| 2026-04-29 |
Briser les barrières, bâtir des ponts |
| VOL. 18 / MAI 2026 · 2026-04-29 |
| Mots-clés: traitement tarifaire zéro |
Repenser la coopération économique sino-africaine à l’ère du « zéro tarif ».
Exposante présentant des avocats produits localement lors du salon du Forum d’affaires Kenya-Chine qui s’est tenu à Nairobi, au Kenya, le 23 mars. (XINHUA)
Le traitement tarifaire zéro accordé par la Chine aux 53 pays africains entretenant des relations diplomatiques avec elle a suscité de nombreuses réflexions parmi les décideurs et les analystes à travers le continent. Si chaque point de vue met en avant des priorités différentes, ils convergent néanmoins vers une vision cohérente : transformer l’accès au marché en levier de développement à long terme, de montée en gamme industrielle, et d’un partenariat commercial plus équilibré. CHINAFRIQUE propose ci-dessous une synthèse des trois perspectives.

De l’accès au marché à la souveraineté
HOUMED MSAIDIE
Conseiller spécial du Président de l’Union des Comores, chargé des affaires politiques
Certaines décisions dépassent leur portée économique immédiate : elles tracent une vision et engagent une responsabilité collective envers l’avenir. Le traitement tarifaire zéro appartient à cette catégorie. Il ne s’agit pas seulement d’élargir les échanges, mais de repenser les équilibres mondiaux et de redéfinir la solidarité.
Mais notre ambition doit être plus élevée : transformer localement, innover, créer de la valeur et des emplois. Cela suppose de renforcer les capacités de production, d’élever les standards et de permettre aux économies africaines de monter en gamme dans les chaînes de valeur, plutôt que de se cantonner à l’exportation de matières premières.
À un niveau plus profond, la question est celle de la souveraineté. Les récentes perturbations mondiales ont révélé des vulnérabilités structurelles, notamment dans le secteur agricole. La dépendance à des intrants essentiels comme les engrais souligne la nécessité d’une plus grande autonomie.
Dès lors, la coopération doit évoluer vers le transfert de technologies, le développement des compétences et le renforcement des capacités industrielles locales. La véritable solidarité consiste à permettre à chaque partenaire de se tenir debout.
En définitive, le traitement tarifaire zéro doit être perçu comme une ouverture, une porte qu’il nous appartient de transformer en chemin vers une coopération plus équitable, une mondialisation plus juste et un avenir partagé où l’Afrique et la Chine avancent côte à côte.

Transformer l’accès en impact
NENEH MACDOUALL-GAYE
Ancienne ministre des Affaires étrangères et actuelle présidente de la Commission de l’information et de la protection des données, Gambie
Le traitement tarifaire zéro témoigne de l’engagement de la Chine à approfondir son partenariat avec l’Afrique et à faire progresser une trajectoire de développement commune. Alors que la Chine est depuis longtemps le principal partenaire commercial du continent, cette initiative ouvre de nouvelles perspectives pour rendre les exportations africaines plus diversifiées, plus compétitives et à plus forte valeur ajoutée.
L’objectif n’est pas seulement d’accroître les volumes d’échanges, mais de favoriser une véritable transformation. En facilitant l’accès à une large gamme de produits, de l’agriculture aux biens manufacturés, cette politique contribue à la montée en gamme des industries, à la création d’emplois et au renforcement de la résilience économique.
Des exemples concrets illustrent ce potentiel. En Gambie, l’arachide, produit agricole essentiel, pourrait générer une valeur bien plus importante grâce à la transformation et à l’élévation des standards. Dans un contexte de « zéro tarif », ces produits peuvent renforcer leur présence sur le marché chinois, au bénéfice des agriculteurs, des industries et de l’économie dans son ensemble.
Pour tirer pleinement parti de ces opportunités, plusieurs priorités s’imposent : accroître les capacités de production, améliorer la qualité des produits, garantir la conformité aux normes du marché et renforcer la logistique et la connectivité. Les gouvernements ont un rôle clé à jouer en soutenant ces efforts par des investissements dans les infrastructures et par des mesures de facilitation réglementaire.

Une opportunité stratégique de croissance
ELIJAH MWANGI
Chercheur kényan
Dans un contexte mondial marqué par le protectionnisme et la reconfiguration des chaînes d’approvisionnement, cette politique permet aux économies africaines de diversifier leurs débouchés et de réduire leur dépendance aux marchés traditionnels. Elle reflète également l’importance croissante de l’Afrique dans la diplomatie économique de la Chine.
Au-delà de l’expansion commerciale, cette politique peut stimuler les investissements dans des secteurs clés tels que l’agroalimentaire, le textile et la fabrication. À mesure que l’accès au marché s’améliore, les capitaux sont plus susceptibles d’affluer vers des industries capables de produire de manière compétitive, favorisant ainsi la croissance industrielle et la création d’emplois.
La Zone de libre-échange continentale africaine renforce encore cette dynamique. En favorisant l’intégration régionale, elle permet aux producteurs de monter en échelle, de consolider les chaînes d’approvisionnement et de répondre aux normes internationales, maximisant ainsi les bénéfices de l’accès sans tarif au marché chinois.
Toutefois, la concrétisation de ces gains nécessite des stratégies nationales proactives. Les gouvernements doivent améliorer les infrastructures, renforcer les institutions d’exportation et veiller à ce que les entreprises respectent les exigences de qualité et de réglementation.
S’il est pleinement exploité, ce dispositif pourrait devenir un puissant catalyseur de la transformation économique de l’Afrique.