l’Afrique. M. Wu a revisité l’amitié séculaire sino-marocaine via un ouvrage ancien, M. Cai a écrit une légende moderne sur un chantier en terre étrangère, et Mme Wu explore une nouvelle perspective sur l’Afrique en reliant les mots d’Albert Schweitzer à ses propres expériences. 

La Journée mondiale du livre et du droit d’auteur nous rappelle que la lecture est un voyage, qui nous transporte véritablement en Afrique dans le cas présent. 

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